En tant que président de coop, qu’avez-vous rencontrez comme difficulté pour la mise en place de la cotisation volontaire ?
Pascal Viprey,président de la coopérative de Bremondans : La fruitière s’est engagée dans la démarche de la cotisation volontaire. Cela n’a pas été facile, tout poussait pour qu’on n’y aille pas. On est une petite coop et tout le monde n’a pas participé autour. ça facilitait pas. Mais on y est allé quand même. Le plus dur, c’est que c’est le président qui doit convaincre ses gars. Mais finalement ça c’est bien passé et ca a suivi.
C’est sûr que sur l’année, c’est plutôt positif : le retour de la cotisation volontaire et les aides complémentaires de l’affineur et de l’Union, le redressement de la MPN qui compense le manque à gagner de production, tout ça fait qu’on s’y retrouve. Mais il faut bien tout. C’est un pari sur l’avenir et de la solidarité. ça serait bien quand même si tout le monde était convaincu et participait. ça éviterait les rancœurs et ça serait plus positif pour la filière.
En tant que président de coop, quel bilan retenez-vous de la démarche?
August Germann,président de la Coop de Villers-le-Lac les Majors : C’est bien pour la filière. Il faut regarder les choses du bon côté. Et continuer à construire. Pour nous, les présidents, ce sont les dégagements qui sont le plus dur à gérer. Il faut anticiper la collecte des sociétaires, faire des estimations sur les productions et les rendements avec le fromager, pour calculer ce qu’il faut dégager. Et voir quand on peut vendre le lait ou le fromage à la fonte. C’est aussi compliqué pour ceux qui organisent les ventes. C’est là qu’il faudrait qu’on y voit plus clair. Il faudrait sans doute imaginer des solutions, plus qu’on s’adapte à ces marchés.
Les adhérents de la chambre syndicale des entreprises de l’emmental et du comté (CEC) participent activement et sont solidaires du dispositif de maîtrise de l’offre. Pouvez-vous expliquer l’intérêt des affineurs pour ce dispositif ?
Véronique Rivoire, présidente de la CEC : La valorisation optimale du travail des acteurs de la filière comté, du producteur à l’affineur, passe par une adéquation de l’offre de fromages à la demande du marché.
Le dispositif mis en place au cours de la dernière campagne s’st traduit par une stabilisation des prix de vente, après deux années de baisse, et par un meilleur équilibre qualitatif des stocks de comté, répondant mieux à la demande de nos clients. Notre filière doit persister dans cette voie pour créer de la richesse et favoriser la diversité de ses produits.
Monsieur Bonnet, en tant que président des fromagers, que pensez-vous de la démarche de maitrise ?
Jean-Marie Bonnet, président du Syndicat national des maîtres-fromagers et fromagers :: Directement concerné, car représentant un manque à gagner supplémentaire dans notre activité, la mise en place de la CV a quand même permis le maintien des cours du comté.
Les producteurs de la filière, doivent toujours songer à rester des producteurs de fromage AOC en sachant s’appuyer sur leurs fromagers.
Alain Mathieu, président de la FDCL du Jura : D’une manière générale, la coopération a su se fédérer et jouer un rôle moteur assumant ainsi sa responsabilité de leader dans ce plan de maîtrise 2006-2007. Cela a permis de sauvegarder l’équilibre des marchés du comté.
Mais bien au-delà de ce bilan positif en terme d’efficacité, le respect des engagements et de la parole donnée dès le départ sur le retour de la cotisation euro pour euro ainsi que l’aide des affineurs doit lever les doutes et les réticences sur le bien-fondé et l’efficacité d’un tel mécanisme collectif trop souvent qualifié de complexe ou «d’usine à gaz».
Cela prouve qu’unie, la profession est capable d’initier, fédérer et gérer des opérations collectives ambitieuses.
Nous devons maintenant continuer le travail de concertation engagé au cours de la campagne 2006-2007 pour préparer l’adaptation de notre région au démantèlement progressif des quotas laitiers, ainsi qu’aux répercutions des fortes fluctuations qui touchent de plus en plus les marchés agricoles. Après des années de surproduction, nous constatons subitement une tendance inversée et non prévue de pénurie induisant des remontées spectaculaires des cours (céréales, poudre de lait, lactosérum pour ne citer qu’eux) déstabilisant en cascade des filières consommatrices de ces matières premières si elles ne parviennent pas à répercuter les hausses aux consommateurs (cas de la filière veaux de lait ou porcine actuellement).
Si l’on ne peut que se réjouir de cette tendance haussière de la demande agricole et de la remontée des cours, à l’évidence elle doit être encadrée et organisée car sinon douloureuse sera la chute si l’orchestration ne se fait que par la seule loi du marché et de la spéculation !
C’est pour cette raison qu’une démarche collective régionale d’organisation des laits d’ajustements «type CV» doit se poursuivre. De façon à ce que les quelques pourcentages de lait non encadrés par les règles des plans de campagne du comté et non admissibles par les marchés des autres AOC ne soient pas la cause de l’effondrement des cours ou d’un relâchement qualitatif de nos AOC.
Cette variable d’ajustement indispensable pour fixer le point d’équilibre des marchés AOC est également nécessaire à nos coopératives pour gérer de façon concrète la destination de l’ensemble des laits collectés et aux producteurs pour plus de lisibilité.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Force est de constater que les solutions individuelles permettent de moins en moins de traiter le problème de ces laits dans sa globalité et vont créer des tensions grandissantes entre les transformateurs. Cela risque de s’avérer d’autant plus vrai que l’ensemble des marchés régionaux valorisant seront saturés. Toutes ces raisons imposent incontestablement la poursuite d’une démarche collective régionale d’organisation et de maîtrise fromagère et laitière. Je suis convaincu que le bilan positif de la campagne CV 2006-2007 permettra de poursuivre dans cette voie.
Alors bravo et merci à toutes celles et à tous ceux qui ont contribué à ce succès.
En 2005, les Jeunes agriculteurs ont présenté un rapport d’orientation dont le fondement résidait sur l’importance de l’organisation professionnelle et économique dans les filières agricoles. Avec la démarche initiée par les producteurs et la coopération, le thème de ce rapport est au cœur de l’actualité : selon vous, quelles sont les clés pour assurer réussite et pérennité à une telle démarche ?
Olivier Jantet,secrétaire généralde JA 39 : Je crois tout d’abord que la mise en place de cette contribution volontaire marque une rupture avec l’approche que nous, les producteurs, devront nécessairement avoir pour la mise en marché de nos produits, dans les années à venir. Il est aujourd’hui impératif de nous impliquer fortement dans la gestion des marchés pour augmenter ou diminuer l’offre, selon la demande et ainsi, maintenir les prix. Il s’agit selon moi de faire preuve de pédagogie auprès des producteurs. Les remparts de la préférence communautaire disparaissent et c’est bien à nous de nous organiser pour éviter d’entrer dans un schéma où les producteurs ne serviraient que de variable d’ajustement. Pour réussir totalement ce challenge, il me semble également indispensable que cette démarche et que l’effort qu’elle demande soit partagé de tous. Enfin, sur la forme, les notions de souplesse et de réactivité doivent être au cœur de nos préoccupations. Les marchés sont fluctuants et nous devons nous y adapter pour ne pas les subir.
Franck Pourcelot, président du CRIELde Franche-Comté : Pour faire émerger de nouvelles perspectives
Comme cela a pu être présenté et commenté dans les articles précédents, l’organisation collective autour de nos productions laitières et fromagères locales est un objectif très majoritairement partagé.
Cette nécessité d’organisation était apparue de façon évidente aux yeux des responsables qui nous ont précédé et nous constatons qu’elle demeure un objectif pour la génération actuelle.
En réaction à la quasi-disparition de l’organisation commune du marché du lait au niveau européen, il est tout à fait envisageable de se réapproprier ou de construire de nouveaux outils, à même de contrer les effets négatifs de cette libéralisation qui pourrait avoir des conséquences très préjudiciables pour l’économie laitière régionale.
A la demande des différentes parties prenantes au débat sur le difficile sujet de la maîtrise de la qualité dans le secteur des fromages AOC, le Criel a répondu très favorablement au cours de l’année 2006.
Plusieurs réunions et déplacements ont permis de mettre sur pied un protocole d’accord interprofessionnel qui aurait pu déboucher sur un accord homologué par les pouvoirs publics.
Aujourd’hui, si la demande devait être renouvelée, le Criel resterait un espace au service des filières au sein duquel le débat interprofessionnel pourrait reprendre, à la lumière de l’expérience passée, en respectant les attentes et les intérêts des différentes familles, ainsi que l’équilibre entre les secteurs AOC et hors-AOC.
Le contexte a sans doute évolué ce qui pourrait faire émerger de nouvelles perspectives de solutions qui satisfassent l’ensemble des composantes de la filière laitière régionale.
- La paille a-t-elle un prix ?
- «Je veux un tracteur, comme papa !»
- Un dimanche à la ferme
- La Safer et le droit de préemption
- L'emploi des jeunes pendant les vac...
- Plantations : Les distances à respe...
- D'un continent à l'autre… les plant...
- Chemin rural ou chemin d'exploitation
- Biocarburants : la profession s'int...
- Le Jura fête la volaille de Bresse
Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?




