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«L'élevage ovin a besoin d'un bol d'air, il y a urgence», alerte Raphaël Farrugia pendant la visite |
Gérard Bailly a conduit la mission sénatoriale, venue dans le Jura, pour prendre la température de la filière ovine. Dans le Jura aussi, les moutonniers sont en panne de revenus. Et d’espoir…
La filière ovine connaît de sérieux problèmes : déclin de l’élevage ovin français, concurrence avec les autres pays producteurs et dernièrement une baisse du prix de l’agneau d’herbe d’un euro du kilo, soit 20 euros l’agneau, que les éleveurs espèrent purement conjoncturelle. Gérard Bailly, sénateur, président du Conseil général du Jura, s’est emparé de la question. En tant que président du groupe d’étude sur l’élevage au Sénat, il est chargé avec son collègue François Fortassin, sénateur des Pyrénées, de réaliser un rapport sur la filière ovine française. Après les Hautes-Pyrénées et tout prochainement les Alpes du Sud, l’Auvergne et la Lozère, la journée du 20 juillet était programmée dans le Jura.
Pour mieux cerner les problèmes et les demandes de la filière ovine en Franche-Comté, les sénateurs ont visité deux élevages : à l’EARL de la Côte à Bonnefontaine et au Gaec de l’Oryon à Le Larderet. Ils étaient accompagnés de Maxime Reversat, administrateur au Sénat chargé d’aider à la rédaction du rapport. La délégation a été rejointe sur place par quelques élus locaux, maires des communes visitées et conseillers généraux. Andrée Girard, présidente du Syndicat ovin de Franche-Comté et Alexandre Dumonthier, animateur régional de la filière ovine ont également participé aux travaux.
L’élevage ovin ne gagne pas assez
Au cours d’une mission sénatoriale, il est de coutume de s’entourer de nombreux avis. Dans le cas présent, ont été auditionnés des consommateurs, des importateurs, des transformateurs mais aussi des représentants du ministère et de la Commission européenne. Les éleveurs sont consultés par le biais de leurs organismes professionnels et directement sur le terrain.
À Bonnefontaine, le ton est donné par Raphaël Farrugia. À la tête, avec son épouse, de 500 brebis et de 30 vaches allaitantes, il est également représentant de la région à la Fédération nationale ovine. « Je parle comme syndicaliste mais aussi comme éleveur et père de famille. Je ne veux pas baisser les bras mais l’élevage ovin ne gagne pas assez. Il est souvent cité comme un rempart à l’enfrichement pourtant il est quasiment impossible de s’installer en production spécialisée à cause des investissements trop lourds en bâtiment et du manque de foncier. Certaines parcelles sont sous-exploitées mais les éleveurs laitiers les conservent car elles sont porteuses de quotas ». L’éleveur cite quelques chiffres : une ICHN pour 50 hectares alors que l’exploitation est conduite en système extensif sur 160 hectares, entretenant des terrains séchants ; un EBE de 30 000 euros pour des prélèvements familiaux de 500 à 700 euros par mois... La demande de la profession est claire : « Actuellement l’UGB ovine est de 170 euros et l’UGB vache allaitante de 280 euros. Il faut relever la prime ovine de 100 euros par UGB. Il faut également déplafonner l’ICHN ». Pour Gérard Bailly, il n’est pas normal que l’élevage ovin soit toujours le dernier en bas de l’échelle en terme de revenu agricole. L’aspect environnemental sera selon lui un levier essentiel pour faire passer les propositions de la mission. Un propos relayé par le sénateur François Fortassin : « Si l’on veut soutenir la dimension environnementale, il faudra accepter un coût très fort pour le ramassage et les taxes d’abattage. Ce n’est pas le producteur qui doit le supporter mais la collectivité ».
La visite terminée, Raphaël Farrugia n’hésite pas à marteler un dernier message : « Nous comptons sur vous Monsieur Bailly, pour que ce rapport ne tombe pas aux oubliettes. C’est aujourd’hui que l’élevage ovin a besoin d’un bol d’air. Il y a urgence ! »
Dispersion des parcelles et pression foncière
Nicolas Pernet a attendu plusieurs années avant de pouvoir intégrer le Gaec de l’Oryon. Toujours à cause d’un manque de foncier. Car en élevage ovin comme en système laitier, il faut du fourrage de qualité et en volume suffisant pour nourrir les brebis. Aujourd’hui la reprise de 24 hectares va lui permettre de s’installer définitivement avec son père, Gérard, et son oncle, Gilles.
La structure a beaucoup évolué au fil des années. Les deux frères ont démarré en 1984 avec 300 brebis sur 40 hectares pour arriver aujourd’hui à 990 brebis sur 130 ha avec un parcellaire très morcelé sur cinq communes.
L’exploitation possède également un atelier de veaux de six mois (200 à 300 veaux par an).
Les résultats techniques de l’atelier ovin sont excellents et le Gaec est engagé dans des démarches qualité avec Franche-Comté Animaux. Mais cela ne suffit pas pour pallier les aléas du marché. Afin de coller à la demande des consommateurs, le Gaec a avancé l’agnelage de novembre à août, ce qui engendre une surcharge de travail à cette période de l’année. Certains éleveurs réfléchissent à valoriser des produits plus élaborés (tranches de gigot, boulettes hachées..) mais le consommateur sera-t-il prêt à payer le prix ?
Cette deuxième visite d’exploitation dans le Jura a montré que pour garder un revenu décent, les éleveurs ont dû agrandir, diversifier et modifier leurs pratiques. L’installation en élevage ovin est possible sur une structure existante ou dans le cadre d’une transmission même si l’on se heurte encore au problème du foncier. Elle peut aussi s’envisager comme un atelier complémentaire à l’élevage bovin pour valoriser des terres et des bâtiments. Mais les mentalités ont du mal à évoluer. « Élever du mouton pour un éleveur de Montbéliarde, c’est un peu comme élever un âne pour un éleveur de chevaux... » Heureusement le dynamisme des moutonniers de Franche-Comté et de leur syndicat est en train de changer définitivement cette image.
La réflexion sur les atouts et contraintes de l’élevage ovin s’est poursuivie l’après-midi à la Chambre d’agriculture du Jura par une séance de travail et d’écritures. La présentation du rapport définitif
devrait être faite au Sénat dès cet automne.
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