Le Jura Agricole et Rural
Une embellie après des années noires
Revenu agricole 2006
Jura agricole et rural
Publié le:  26 juillet 2007
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Le revenu de l’activité agricole n’est pas directement comparable, en niveau, à celui des ménages. Ce dernier comprend en effet, outre les seuls revenus d’activité, les revenus de la propriété et les revenus de transferts comme les prestations sociales. Les seules comparaisons possibles portent donc sur les évolutions.

Le ministère de l’Agriculture étudie à la loupe, chaque année, le revenu des agriculteurs. « Jusqu’à la fin des années quatre-vingts, l’évolution du revenu de l’activité agricole a été moins forte que celle du revenu de l’ensemble des ménages. En revanche, de 1990 à 1998, elle a été nettement plus favorable que celle du revenu des ménages. Mais depuis 1998, le revenu agricole a connu un retournement à la baisse, alors que le revenu des ménages poursuit sa progression. L’année 2006 marque une rupture dans cette tendance baissière du revenu agricole ».

Pour Agreste, organisme en charge des études agricoles du ministère, « la comparaison de l’évolution des revenus d’activité de l’agriculture avec celle des autres branches de l’économie peut se faire grâce à la valeur ajoutée nette au coût des facteurs (ou revenu des facteurs) par actif employé. Au cours des années quatre-vingt-dix, cet indicateur a progressé plus vite en agriculture que dans les autres branches. Entre 1990 et 1998, sa croissance en termes réels a été de 22 % en agriculture et de 11 % pour l’ensemble des entreprises. Après 1998, le revenu des facteurs en agriculture a diminué, tandis que la croissance s’est poursuivie pour l’ensemble des entreprises. Le revenu des facteurs dans les industries agro-alimentaires est orienté à la baisse depuis 1992 ».

De fortes fluctuations

Après une période de forte hausse de 1993 à 1998, le revenu agricole par actif s’est mis à décliner. « Depuis 1999, le volume global de la production a connu de fortes fluctuations, mais est tendanciellement orienté à la baisse. En 2006, le volume global de la production s’est encore réduit, mais les prix ont été très favorables pour la plupart des produits. Les coûts de production ont également diminué, malgré la hausse des prix des produits pétroliers, grâce à une baisse des consommations intermédiaires en volume. Le revenu net d’entreprise agricole s’est donc nettement redressé en 2006 (+ 15 % par rapport à 2005). Mais il reste inférieur de 17 % à son niveau de 1998 », constatent les analystes du ministère.

Grâce à ce redressement, la France enregistre en 2006 un des meilleurs résultats parmi les pays européens. Le résultat agricole par actif, indicateur retenu au niveau européen, a augmenté de 2,7 % pour l’Union à 25. Les deux tiers des états membres ont connu une évolution positive.

« Les ressources du compte de l’agriculture sont constituées très majoritairement par la production agricole, les autres ressources étant les subventions d’exploitation. La valeur de la production est évaluée au prix de base, y compris les subventions liées aux produits. En 2006, elle s’élève à 60,3 milliards d’euros, dont 2,5 milliards d’euros de subventions sur les produits. Les autres subventions atteignent 7,3 milliards d’euros, en forte augmentation du fait du découplage des aides directes à partir de 2006. Le total des subventions représente 14,5 % des ressources du compte en 2006. Cette part a augmenté depuis 2000, suite à la revalorisation des aides découlant de l’agenda 2000, avec un pic en 2003 dû aux aides exceptionnelles pour indemniser les effets de la sécheresse. Elle était de 2,6 % en 1990 ».

Les consommations intermédiaires

Les consommations intermédiaires constituent le principal poste des emplois des comptes de l’agriculture avec 34,4 milliards d’euros en 2006, « soit près de 51 % du total. Les autres charges retenues en emploi pour le calcul du résultat agricole sont constituées des impôts et de la consommation de capital fixe. Ce dernier poste, avec 9,3 milliards d’euros en 2006, représente 13,8 % du total des emplois, contre 7,8 % en 1970. Le résultat agricole global atteint 22,4 milliards d’euros en 2006. Le revenu net d’entreprise agricole, après déduction des charges salariales, fiscales et foncières, s’élève à 12,2 milliards d’euros ».

Les services du ministère dressent un constat : « la structure de la production agricole, évaluée hors subventions, a fortement évolué depuis trente ans. Pour les végétaux, la structure de la production s’est modifiée entre 1970 et 1990. Les oléagineux ont nettement progressé : presque absents en 1970, ils représentent 5,4 % de la production végétale en 1990 ; mais leur part retombe à 3 % en 1995 et stagne depuis lors. Les vins ont connu une forte croissance jusqu’en 2000, de 20 % à 29 % de la valeur de la production végétale, pour revenir à 25 % en 2006. Parmi les produits animaux, la production bovine est prépondérante (un tiers de la production animale). Les produits avicoles ont progressé de 1970 (11 % de la production animale) à 2000 (17,5%), grâce à une forte croissance en volume, pour retomber à 15 % en 2006. La part de la production porcine a diminué ces dernières années, à la suite de la baisse des prix ».

Les fortes variations du prix de l’énergie se répercutent sur la structure des consommations intermédiaires. « La part des produits pétroliers et des engrais s’est ainsi accrue de 1970 à 1980 pour se réduire ensuite. Avec les niveaux élevés des cours en 2000, puis de 2003 à 2006, la part des produits pétroliers atteint 9 % de la valeur des consommations intermédiaires. Depuis 1990, la part des engrais a baissé, avec la réduction des achats en volume. La part des aliments pour animaux reste prépondérante (34 % du total en 2006), malgré sa baisse continue depuis trente ans ».

Une hausse sensible des volumes

Le volume de la production agricole, en hausse sensible au cours des années soixante-dix (+ 2,7 % par an), a progressé ensuite plus modérément. « Il a augmenté de 1,1 % par an de 1980 à 2002. La sécheresse de 2003 a provoqué un net recul (- 8,1%), rattrapé par la forte progression de 2004 (+ 10,9 %) suivie par un nouveau recul (- 2,4 % en 2006).

En 2006, la baisse des volumes produits a entraîné un net redressement des prix agricoles (+ 3,8 % en termes réels). « Cette hausse touche essentiellement les productions végétales, notamment les céréales. Les prix des productions animales qui baissaient de 2,2 % par an depuis 2000 se stabilisent toutefois en 2006 ».

En 2006, le revenu net d’entreprise agricole par actif non salarié de l’ensemble des exploitations professionnelles progresse de 16 % hors inflation.

Des évolutions contrastées

La chaleur et la sécheresse de l’été ont un impact sur les productions végétales. « Le revenu des exploitations de grandes cultures et d’arboriculture croît ainsi fortement (respectivement + 38 % et + 34 %) et celui des exploitations horticoles augmente de 18% ».

Les productions animales évoluent de façon plus contrastée, du fait de la réduction des volumes produits. « Le revenu des exploitations bovines augmente (+ 10%) : l’aide laitière revalorisée pallie la baisse de la collecte et des prix du lait, et la production de gros bovins se maintient dans un contexte de prix en hausse. Celui de l’élevage hors sol s’accroît de 12 %, du fait des exploitations porcines. La production avicole recule suite à l’épizootie d’influenza aviaire ». Après une baisse de plus de 50% en 2005, « le revenu des viticulteurs recule encore en 2006 (– 34 % en viticulture courante et – 10 % en viticulture d’appellation) ».

Selon les catégories d’exploitation, les évolutions sont très contrastées. « Le résultat courant avant impôts (RCAI) des maraîchers - horticulteurs et des éleveurs de porcs se redresse vivement par rapport à 2004 (respectivement + 63 % et + 36 %). En revanche, chez les céréaliers, les viticulteurs et les producteurs de fruits, les résultats s’érodent nettement (entre – 14 et – 52 %). Un tiers des producteurs de fruits ont un RCAI négatif ; dans la catégorie « autre viticulture » (viticulture hors vins d’appellation d’origine), c’est 39 % des exploitants qui sont dans le même cas.

L’augmentation des cours des bovins et des porcins, la baisse de la valeur des consommations intermédiaires et le doublement du montant de l’aide directe laitière ont été les principaux moteurs de ce redressement. En moyenne sur les trois dernières années, le revenu net d’entreprise agricole (RNEA) par actif au niveau national atteint 19 100 euros. Les niveaux de revenu les plus élevés se situent dans les départements spécialisés en grandes cultures et en viticulture, alors que les départements d’élevage affichent généralement un niveau de revenu inférieur à la moyenne nationale ».


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