Le Jura Agricole et Rural
Une cotisation volontaire porteuse d'avenir
Claude Vermot-Desroches, président du CIGC
Jura agricole et rural
Publié le:  05 juillet 2007
Page 9 

Au cours de la campagne 2006-2007, les coopératives à comté, sous l’impulsion de leurs FDCL et en coopération étroite avec leurs maisons d’affinage ont mis en place une cotisation volontaire. Le prélèvement perçu pouvait être remboursé si un objectif de baisse de production de comté était respecté par la coopérative, et à condition que cet objectif soit atteint par une voie vertueuse, c'est-à-dire sans créer de désorganisation dans les autres filières régionales.

A l’heure du bilan, cette action doit être qualifiée de succès. Les opérateurs de la filière comté ont ainsi témoigné une nouvelle fois de leur capacité à s’organiser collectivement, de manière solidaire. Le taux élevé de participation des fromageries est d’autant plus méritoire que l’action menée n’avait aucun caractère contraignant et s’appuyait sur le seul volontariat.

La filière AOC comté montre ainsi qu’elle est bien le terroir de la solidarité. De manière simultanée, elle montre aussi qu’elle sait gérer l’avenir : participer à cette action, c’était pour les fromageries accepter une moindre rémunération à court terme pour un espoir d’assainissement des stocks de leurs affineurs et d’amélioration de la MPN. Une des caractéristiques de la filière comté c’est aussi le climat de confiance qui préside aux relations entre le secteur amont et le monde de l’affinage. Nul doute que la réussite de la CV aura contribué au renforcement des liens entre les deux parties, bénéficiaires l’une et l’autre de ses retombées positives.

Si ces opérations de dégagement ponctuel avec l’instauration du double prix sont nécessaires à la situation présente, elles ne pourront répondre efficacement à une production laitière sans limite. Les producteurs seront alors contraints de se résigner à n’en commercialiser en lait à comté qu’une partie seulement. Très rapidement le succès commercial actuel du comté que la filière a mis plus de 20 ans à construire, serait anéanti, au profit de l’image et du prix d’un produit banal. La CV est donc une méthode adaptée à des décalages «production-vente» dont l’ampleur était modérée comme ce que nous vivons actuellement. Il n’est pas impossible que dans un délai de quelques années seulement, la sortie progressive des quotas provoque dans notre filière des tensions de grande ampleur. Dans ce cas, il pourra être nécessaire de réfléchir à des solutions plus radicales et notamment d’accepter une autolimitation en production laitière. Lés producteurs doivent rester des producteurs de lait à comté avant tout. C’est en débat interprofessionnel que nous déciderons ensemble quand la nécessité s’imposera. Ce que je retiens, c’est d’abord la capacité des partenaires producteurs, responsables de fromagerie et affineurs à s’organiser et à prendre les bonnes décisions. Les modalités pratiques suivront. L’obligation ardente de gestion de l’équilibre du marché que nous avons tous, devra s’accompagner d’une ardente obligation de respect de nos valeurs, celle de solidarité entre nous telle que la CV en a témoigné, mais aussi celle de respect du consommateur et de l’image de produit authentique de terroir qui est à la base du succès économique du comté.


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