Le Jura Agricole et Rural
Valoriser la ressource sur pied
Production ovine
Jura agricole et rural
Publié le:  02 août 2007
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La production d'agneaux d'herbe s'appuie sur le pâturage comme base essentielle de l’alimentation, ce qui limite les coûts de production et permet de faire face à un prix de vente traditionnellement plus faible de juillet à novembre.

En Franche-Comté, région herbagère, l’agneau d’herbe est pourtant minoritaire sur les exploitations. Sa tradition s'est essentiellement développée en Haute Saône. Il était alors l’apanage des petites troupes présentes sur les fermes ou autour d’agglomérations. La Haute Saône a vu ce système se développer par rapport aux autres départements probablement du fait d’hivers moins rigoureux, d’une pousse plus précoce de l’herbe permettant ce mode de production. Enfin, la spécialisation du plateau et de la montagne jurassienne n’a vu se développer des élevages ovins que sur les années 70-80. A l’époque, la demande était plutôt orientée sur une production d’agneau de bergerie, garante d'une meilleure marge.

Maximiser la marge

Aujourd’hui la production régionale est très saisonnée avec une forte sortie des agneaux au printemps caractéristique du système bergerie classique. La demande de la filière qui doit fournir ses marchés de façon régulière sur l’année est donc orientée sur deux modes de fonctionnement : une production d’agneaux fortement dessaisonnés pour la fin/début d’année et une production d’agneaux d’herbe plus régulière pour l’été. Dans les deux cas de figure, le mode de production demande technicité et savoir faire de l’éleveur afin de maximiser la marge.

En zone herbagère, dès que la surface devient importante, l’orientation vers un atelier d’agneaux d’herbe devient cohérente avec les moyens de production à mettre en place. Par rapport à un atelier de bergerie, pour la même main d’œuvre, le chargement plus modeste et l’abaissement des charges alimentaires permettent de dimensionner un atelier tout en maîtrisant le volume des investissements et ce malgré un prix plus faible. A même nombre de brebis, un atelier bergerie ou herbe, avec une technique maîtrisée dans les deux cas, dégage une marge brute sensiblement égale.

En effet, avec un agnelage sur la fin de l’hiver-début de printemps, allaitement au pâturage, et finition post-sevrage des agneaux soit au pâturage soit en bergerie, le pâturage couvre l'essentiel des besoins alimentaires. Cette compression des coûts d'alimentation est compatible avec un prix de vente traditionnellement plus faible sur les périodes de juillet à novembre.

En association avec des bovins, un atelier d’agneaux d’herbe s’adapte d’autant mieux qu’il répond à des préoccupations de gestions difficiles ou à une complémentarité des ateliers permettant une meilleure gestion des surfaces disponibles et des pointes de travail. Ce type d’associations est assez fréquent dans les régions voisines de la Franche Comté sur les départements de Haute-Marne, des Vosges et des Ardennes.

Maîtrise des coûts

Au niveau économique, c’est la maîtrise des coûts après la maîtrise technique de l’élevage, qui va être déterminante pour la réussite de l’atelier. Au premier rang des coûts, l’alimentation représente 50% des charges opérationnelles. Une gestion rigoureuse du pâturage permet de limiter la quantité de concentré distribué. L’éleveur peut diviser par deux les concentrés apportés aux agneaux mais aussi aux brebis sur un système herbe bien maîtrisé ! Maîtriser ses charges de concentrés, c’est aussi maîtriser le parasitisme dans ce système. L’éleveur devra donc être particulièrement vigilant. Il est cependant clair pour une production d’herbe que les frais vétérinaires et la mortalité seront plus élevés que dans le cas d’une production de bergerie.

En moyenne sur l’année 2004, les élevages suivis dans le grand est en production d’herbe consomment 103 kg par brebis suitée pour une marge brute de 74 e/brebis mais avec une productivité numérique de 0,95 (faible, moins d’un agneau vendu par brebis). En système bergerie, les concentrés atteignaient 254 kg/brebis suitée pour une marge brute de 66 e/brebis mais avec une productivité numérique plus forte de 1,18.

Sur la Franche-Comté, ces consommations sont plus faibles avec en moyenne sur tous les systèmes 140 kg de concentrés consommés par brebis suitée. Les éleveurs franc-comtois améliorent ainsi leurs résultats malgré un prix et un poids par agneau plus faibles que leurs voisins lorrains ou ardennais notamment.

Dans tous les cas, le choix ou le passage d’un système à l’autre devra être réfléchi de façon globale sur l’exploitation. La contrainte travail, les disponibilités en pâture et en fourrages, la place en bâtiments, les besoins en matière de revenus et en trésorerie, la maîtrise et le savoir faire de l’éleveur devront être pris en compte.

La question des prix

L’agneau retrouve une courbe classique en 2007 par rapport à 2006 et 2005 où l’agneau d’herbe s’était bien maintenu avec une forte chute des cours sur le début juin (près de 1 euro en moins par kilo de carcasse en 1 mois). Les prix paraissent aujourd’hui stabilisés voir légèrement à la hausse. Alors dégringolade conjoncturelle ou durabilité de ce niveau d’étiage ?

A priori, la filière a du faire face à un afflux relativement important d’agneau sur les marchés du à un décalage des mises bas cet hiver. En période de faible demande (le temps n’était pas à la grillade), la filière a eu du mal à absorber un surplus important de production sur une petite période.

Difficile de donner un pronostic pour les années à venir cependant. Nous sommes aujourd’hui aussi fortement tributaires des conditions climatiques et de cette demande de nos marchés principaux. L’agneau d’herbe reste donc rentable à condition de bien travailler sur les coûts de production et de finir un maximum d’agneaux à l’herbe. La conformation et le poids seront cependant des freins aux vues de la demande des filières GMS pour un agneau jeune, léger et peu gras. Certains éleveurs spécialisés visent l’étalement du risque sur l’année avec plusieurs périodes d’agnelage. Là tout est question de capacités et d’organisation du travail.


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