Le Jura Agricole et Rural
À l'unisson d'une agriculture européenne
Rencontre Est-Ouest des chambres d'agriculture des pays de l'Arc alpin
Jura agricole et rural
Publié le:  26 juillet 2007
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Une agriculture de montagne vivante grâce aux soutiens publics

Fin juin, une délégation de la chambre d’agriculture du Jura conduite par le président Dominique Chalumeaux, a participé à la rencontre annuelle, appelée rencontre Est-Ouest, des chambres d’agriculture des pays alpins, dans le canton de Saint-Gall, au nord de la Suisse.

Fondées sur la volonté réciproque de mieux appréhender les réalités et les évolutions des différentes agricultures locales, ces réunions, organisées à tour de rôle dans un pays différent, sont l’occasion d’une découverte de l’agriculture du pays organisateur par des visites d’exploitations ; mais elles permettent aussi aux participants d’échanger sur les politiques agricoles, tant européennes que nationales.

Connaître et analyser les politiques européennes et nationales

Ce sont les chambres d’agriculture des cantons suisses francophones qui sont à l’origine de ces rencontres. L’objectif des initiateurs de ces réunions Est-Ouest était de sensibiliser les responsables professionnels agricoles suisses, notamment des cantons alémaniques, aux mécanismes de la politique agricole commune (Pac) des pays environnants. L’idée sous-jacente étant que, dans ce pays

européen qui refuse obstinément d’adhérer à l’Union européenne mais qui « subit l’influence » ou a des intérêts communs avec ses voisins de l’Arc alpin, il convenait d’ouvrir les esprits aux réalités de la Pac. D’où le projet de faire se rencontrer les paysans suisses, autrichiens, français, bavarois, italiens et du Liechtenstein à la faveur de journées de visites organisées de fermes, d’industries agroalimentaires, de manière tournante dans les différents pays.

C’est d’ailleurs l’un des enseignements retirés par les participants à ces journées de Saint-Gall que de faire le constat d’une convergence lente, mais inéluctable des grands fondamentaux qui caractérisent à la fois les économies agricoles et les orientations des politiques publiques : contexte de concurrence mondiale, rôle prééminent

des marchés, pression de la transformation et de la grande distribution, réduction des soutiens publics (même si les contributions publiques à l’agriculture suisse restent à des niveaux

toujours très supérieurs).

Partout l’agriculture doit compter avec la pression environnementale et écologique mais bénéficie en retour d’un énorme soutien de la population.

Pas étonnant dans ce contexte que les stratégies des exploitations de tous ces pays européens soient très semblables : logique de compétitivité par réduction des charges, intensification, spécialisation, recherche de nouveaux marchés, vente directe, positionnement sur des prestations de services.

La politique agricole suisse se calque progressivement sur celle de l’Union européenne : baisse des prix, suppression des quotas laitiers, écoconditionnalité, libre-échange laissant inaugurer un mouvement de restructuration des très petites exploitations.

À la découverte de l’agriculture du canton de Saint-Gall

Un programme très serré de visites d’exploitation mis sur pied par la chambre d’agriculture de Saint-Gall a permis aux participants de plonger au cœur des réalités de l’agriculture de ce canton voisin du lac de Constance, de l’Autriche et du Liechtenstein. Dans

cette région de montagne qui culmine à 3200 mètres, se pratique une agriculture multiproductions sur des petites structures très intensives (25 hectares) dans des vallées comme celle du Rhin (400 m).

C’est une région à dominante laitière avec la race schwitz ou brune des Alpes pour le fromage Appenzell, mais le canton, qui compte 5 000 exploitations, produit du porc, des céréales, des légumes, des fruits, du vin. L’agriculture suisse est très fortement aidée par des paiements directs pour garantir une sécurité alimentaire, mais aussi pour assurer une présence et un entretien de tout le territoire, y compris dans les pentes et sur les alpages d’altitude. Elle bénéficie également de protections contre l’urbanisation.

Avec des prix à la production encore supérieurs aux prix européens et grâce aux aides publiques de plus en plus assorties d’écoconditionnalité, la Suisse conserve un tissu dense d’exploitations sur l’ensemble de son territoire, qui participent au maintien de paysages très soignés.

Une agriculture multiproductions très réactive

Les visites ont permis de découvrir successivement un échantillon d’exploitations familiales et d’entreprises très diverses :

• un alpage de montagne à 1700 mètres d’altitude, créé par six agriculteurs en coopérative qui gèrent un troupeau de 100 vaches laitières (provenant de la vallée), nourries à l’étable la nuit, et qui intègre une porcherie, une fromagerie ainsi qu’un restaurant.

• une exploitation maraîchère, installée dans la vallée du Rhin, avec quatre unités de main-d’œuvre familiale, issue d’une reconversion laitière. Toute la production est commercialisée en direct dans un magasin de vente à la ferme, mais aussi les marchés et auprès des restaurateurs.

• une coopérative de conditionnement des légumes, approvisionnée par les agriculteurs, sous contrats, en carottes, choux, endives pommes de terre, et dont la plus grosse partie de la production est écoulée sur les grands de la distribution en Suisse (Migro et Coop).

• une exploitation laitière en zone de production Appenzell qui trait un quota de 220 000 litres de lait avec 35 vaches laitières, mais s’interroge sur la fin annoncée de la politique de contingentement laitier (quotas).

• une ancienne exploitation laitière reconvertie en vaches allaitantes + verger fruitier + vigne, avec un magasin de vente à la ferme.

• une exploitation laitière qui s’est adjoint une production viticole dans la région de Sargans, avec un caveau de dégustation.

• une initiative de création d’activités agrotouristiques sur une exploitation laitière, bien située sur de grands itinéraires touristiques, qui propose des formules agricoles d’accueil, de restauration, sur le principe d’événements ou de thèmes (« aventure sur la paille »).

Autant de visites et d’échanges qui, malgré les barrières de la langue, ont montré les communautés d’intérêts et de destins des agriculteurs de ces régions européennes confrontées aux mêmes logiques politiques, économiques et environnementales.

L’an prochain, le Jura a proposé d’accueillir le groupe Est-Ouest et de présenter les réalités de son agriculture aux délégations qui ont d’ores et déjà pris rendez-vous pour le mois de juin 2008.


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