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Christophe Defert (à gauche) et Patrice Livet fondent leur relation professionnelle sur la communication et le respect entre associés |
Après une première expérience qui s’est soldée par un échec, Christophe Defert s’est à nouveau lancé dans le travail en société. Pour ne pas renouveler ses erreurs, il mise beaucoup sur la communication et le respect entre associés. Aujourd’hui, le Gaec des Fontaines blanches, à Chamole, a trouvé son rythme de croisière et prévoit même d’intégrer deux nouveaux associés.
C’est trop la galère quand on est tout seul ! » Christophe Defert a souvent entendu ces mots dans la bouche de son père. Et il s’en souvient encore aujourd’hui, à chaque fois qu’il parle de son expérience de travail en société, à chaque fois qu’il raconte l’histoire du Gaec des Fontaines blanches, à Chamole. Une histoire
pleine de rebondissements…
Cette galère, le jeune agriculteur y embarque en 1994, à la suite de son père. 68 hectares en polyculture-élevage, 30 VL , 185 000 litres de quotas livrés à la coopérative de Plasne… Les jours se suivent pendant quelques années.
Jusqu’à ce que Christophe rencontre un copain, attiré lui-aussi par le travail en société. « J’avais plus ou moins envie de m’associer. Et mon copain, lui aussi, avait envie, se souvient Christophe. On avait des idées mais on ne savait pas trop quoi faire… »
Ils ne savaient pas trop quoi faire. Et ils l’ont fait !
« Les deux exploitations étaient éloignées mais on réussissait à gérer les déplacements », commente rapidement Christophe sur les années de sa première expérience de Gaec. Il reste discret sur les raisons qui ont conduit à l’échec et à une séparation d’avec son associé : « C’est comme dans un couple. Il faut savoir se dire les choses. Ce qui va et aussi ce qui ne va pas… L’un comme l’autre, nous n’avons pas trouvé ce que nous cherchions dans ce type d’association… »
Pensif, il ajoute : « Il faut se mettre en Gaec pour quelque chose et non pas à cause de quelque chose, nous nous sommes dit les choses et ça a été plus facile de casser. L’expérience a été très formatrice et, depuis nous sommes restés copains ! »
L’importance de déléguer
Suivent alors six longues années où l’exploitant se retrouve seul sur la ferme de Chamole… Seul, tout seul.
« J’ai travaillé pour recadrer la ferme », se souvient-il. En 2002, il cède à la demande de sa famille et profite d’une période de pluie pour prendre quelques jours de vacances. Et, une fois en vacances, le beau temps est revenu. « Ce n’était plus des vacances ! J’avais toujours le souci du travail en retard. J’ai compris à ce moment-là toute l’importance de pouvoir déléguer, de trouver une solution pour que le travail de l’exploitation soit assuré dans de bonnes conditions… Je ne voulais pas un salarié, mais un associé, sérieux, avec qui je puisse partager mes soucis… »
« Il faut que ça marche ! »
Et cet oiseau rare, Christophe l’a trouvé en la personne de Patrice Livet, son cadet de deux ans, qui depuis 1994 travaillait sur une exploitation présentant un profil identique à la sienne. Plus discret, celui-ci avoue qu’il « voyait mal l’avenir seul sur l’exploitation » et qu’il « ne voulait pas laisser ses parents aller au boulot jusqu’à l’âge de 90 ans… »
Les méthodes de travail des deux agriculteurs étaient les mêmes. Leur volonté était aussi la même : « Il fallait que ça marche et nous avions du travail pour deux. Surtout nous ne voulions pas reproduire les erreurs du passé », reconnaissent-ils à l’unisson.
Le respect de l’autre est fondamental
Les deux hommes n’ont pas pris de vacances la première année. Car « il fallait trouver le bon rythme… » Tous les jours, ils se retrouvent pour faire le point et échanger. « La communication est primordiale pour l’organisation de notre travail et l’entretien de nos relations, insiste Christophe. Tous les lundis matin, nous sommes au bureau et nous écrivons tout. Ce que nous avons fait et ce que nous allons faire. Et le bureau, le lundi matin, est devenu un point de ralliement avec tous les représentants, les techniciens, les clients et tous ceux qui s’intéressent à la vie de notre exploitation. C’est très convivial… »
« Le respect de l’autre est fondamental, ajoute à son tour Patrice. L’autre est un associé et pas un chien. La relation humaine doit être entretenue, que ça aille ou que ça n’aille pas ! »
Polyvalence et extension
C’est donc ensemble que les deux hommes ont pris les décisions concernant l’avenir du Gaec. Ils ont choisi de réunir leurs deux troupeaux dans un seul bâtiment. Ils ont joué la carte de la polyvalence dans leurs tâches quotidiennes. Christophe assure la traite du matin et Patrice celle du soir. Et cette polyvalence leur permet désormais de s’octroyer des week-ends et des vacances…
Sous-entendu, de vraies vacances où on laisse ses soucis sur la ferme et où l’on peut se libérer l’esprit et se consacrer à sa famille…
Aujourd’hui, Christophe et Patrice parlent d’agrandissement. « Notre but n’est pas de monter une grosse ferme mais de renforcer notre équipe et d’être encore plus efficaces dans l’organisation du travail. Nous voulons une exploitation qui soit vivante et qui puisse évoluer indépendamment de la présence des uns ou des autres. Car si nous ne
savons pas ce que nous ferons à l’avenir, nous voulons que notre ferme perdure et qu’elle continue à travailler, même sans nous ! »
Pour eux l’extension du Gaec devrait se faire par le regroupement avec une exploitation voisine, de Chamole.
À 57 ans, l’agriculteur réfléchit aujourd’hui à la formule la plus intéressante pour transmettre son exploitation. Même si rien n’est encore décidé, l’entrée dans le Gaec « ne devrait pas être pour lui déplaire ». Cette formule présenterait des intérêts évidents pour tous.
« On en discute. Tranquillement ! » commente Christophe, et les choses ne se feront qu’après concertation et toujours dans le même esprit de communication et de respect des associés que le futur entrant est prêt à partager…
Mais, la croissance du Gaec pourra se faire, par la suite, avec l’arrivée d’un quatrième associé. Loïc, le neveu de Christophe, termine ses études au lycée agricole de Montmorot. Depuis quelques années, il marche dans les pas de son oncle. Il connaît bien cette ferme où une place d’associé lui semble promise.
Au-delà des mentalités quelque peu différentes, ce mélange des générations permettra au contraire de réunir des expériences différentes mais néanmoins complémentaires. C’est là toute la richesse des relations humaines.
Et tout l’intérêt pour la pérennité de l’exploitation agricole…
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