Bien conduite, l’interculture peut être un moyen efficace pour lutter contre certains problèmes agronomiques après avoir cerné les difficultés prioritaires de la parcelle.
L’interculture est une période qui a pu être négligée, en système labour notamment. Avec le développement des techniques sans labour, cette période mérite encore plus d’attention. Apprendre à mieux la conduire, c’est résoudre des problèmes parasitaires, c’est aussi concilier protection de l’environnement et rentabilité des cultures. Une bonne gestion de l’interculture permettra de faciliter l’évolution des résidus de récolte, de réduire le stock grainier d’adventices et détruire une partie des limaces.
Les conditions pluvieuses actuelles sont pénalisantes sur bien des aspects, mais elles peuvent être propices aux interventions juste après récolte pour gérer au mieux l’interculture.
Réduire les pailles
Si les pailles ne sont pas récoltées, il est important de bien les broyer dès la récolte en agissant sur le réglage du broyeur de la moissonneuse-batteuse. Il faudra veiller également à une répartition homogène des menues pailles. Cela favorisera la dégradation des résidus.
C’est encore plus impératif en technique sans labour : les résidus de culture restent à la surface du sol ou sont mélangés dans les premiers centimètres. L’hétérogénéité de répartition peut entraîner des pertes à la levée de la culture suivante et créer parfois des effets dépressifs préjudiciables au rendement. On observe cela derrière les moissonneuses-batteuses de grandes largeurs qui concentrent les menues pailles à la sortie des grilles. Pour y remédier, l’éparpilleur de menues pailles est indispensable.
Le rebroyage des chaumes peut être utile en cas de coupe haute pour permettre le fonctionnement sans bourrage des outils de déchaumage et sans passer par l’emploi d’outils coûteux.
Les vertus du déchaumage
Comme beaucoup d’interventions culturales, le déchaumage a plusieurs fonctions que les habitudes de travail font souvent oublier. En déchaumant, on agit sur une multitude de paramètres comme :
- le stock d’adventices par l’action de faux semis,
- la décomposition des résidus de récolte par leur incorporation dans le sol,
- les opérations culturales suivantes par le nivellement du sol et l’émiettement de surface, particulièrement utiles en techniques sans labour,
- les populations de limaces dont une partie des œufs peut être détruite par déshydratation,
- la répartition des amendements calcaires et des effluents d’élevage épandus sur chaumes, et dont l’efficacité dépend aussi de l’homogénéité d’incorporation,
- le piégeage des nitrates en excès dans le sol par l’enfouissement de résidus pailleux et l’activation des repousses qui peuvent contribuer à consommer de l’azote, à condition que ces repousses soient abondantes et homogènes.
Un déchaumage bien fait est favorable d’un point de vue agronomique. A l’inverse, un excès de déchaumage ou un déchaumage mal contrôlé peut donner de mauvais résultats. C’est une intervention à raisonner comme les autres opérations culturales.
Réhabiliter la technique du faux semis
Cette technique a son intérêt lorsque l’on veut diminuer le stock semencier d’adventices. Un travail superficiel après moisson favorise la levée des repousses ou des adventices qui pourront être détruites ultérieurement par voie chimique ou mécanique avant la culture suivante. Cette technique est insuffisante à elle seule pour détruire toutes les mauvaises herbes. Elle est cependant utile pour diminuer les populations de brome, ray-grass, de vulpins ou de dicotylédones.
La réussite du faux semis passe par un travail superficiel sur 5 cm environ, homogène et rappuyé pour favoriser la germination des graines, le plus tôt possible après la récolte pour offrir une plage de germination étendue aux adventices. Cependant les conditions d’humidité du sol de cette année sont à bien prendre en considération. En fonction de la vitesse de ressuyage des différents types de sol, on peut être amené à retarder plus ou moins l’intervention pour la réaliser dans les meilleures conditions d’humidité.
Il faut éviter un déchaumage profond qui risque de retarder la levée des adventices ou étaler leur levée dans la culture suivante, dessécher davantage le sol, enfouir les résidus de récolte à une profondeur excessive.
Soigner l’incorporation des résidus
L’incorporation des résidus vise à activer leur décomposition et à mieux les répartir dans la couche arable. S’il y a labour par la suite, le risque de plaquage en fond de raie sera limité. Si le labour n’est pas envisagé, le mélange des pailles avec le sol par le déchaumage est important surtout si l’interculture est courte (blé-colza) pour diminuer la gêne occasionnée sur les éléments semeurs lors du passage du semoir.
En particulier, l’implantation de colza sans labour derrière un précédent pailles enfouies est une situation délicate à gérer, dans laquelle il faudra réaliser des compromis en prenant en compte plusieurs paramètres : granulométrie du lit de semences pour favoriser le contact sol-graine, préservation de l’humidité du sol, préparations de sol inutiles à éviter.
Réduire les populations de limaces
Les semaines pluvieuses qui ont précédé la récolte ont pu être favorables au développement des limaces. L’ampleur de leur activité varie selon les conditions météorologiques et l’humidité du sol. Elle est maximum quand la température avoisine 15°C et quand l’humidité relative dépasse 75 %.
Le déchaumage est un bon moyen de lutte contre les limaces. Il permet d’éliminer directement les individus, de détruire leur nourriture, d’assécher et émietter leur biotope pour le rendre défavorable, de mettre en surface une proportion non négligeable d’œufs, pour favoriser leur exposition au soleil et les éliminer.
En cas de fortes infestations, la répétition des déchaumages est conseillée. Si un seul passage est prévu, il vaut mieux le faire le plus tôt possible dès la récolte du précédent.
Faut-il laisser vieillir les chaumes ? (rouissage)
L’effet vieillissement des chaumes provoqué par les intempéries : pluies, soleil, vent … est parfois recherché par certains agriculteurs. Cette pratique a pour inconvénient de retarder la levée des adventices et des repousses. Par ailleurs, en expérimentation, il a été constaté que les vitesses de dégradation entre un déchaumage superficiel et la technique de vieillissement des chaumes sont semblables. Intervenir sitôt après la récolte reste bien la bonne préconisation.
Même si les techniques de travail du sol ont beaucoup évolué dans les dix dernières années, le développement des pratiques sans labour des désherbages des chaumes avec des herbicides totaux et la recherche d’économie dans les façons culturales ont parfois fait oublier les avantages des interventions mécaniques en interculture.
Le déchaumage reste une technique d’actualité, en évitant qu’il ne soit trop profond pour donner la priorité aux faux semis, et à condition qu’il ne soit pas une habitude de travail, mais une opération culturale à part entière et employée à bon escient.
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