Des solutions alternatives au désherbage « chimique » existent et ont fait leur preuve. Mickaël Normand, de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, a présenté un essai dans le cadre de la journée Quali’H2O d’Interval.
Le Gaec du Cabry à Angirey en Haute-Saône accueillait le 12 juin dernier une journée d’information et de démonstration organisée par la coopérative agricole Interval. Cette année, la journée technique avait pour thème QUALI’H2O. Il s’agit d’une action pilote dont le but est de mieux connaître et limiter les transferts de produits phytosanitaires vers les eaux. « Le métier de conseil en grande culture s’est beaucoup complexifié, sous l’influence des évolutions règlementaires (50% des molécules ont été retirées, de nombreuses restrictions d’usage ont été mise en place) et des cahiers des charges de l’aval. Nous devons tout mettre en œuvre pour limiter les contaminations de produits phytosanitaires vers les eaux, c'est-à-dire étudier au cas par cas, selon la situation de la parcelle, le type de problème rencontré, l’existence de solutions alternatives… », notait Philippe Koehl, d’Interval.
Comparaison de différentes stratégies
Mickaël Normand, technicien grandes cultures de la Chambre d’agriculture de Haute-Saône, a présenté dans ce cadre les résultats d’un essai de lutte alternative sur maïs. Plusieurs matériels ont été testés, face à une lutte chimique classique en post levée. Un témoin non-traité permettait de mieux qualifier la flore présente sur cette parcelle, appartenant au Gaec Caput. Sur cette parcelle, le maïs de variété Kumulus a été implanté le 27 avril, à la densité de 90 000 grains/ha. Emeric Courbet, de la Fredon, a détaillé les outils utilisés. En premier lieu, une solution en kit, appelée Speed, qui permet de combiner une pulvérisation avec le semis. « Le premier avantage de ce dispositif, c’est que le produit et l’eau sont dans deux contenants différents. Cela limite les risques d’accidents ainsi que le gaspillage si le chantier de pulvérisation doit être abandonné. » La cuve d’eau et la cuve de produit sont installées à l’avant du tracteur, tandis qu’à l’arrière des buses arrosent le champs. « Selon le réglage de la hauteur des buses, on peut choisir de traiter en plein ou seulement localisé sur le rang, ce qui permet de réduire les doses. Combiner le semis et le désherbage offre une bonne efficacité, et fait gagner un passage. Ce kit revient de 8 à 14 000 euros. » Seconde machine, la désherbineuse, qui combine désherbage chimique sur le rang et mécanique dans l’interrang. Les limites de cette solution sont d’une part la vitesse d’avancement relativement faible (2-3 ha à l’heure) et d’autre part le fait que l’efficacité des deux techniques dépend de conditions d’hygrométrie différentes : sec pour l’action mécanique, et humide pour la pulvérisation. « Cela reste possible en passant tôt le matin, et permet de diviser par trois le grammage de matière active employé. »
Forte population de chénopodes
La herse-étrille, elle, déchausse les plantules par vibration des dents. « Ce n’est efficace qu’au stade filament blanc, idéalement 4 à 5 jours après le semis, avant la levée. On arrive à des prix de l’ordre de 8-10 ?/ha, et on peut traiter 6-7 ha à l’heure. » Un prix de revient du même ordre est constaté pour la houe rotative, un outil flottant constitué de disques munis de cuillers, qui tournent à grande vitesse et arrachent les mauvaises herbes.
Dans cette parcelle, le témoin non traité présente un tapis dense de chénopodes : 200/m2 au 4 juin. « Pour l’instant le maïs n’a pas souffert de cette concurrence, car il y a eu des précipitations régulières. », remarque Mickaël Normand. Le désherbage chimique, réalisé le 24 mai au stade 6 feuilles des maïs, avec un Callissto à 0,6 l + un Milagro à 0,5 l et un Banverl à 0,2 l, a une bonne efficacité, pas encore complète au moment du comptage : il reste 14 chénopodes et 55 panics par m2. La houe rotative, passée le 10 mai au stade 2-3 feuilles du maïs, a elle eu un effet moins marqué, laissant 80 chénopodes au m2. Avec un second passage, le 22 mai, cette stratégie voit son efficacité comparable à celle du désherbage chimique : il reste 45 chénopodes au m2. Enfin un troisième passage, réalisé le 25 mai au stade 6 feuilles de maïs, ramène les chénopodes à 2/m2. « L’effet est plus rapide qu’avec un désherbage chimique. De plus, nous avons un effet écroûtage, très intéressant sur ce type de sol limoneux sensible à la battance, en particulier avec la météo. L’eau pénètre plus facilement dans le sol, et s’évapore moins facilement. », poursuit Mickaël Normand. Sans oublier, pour les inquiets, que le peuplement de maïs supporte très bien le passage de cet engin, à condition d’être assez développé. Il reste 81 500 pieds à l’hectare sur le 90 000 semés (contre 83 250 dans la modalité désherbée chimiquement et 84 500 dans le témoin). « C’est donc un outil qui a une très bonne sélectivité, mais à ne pas utiliser entre la levée et le stade deux feuilles. »
Des outils efficaces
La herse étrille, utilisée le 10 mai, n’a pas un gros impact sur les populations de chénopodes (140/m2). Le second passage, le 22 mai, s’avère d’une efficacité nulle (140 chénopodes/m2). « Cet outil est inefficace sur les passages de roues. » La désherbineuse, de marque Carre, appartenat à Daniel Renaud à Onay, est passée le 25 mai. Elle permet de diviser par trois les quantités de produit utilisé à l’hectare, soit Callisto 0,2 l + Milagro 0,167 + Banvel 0,065. L’efficacité est redoutable, puisqu’il ne reste plus qu’un chénopode par m2. La bineuse à dent, passée le 24 mai au stade 6 feuilles du maïs, laisse 30 chénopodes/m2. « En conclusion, il s’agit d’outils efficaces, mais dont l’efficacité dépend fortement des conditions d’utilisation : stade de la culture, stade des adventices, météorologie… Compte-tenu de leur coût important, ce sont des outils qu’il est préférable d’avoir à plusieurs. Et si les conditions sont difficiles, ou l’utilisation incompatible avec les autres contraintes de l’exploitation, il reste le recours du rattrapage par une pulvérisation. »
- La paille a-t-elle un prix ?
- «Je veux un tracteur, comme papa !»
- Un dimanche à la ferme
- La Safer et le droit de préemption
- D'un continent à l'autre… les plant...
- L'emploi des jeunes pendant les vac...
- Plantations : Les distances à respe...
- Le Jura fête la volaille de Bresse
- Un péril pour l'élevage et la biodi...
- Prix des carburants, incendie, cris...
Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?




