|
« Il faut intégrer la viabilité de l’exploitation dans le projet d’installation » insiste Éric Druot |
Le congrès de Gaec et Sociétés se tenait cette année à Salins les Bains dans le Jura, terre des premières coopératives agricoles. L'esprit de l'agriculture de groupe a soufflé sur les 200 congressistes réunis au Fort Saint André qui ont réaffirmé leur revendications sur la transparence totale et pris de la hauteur en réfléchissant à l'engagement militant. Chacun a pu apprécier l'accueil jurassien, sur place et lors des visites d'exploitations.
“Aujourd'hui nous devons passer d'une position défensive à une position offensive. Nous avons un principe, la transparence totale affirmé par la loi d'orientation de 1962 et nous demandons qu'il soit appliqué systématiquement" lance Franck Guehennec, secrétaire général de Gaec et Sociétés. Le Congrès national qui s'est tenu les 28 et 29 juin dans le Jura a fait la preuve d'une reprise en main des revendications des sociétés agricoles. La Loi d'orientation agricole de 2006 a en effet explicitement désigné Gaec et Sociétés pour représenter l'agriculture de groupe au comité national d'agréement et au sein de chaque comité départemental. En 2007, forte de cette légitimité, la structure nationale va se mobiliser dans plusieurs domaines. Elle réclame notamment la suppression de la référence aux exploitations regroupées dans la reconnaissance des associés et refuse la limitation à trois associés pour les aides aux structures. Il est aussi question du droit à la pluriactivité.
Responsabiliser les comités d'agrément
Autre exemple pointé du doigt : un Gaec qui veut créer une société laitière avec une autre exploitation ou une société commerciale de diversification à la périphérie de l'exploitation perd sa transparence. A l'inverse comment éviter que les Gaec ne se vident de leur substance si le lait est fait par une société laitière, l'engraissement par un atelier regroupé, les cultures par un assolement en commun...Une question que le conseil d'administration de Gaec et Sociétés prend à bras le corps restant attentif aux valeurs de travail en commun et d'équité entre les associés si chères à ses yeux. "Ces sociétés sont un outil moderne, adapté, qui permet de rationnaliser les coûts sans pour autant perdre notre âme " déclare Hubert Beaudot, président de Gaec et Sociétés.
Sur la question de la pluriactivité dans les Gaec, M. Gervaizeau, représentant du Ministère de l'agriculture penche pour "des références simples laissant une marge aux comités départementaux d'agréement". Il insiste sur "une volonté commune d'aboutir dans un bon équilibre " estimant qu'il est possible " d'aller vers plus de transparence des exploitations regroupées (...) de façon intelligente et circonstanciée" mais sans pour l'heure supprimer totalement la référence à l'exploitation au profit des seuls associés. Pour au moins deux raisons : les aides ont encore pour assiette l'exploitation et la référence à l'exploitation est un filet de sécurité à l'installation. La reconnaissance d'un associé de Gaec est pour l'instant conditionnée au fait qu'il ait apporté une exploitation regroupée. Le représentant du Ministère évoque une solution : " un JA sans terre peut intégrer un Gaec qui le dote d'au moins une demi SMI par vente ou location. Sa situation est ainsi moins précaire en cas de départ de la société"
Dès le mois de novembre, Gaec et Sociétés compte réunir les représentants des comités départementaux pour avoir une réflexion d'ensemble sur les critères d'agréement : critères de la pluriactivité mais aussi critères de distances, d'équilibre des participations..
Engagement et militantisme
En deuxième partie d'assemblée générale, M. Rousseau, professeur à Polytechnique et de M. Purseigle, sociologue ont décortiqué les ressorts de l'engagement et du militantisme, s'appuyant sur le témoignage du mouvement MRJC et des JA. "Les Gaec sont à la croisée des chemins des valeurs qui animent l'engagement et le militantisme, ils en sont une forme aboutie. A nous de le faire savoir" insiste le président de Gaec et Sociétés. L'enjeu est de faire prendre conscience aux jeunes générations que l'installation en société n'est pas une entrave à la liberté mais une force d'innovation qui offre le maximum de chance de réussite personnelle et professionnelle."Car dans les années à venir nous devrons acceuillir de nombreux jeunes pour renouveler les générations" rappelle Hubert Beaudot. Une cause que partage Eric Druot, jeune responsable agricole du Jura venu témoigner de son expérience en tant que président de la Fédération de remplacement et ancien président de JA de son département. " Nous devons favoriser l'installation en société. Les jeunes doivent intégrer une "viabilité" dans leur projet par la forme sociétaire ou par l'apport de main d'oeuvre avec les services de remplacement. C'est la seule solution pour que les JA ne soient pas trop en décalage avec le reste de la société, économiquement et socialement".
Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?




