Frappé par la décision de l’Allemagne de décréter un moratoire sur les semences de maïs OGM Mon 810 au titre de la protection de la nature et de l’environnement, et pour la campagne 2008- 2009, Alain Juppé avait déclaré au quotidien Le Parisien (25 mai) que « dans ce cas précis, il faut s’inspirer du cas allemand ».
Le ministre de l’Ecologie expliquait ainsi ses propos : « On vient de découvrir que la sécrétion de la toxine qui est censée tuer l’insecte qui attaque le maïs se passe dans conditions qui ne sont pas exactement celles qu’on attendait ». Ces mots n’ont pas manqué de réjouir les organisations environnementales, notamment Greenpeace France. En revanche, ce moratoire représenterait un « danger » pour l’Europe déclarait Christophe Terrain, président de l’AGPM (Assemblée générale des producteurs de maïs).
« C’est une affaire politique, on n’est plus dans la rationalité. La rationalité devrait au contraire permettre d’accélérer le mouvement en faveur des organismes génétiquement modifiés car l’Europe va perdre sa compétitivité vis-à-vis des Etats-Unis », affirmait Christophe Terrain qui, avec Philippe Pinta, président d’Orama, envoyait deux jours plus tard un courrier au ministre de l’Ecologie. La réaction de Christine Lagarde, ministre de l’Agriculture, ne s’est pas fait attendre non plus. Elle déclarait dans la matinée à la radio BFM qu’il fallait « se donner le temps de la réflexion avant une décision ». La question devait être évoquée entre les deux ministres le 30 mai.
« Il n’y a aucune différence entre les deux ministres », expliquait-on le lendemain dans l’entourage de Christine Lagarde. Les deux ministres sont d’accord sur un principe : s’appuyer sur les analyses des experts avant toute décision. Au demeurant, il n’y a pas urgence : les semis de maïs pour la campagne 2007/2008 ont déjà été faits et toute clause de sauvegarde n’aurait d’effet que sur les semis 2008/2009. Le Gouvernement attend d’ailleurs les résultats d’une saisine de la Commission du génie biomoléculaire suite au dernier rapport de Greenpeace sur les OGM. Sur le plan politique, certaines sources affirment que Nicolas Sarkozy semble attentif à ce dossier, d’une part pour éviter toute divergence entre membres du Gouvernement et d’autre part pour être sensible à l’état de l’opinion sur l’opportunité de cultiver ou non des OGM en France.
Alain Juppé voit son large périmètre confirmé
La publication des attributions des ministres se poursuit. Après une première salve ces derniers jours, le Premier ministre François Fillon a présenté le 30 mai les décrets définissant les attributions de plusieurs ministères, dont celui de l’Écologie, du Développement et de l’Aménagement durables. Selon le communiqué du conseil des ministres, Alain Juppé sera chargé de préparer et mettre en œuvre la politique du gouvernement « dans les domaines du développement durable et de l’environnement, de l’énergie et des matières premières, de la sécurité industrielle, des transports et de leurs infrastructures, de l’équipement, de l’aménagement foncier et rural, de l’urbanisme, de l’aménagement et du développement du territoire et de la mer, à l’exception de la pêche ». De manière générale, les ministres ne devraient recevoir leurs lettres de mission qu’au lendemain des élections législatives, probablement le 19 juin. Le décret d’attribution de la ministre de l’agriculture avait été adopté au conseil des ministres du 23 mai.
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