Le Jura Agricole et Rural
Le monde change, les AOC évoluent
AOC fromagères
Jura agricole et rural
Publié le:  02 août 2007
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La contribution volontaire a montré la capacité de tous les acteurs de la filière à s’organiser de manière solidaire

Pour gagner la bataille du marché, les acteurs de la filière comté se sont mobilisés et, pour mieux gérer leur production, ont mis en place une contribution volontaire sur la campagne 2006-2007. Le bilan est très positif…

Trente ans après l’instauration des quotas laitiers et des mécanismes permettant d’appliquer le principe de la préférence communautaire, tout est désormais à refaire, dans un contexte nouveau basé sur le libre-échange à l’échelle de la planète… A partir de 2013, seule la loi du marché définira le prix.

Dans le domaine laitier, deux réactions sont possibles : rester spectateur d’une gestion libérale ou s’organiser collectivement pour devenir acteur de la gestion du marché. Alors que certains secteurs ont déjà payé au prix fort leur manque d’organisation, l’organisation collective initiée dans le cadre d’une interprofession, a déjà fait ses preuves. Certes, cela demande des efforts, des débats, des compromis. Mais c’est le prix à payer pour gagner la bataille du marché.

La filière AOC comté l’a bien compris. Alors que les règles de fabrication renforçant le produit dans sa typicité sont écrites dans le nouveau décret, c’est au chantier de la maîtrise de la production et de la régulation du marché que les coopératives laitières se sont attaquées, sous la bannière des Fédérations départementales de coopératives laitières du Doubs et du Jura. Dans un souci de gérer l’équilibre de leur marché, les coopératives, en partenariat avec les affineurs, ont mis en place une contribution volontaire. Le principe est relativement simple : le prélèvement payé par le producteur peut être remboursé si l’objectif de baisse de production de comté est respecté par sa coopérative. Et ce, à condition que cet objectif soit atteint par une voie vertueuse, c’est-à-dire sans désorganiser les autres filières régionales AOC.

1 800 producteurs ont payé

« La formule du prélèvement a touché les producteurs, explique Pierre-François Bernard, le directeur des deux fédérations départementales. Le sujet a beaucoup mobilisé et la mesure n’a été mise en place que dans 80 % des fruitières, ce qui représente plus de 1 800 producteurs sur la zone comté. Comme annoncé, en cas de respect des clauses, les sommes prélevées ont été rendues, euro pour euro, aux coopératives, dans la deuxième semaine de juin. »

Pour crédibiliser la démarche, un fonds de garantie a été mis en place. Plus de 30 000 tonnes de droit à produire ont été concernées et 98 % des coopératives ont respecté leur engagement. Afin de respecter les objectifs, plusieurs filières de déviation de produits ont été mises en place. Ainsi, plus de 200 tonnes de comté sont parties à la fonte. Sur la filière lait, plus de 4 millions de litres ont été déviés des fruitières sur des destinations étanches par rapport aux filières traditionnelles. « En ajoutant les producteurs ou ateliers qui ont choisi la non-production, c’est un effort d’environ mille tonnes qui a été consenti. Cet effort considérable a limité l’évolution de la production à + 0,14%, et un équilibre a pu être trouvé sur le marché » précise le directeur.

Non au système à deux vitesses

Pour Claude Vermot-Desroches, le président du Comité interprofessionnel du gruyère de comté, cette contribution volontaire est « porteuse d’espoir ». Il n’hésite pas à qualifier cette action de succès, tant elle a montré la capacité de tous les acteurs de la filière comté à s’organiser collectivement et de manière solidaire : « Participer à cette action, c’était pour les fromagers accepter une moindre rémunération à court terme pour un espoir d’assainissement des stocks de leurs affineurs et une amélioration de la moyenne pondérée nationale. Nul doute que la réussite de cette contribution volontaire aura aidé à resserrer les liens entre la production et le monde de l’affinage… »

Le président du CIGC dit aussi son hostilité à tout système à double prix qui « anéantirait le succès commercial du comté au profit de l’image et du prix d’un produit banal… »

« Il n’est pas impossible que dans un délai de quelques années seulement, poursuit-il, la sortie progressive des quotas provoque des tensions de grande ampleur dans notre filière. Dans ce cas, il pourra être nécessaire de réfléchir à des solutions plus radicales et notamment d’accepter une autolimitation en production laitière. Les producteurs doivent rester des producteurs de lait à comté avant tout et c’est en débat interprofessionnel que nous déciderons ensemble, quand la nécessité l’imposera… »


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