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La prédation canine sur les troupes ovines du Jura est la plus élevée de celle recensées. Sa prévention passe par une bonne communication auprès des propriétaires canins du voisinage |
Les éleveurs ovins du massif jurassien sont confrontés à une importante pression de prédation, comparée à celle d’autres régions françaises. Quatre étudiants de l’Enita de Clermond-Ferrand ont présenté à la chambre d’agriculture du Jura les résultats de leur étude sur ce thème.
Vingt-quatre éleveurs ovins professionnels du massif du Jura ont été enquêtés par une équipe de quatre étudiants de l’Enita de Clermont-Ferrand : Cécile Bayeur, Sandrine Martinet, Christelle Rodet et Antoine Santarelli. L’objectif de cette étude, évaluer la prédation sur les années 2002 à 2006, avec la méthodologie du Cerpam, déjà utilisée dans d’autres régions françaises, pour réaliser un état des lieux précis. « Cette restitution prend un caractère particulier, en raison des événements récents. », notait le président de la chambre d’agriculture du Jura, Dominique Chalumeau, en faisant allusion à l’attaque récente d’un troupeau par un loup dans le haut-Jura.
En effet, si le loup devait coloniser le Jura, après les Alpes, une bonne connaissance du niveau de prédation avant son arrivée permet de faire la part des choses.
Une pression importante de la prédation canine
Comme l’a montré dans son exposé Alexandre Dumontier, animateur ovin à la chambre régionale d’agriculture, l’élevage du massif se caractérise par une prédominance du système bergerie, et utilise souvent des secteurs difficiles, qu’il contribue à entretenir. Mais il s’agit
aussi d’une activité très minoritaire sur le territoire : seulement 35 à 36 000 têtes sont comptabilisées. Selon Gilles Brunschwig, le professeur de zootechnie qui a encadré les quatre étudiants, cette faible densité ovine pourrait bien être une explication à un des résultats surprenants de l’enquête, à savoir que le massif du Jura enregistre la plus forte prédation canine recensée, avec 0,41 attaque par élevage et par an (soit une attaque tous les deux ans et demi environ).
Dans les autres régions enquêtées, les fréquences annuelles d’attaques se situent dans une fourchette de 0,11 à 0,36. Ces attaques sont peu souvent déclarées, autour de 50% des cas. « Dans près de la moitié des cas (43%), le chien responsable est un animal du voisinage. 34% des chiens vus à l’attaque sont des chiens de chasse, ce qui explique la saisonnalité des cas, plus fréquents à la fin de l’été et en automne », détaille un des étudiants. À l’instar des autres prédateurs, le chien « signe » ses méfaits. Les attaques ont lieu principalement de jour, et sont le plus souvent le fait d’un chien solitaire de grand gabarit. Le comportement de jeu entraîne un grand nombre de victimes et des dommages collatéraux (avortements, blessures…). 51% des attaques ont lieu près d’habitations.
À chaque prédateur sa signature
La surveillance accrue, la présence d’ânes au sein du troupeau, voire de chiens de protection, ou encore la réorganisation du pâturage et son électrification comptent parmi les mesures préconisées pour lutter contre ce type de prédation. « Je suis allé voir tous les propriétaires de chiens du voisinage », témoigne pour sa part Raphaël Farrugia, éleveur dans le Jura.
Spécificité du massif, partagée dans une moindre mesure par les Vosges, la présence du lynx. Pour une petite centaine d’individus dénombrés, l’impact n’est pas négligeable : plus d’un tiers des éleveurs enquêtés ont été concernés par des attaques, et la fréquence annuelle est de 0,45. Méthodiques et localisées, ces attaques sont furtives et ne font en règle générale qu’une victime, le plus souvent une brebis. Elles peuvent survenir dans tout type de milieu. « Les dégâts causés par les attaques de lynx sont remboursés à 90% et les éleveurs connaissent bien la marche à suivre. »
Enfin, deux autres prédateurs sauvages s’en prennent, dans une moindre mesure, aux troupes ovines. Il s’agit du corbeau et du renard. Leurs attaques ne touchent que les jeunes animaux et sont difficiles à repérer et à quantifier. « Les troupeaux ovins jurassiens subissent la prédation de quatre prédateurs dont chacun agit spécifiquement sur le cheptel ovin. Il faut donc trouver des solutions appropriées à chaque type de prédation pour préserver les troupeaux de ce massif », conclut l’étude. Cela passe en particulier par une bonne information des éleveurs et leur accompagnement par les organismes agricoles à la fois dans la mise en place de mesures de prévention et dans les démarches pour être indemnisés en cas de sinistre.
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