Le Jura Agricole et Rural
Est-ce que les enfants vont encore jouer dans les prairies ?
Patrimoine agricole à Beauvernois
Jura agricole et rural
Publié le:  28 juin 2007
Page 24 

Les enfants apprennent à observer les fleurs présentes dans un mètre carré de prairie

Bottes, papier, crayon… Les élèves de l’école primaire de Chaumergy partent à la découverte d’une prairie humide en Val de Brenne. Sont-ils plus familiers de leur console de jeux que de la nature environnante ?

Qu’on se rassure, ils savent encore siffler avec un brin d’herbe.

Nous sommes à Beauvernois, à 100 mètres en contrebas du village, dans une zone particulièrement humide et inondable, un espace hier encore en friche et qui demain aurait pu devenir une plantation de peupliers comme tant d’autres, fermant le paysage. C’était sans compter sur la mobilisation de quelques habitants du village et de deux agriculteurs, bien décidés à redonner vie à ce bout d’herbe. Un bout d’herbe assez remarquable pour qu’on le défriche et qu’on l’aménage, recréant même une morte pour faire frayer les poissons. Le Val de Brenne est reconnu comme un lieu intéressant du point de vue de son environnement. Il fait partie du site Natura 2000 de la Bresse jurassienne et du contrat de rivière Seille. La commune de Beauvernois, adhérente du Syndicat d’aménagement de la Brenne, a donc décidé de racheter cette parcelle de 9 hectares pour la réhabiliter. C’est chose faite depuis, grâce à Louis Martin, agriculteur, et Michel Baudot, salariés de l’Adasea et producteur de poulet de Bresse, qui exploitent les lieux par le biais d’une convention d’occupation assortie de certaines conditions environnementales (pas d’intrants, fauche après le 25 juin…). L’acquisition de la parcelle et les travaux de défrichement et d’aménagement auront coûté moins de 10 000 euros à la commune, l’opération étant subventionnée à 80 % par l’Agence de l’eau, le conseil général et régional et la Diren.

« Tout le monde y trouve son compte »

Pour guider les enfants de l’école de Chaumergy, pas de spécialistes de la botanique et de l’animation mais des bénévoles connaissant l’histoire du village, un agriculteur, un chasseur.

Les élèves ont déjà travaillé sur le thème de la fleur sauvage au cours de l’année scolaire. Aujourd’hui ils sont sur le terrain, répartis en différents ateliers pour observer la diversité des fleurs en zone humide, les pratiques agricoles, les plantes qui soignent, celles que l’ont peu manger ou qui sont toxiques, la vie d’une rivière.

Louis Martin présente l’histoire de la parcelle avec des photos avant débroussaillage, explique comment ont fait du foin, le pâturage des animaux, la différence entre une graminée et une légumineuse… « Beaucoup de ces enfants connaissent le monde agricole ou vivent à la campagne. Ils étaient très attentifs et intéressés » se réjouit l’agriculteur qui est prêt à renouveler l’opération. Les bénévoles et la commune envisagent par la suite d’installer un sentier découverte le long du ruisseau et sur la parcelle.

« C’est un projet fédérateur où tout le monde y retrouve son compte : la commune pour qui cette zone devient un patrimoine communal, l’environnement avec la préservation d’une zone inondable sans intrants, l’écologie avec l’implantation d’une culture à gibier sur 30 ares et l’agriculture en expliquant les pratiques agricoles » résument Michel Baudot et Louis Martin. Et pour être complet, précisons l’origine du projet : il inspire du travail réalisé par le GVA du Val de Seille qui depuis 2003 réalise avec les pêcheurs des actions de communication sur l’agriculture, la rivière et son environnement. Un dépliant intitulé « Pollution, inondations : les agriculteurs réagissent » a été largement diffusé et expliqué. Une journée de sensibilisation des enfants à l’agriculture, la pêche et la chasse s’est tenue en août 2006 à Arlay. Pour Louis Martin, adhérent du GVA, ces actions de communication sont importantes. D’où l’idée de sensibiliser les enfants à la place de l’agriculture et des pratiques agricoles dans le maintien et la préservation de ces zones humides. « Beaucoup de personnes se posent des questions sur le métier d’agriculteur en général » termine l’agriculteur bien décidé à leur apporter des réponses.

Les habitants de Beauvernois mobilisés pour la journée : Jean-Luc Simeray président de la Société de chasse de Beauvernois, Valérie Bourguoin (CPIE), Joël Prost, maire de Beauvernois, René Vuillet, Germain Ragonde, Annette Simeray, Louis Martin, Michel Baudot. Soutenus par Bruno Guichard, conseiller général et président de l’Union régionale des CPIE de Franche Comté. Avec l’appui de la Chambre d’agriculture qui anime le volet agricole du contrat de rivière Seille et l’ADFPA (Marie-Ange Christophe).

Quelques plantes en patois :

les « connaillottes » (roseaux),

les « écarets » (iris),

les « saules » (sauges),

la « verne » (l’aulne),

le nom de Beauvernois venant de « belles vernes ».


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