Aline et Didier Burri de l’Earl des Chemins-Verts au Latet ont mis en place depuis 2006 un pâturage libre et tournant pour les vaches laitières avec une complémentation très réduite en concentrés. Leur exploitation laitière située sur le premier plateau du Jura, à 600 m d’altitude, compte 92 ha et une quarantaine de vaches montbéliardes produisant du lait à Comté. Les éleveurs ont récemment ouvert les portes de leur exploitation à l’occasion d’une visite de pâturage organisée dans le cadre du Réseau d’élevage, par le Groupement de vulgarisation agricole de Champagnole-Salins en partenariat avec le Contrôle laitier du Jura.
Aline s’est installée en 1990 sur la ferme familiale avec ses parents. En 1994, Didier s’installe à son tour. Avec la construction de 2 chalets-gîtes en 2000 et 2002, les exploitants démarrent une activité d’accueil démontrant leur volonté de s’ouvrir vers les non-agricoles et de communiquer sur leur métier. Cette diversification permettant également de développer leur patrimoine. En 2006, une reprise de terrains et de quota vient conforter l’exploitation en vue d’une éventuelle installation de leur fils : « on mise sur Peter ! » expliquent Aline et Didier. Deux motivations essentielles orientent les choix des agriculteurs : dégager du temps libre et sécuriser le système en recherchant une plus grande autonomie.
De bonnes conditions de travail
Afin de disposer de bonnes conditions de travail, les exploitants se sont équipés progressivement avec des bâtiments fonctionnels, permettant de travailler seul. Les 40 laitières sont logées en stabulation logettes avec matelas dans les logettes. Salle de traite 2 x 3 et distributeur automatique de concentrés ont été mis en place dès les premières années de l’installation. Les génisses sont en aire paillée avec une surface raclée. Récemment, avec la mise aux normes, une fosse de 800 m3 a été construite. Elle permet une meilleure gestion des effluents avec notamment l’épandage des lisiers fin mars.
De même au niveau du matériel, l’exploitation est bien équipée et utilise une bonne part de matériel en Cuma. Le matériel de fenaison est en grande largeur.
En comparant l’exploitation à des systèmes de même type, le « temps disponible* » est plus important : 1678 heures par personne contre 1 000 heures en moyenne dans les systèmes laitiers des plateaux. Taille de structure par personne plus faible, plus grande rapidité d’exécution des travaux et plus forte délégation du travail avec notamment la présence d’un apprenti jusqu’en 2006 expliquent ces résultats. De plus, les éleveurs expriment un très bon ressenti vis-à-vis des conditions de travail et du métier. La rapidité d’exécution des tâches s’explique par le parcellaire regroupé autour des bâtiments et la fonctionnalité des installations et du matériel.
Le « temps disponible » permet aux éleveurs d’avoir du temps libre : sur chaque année de 2004 et de 2005, 12 dimanches et 1 semaine ont été libérés. Toutefois, ce « temps disponible » est réinvesti dans l’agritourisme et les activités professionnelles. Didier est actuellement vice-président de la coopérative de Vers-en-Montagne et président de la Cuma des Combettes.
Le troupeau laitier est alimenté à partir d’herbe pâturée en été et de foin et de regain durant la période hivernale (voir le calendrier fourrager 2006). Dans le but d’améliorer l’autonomie alimentaire, « il n’y a pas de tourteaux sur l’exploitation pour des raisons d’autonomie et de coût de la ration. Je préfère utiliser un mélange à base de drêches de blé (60%), de luzerne déshydratée (20%) et de maïs plante entière (20% ) », explique Didier.
Suite à un voyage en Suisse organisé par le Contrôle Laitier du Jura, sur le thème de la gestion de l’herbe, Didier à décidé de mettre en pratique un nouveau système de pâturage. Il raconte la mise en place de cette technique.
« Jusqu’en 2005, je rationnais quotidiennement mes vaches au fil, mais cela prenait beaucoup de temps, environ 1 heure 30 par jour en tenant compte des trajets avec l’eau.
Le but du changement de système de pâturage en 2006 était avant tout que les vaches aient toujours à disposition de l’herbe de bonne qualité. Je souhaitais également gagner du temps, diminuer le coût de concentré, automatiser la distribution d’eau et éviter les refus sur les parcelles.
Pour adopter ce système, il fallait disposer d’un parcellaire regroupé, ce qui est le cas de notre exploitation : 65 ha sont situés autour du bâtiment.
Le pâturage « tournant libre » consiste à découper une grande parcelle en plusieurs petites parcelles. Les clôtures sont mises en places au printemps, et ce pour la saison (voir schéma édition papier).
En 2006, nous avions 19 parcelles de 80 ares. Les vaches pâturaient sur chaque parcelle une journée et demie c'est-à-dire une nuit et un jour de pleine pâture et une demi-journée de « temps de pression ».
Ce « temps de pression » permet aux vaches de ne pas laisser trop de refus, néanmoins, pour 2007, j’ai choisi de faucher le peu de refus qu’il reste, afin d’avoir des pâtures impeccables et surtout de la bonne herbe.
Mais comme le printemps 2006 était humide, nous avons rencontré un problème de piétinement. Actuellement, nous avons des parcelles de 1 ha et un temps idéal à la repousse de l’herbe.
En ce qui concerne les voyages d’eau, nous allons pomper l’eau en rivière et nous avons décidé d’investir dans l’achat de bacs de 500 litres et de flotteurs. Cet investissement nous a coûté plus de 2000 euros en tenant compte des tuyaux, des bacs, et des flotteurs. Mais l’avantage c’est qu’il nous a permis de gagner du temps sur la route et d’économiser du carburant.
Moins de travail et moins de concentré
Au niveau du concentré, un apport minimal est distribué aux vaches de plus de 25 kg.
En 2006, nous avons distribué 0,5 kg d’orge et 0,25 kg de mélange par jour et par vache durant le mois de mai et pour les mois d’automne, 1,8 kg par jour et par vache. Avant, nous donnions de 2 à 4 kg.
Pendant les mois d’été, les vaches ne reçoivent pas de foin sauf exception, par temps de pluie car le but est de valoriser au maximum la gestion de l’herbe à une hauteur optimale de 8 à 10 cm.
Au niveau de la fertilisation, nous avons apporté du lisier produit sur la ferme et 30 unités d’azote et 7 unités de phosphore.
En conclusion, ce système de pâturage nous satisfait, car le parcellaire est bien regroupé et il nous suffit d’ouvrir ou de fermer les barrières et de laisser les vaches aller toutes seules. Il nous a permis de maintenir notre niveau de production autour des 6500l en divisant pratiquement par deux la quantité de concentré. Afin d’améliorer encore notre système, nous envisageons d’empierrer le chemin où les vaches passent quotidiennement. »
Les résultats de l’année 2006 par rapport à 2005 montrent la nette diminution de la consommation de concentré. Toutefois, au niveau économique, avec une baisse du prix du lait de 15 euros pour 1 000 l en 2006, la marge lait se détériore légèrement malgré la bonne gestion des concentrés (voir tableau édition papier).
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