Depuis les années 80, un réseau de fermes de références pour l’élevage bovin fonctionne dans le département du Jura. A partir de 2007, ce réseau évolue tout en conservant sa mission d’élaboration de références et d’outils pour l’accompagnement des agriculteurs. Dix exploitants : quatre de la zone plaine et six des plateaux, participent à ce réseau.
Le Réseau d’élevage pour le conseil et la prospective entre dans le cadre d’un dispositif régional. Celui-ci est composé de 4 ingénieurs départementaux issus des Chambres d'agriculture. Anne-Marie Meudre assure l’animation pour le Jura ainsi que la coordination régionale en relation avec l’institut de l’élevage. Un comité de pilotage annuel réunit les maîtres d'œuvre, les financeurs et les structures partenaires de l'action (lire dans le journal précédent le compte-rendu du comité de pilotage de juin dernier).
Le réseau d’élevage répond à un objectif prioritaire en Franche-Comté : disposer d'une capacité d'expertise sur les systèmes d'exploitation présents dans la région. Ceci afin de répondre aux questions posées sur l'orientation des productions et sur l'évolution des façons de produire.
Le réseau d’élevage repose sur un dispositif de terrain basé sur le suivi d’exploitations et sur des enquêtes complémentaires. Les fonctions du réseau peuvent être regroupées selon trois domaines :
- un domaine « observatoire » pour connaître les systèmes d’élevage et produire des référentiels
- un domaine « recherche appliquée » en ferme pour l’innovation et l’adaptation à moyen terme des exploitations
- un domaine « transfert » des références et des méthodes produites pour la formation, le conseil et l’expertise.
A partir de 2007, de nouvelles orientations du réseau d’élevage se mettent en place : le nombre de fermes suivies diminue et les systèmes suivis sont définis précisément. La région Franche-Comté participe désormais à un « socle national » de 400 exploitations laitières suivies selon un même cahier des charges. Pour la Franche-Comté, 20 fermes appartiennent à ce « socle ». Elles correspondent à 4 systèmes spécifiques dans la région : deux en polyculture-élevage situés en plaine et deux en lait spécialisé situés sur les plateaux.
Le nombre total de fermes s’élève à 33 pour la Franche-Comté dont 10 pour le Jura. Le réseau compte également 3 fermes en agriculture biologique.
En plaine,systèmes ensilage et systèmes lait à comté
Pour la zone plaine du Jura, 4 exploitations suivies permettent de mieux connaître deux systèmes sociétaires en polyculture-élevage. L’un base l’alimentation des vaches sur l’ensilage de maïs et l’autre sur l’herbe et le foin avec une valorisation du lait en filière comté. A noter que la ferme du lycée agricole de Montmorot, avec son système en lait à comté et plusieurs ateliers : bœufs à l’herbe, vigne et poulets en agriculture biologique, intègre progressivement le réseau d’élevage.
A part le Gaec de Juhans à Arlay qui a intégré le réseau d’élevage en 2002, trois nouvelles fermes ont été recrutées cette année. Cette exploitation a été le support d’une étude complète par une classe de BTS ACSE du lycée de Montmorot et d’une visite du CFPPA de Châteaufarine.
Sur les plateaux, des systèmes lait à comté en individuel ou en société
Deux systèmes d’exploitations spécialisés en lait à comté sont suivis pour alimenter le socle national : l’un est de type familial et l’autre de type sociétaire.
L’Earl du Saugie à Gillois a été recrutée en 2007. Suivies depuis quelques années, les autres exploitations ont été le support de différentes activités. Nous pouvons citer des visites de pâturage chez Olivier Monneret à Plasne et à l’Earl des Chemins-Verts au Latet, la visite de l’atelier viande à l’occasion de l’assemblée générale du GVA au Gaec de la Vallière à Valfin-sur-Valouse. Valorisant l’activité touristique de la ferme, la famille Burri a reçu dans son gîte deux équipes d’ingénieurs des réseaux d’élevage de la région Est et de Normandie, en voyage d’études. Certaines fermes ont fait l’objet d’analyses du système fourrager ou d’études plus globales par des élèves de lycée agricole de Montmorot ou d’Obernai. Des articles de presse présentent aussi ces exploitations, que ce soit au niveau national comme dans la Revue de l’Eleveur laitier pour l’Earl du Curtillet à Denézières ou dans les journaux départementaux ou régionaux.
Pour un exploitant, que représente la participation au réseau d’élevage ?
La participation d’une exploitation au réseau d’élevage engage les éleveurs et l’animateur départemental chargé du suivi de la ferme.
Plusieurs visites sur l’exploitation sont réalisées chaque année par l’animateur. Dans le Jura, ce suivi est réalisé en partenariat avec les conseillers d’entreprise de la Chambre d'agriculture : Françoise Thibert et Frédéric Démarest pour la zone plaine, Eric Menouillard pour les plateaux. Ces rencontres permettent de collecter différentes données techniques, économiques et structurelles de l’exploitation, à partir des enregistrements comptables et des notations de l’agriculteur. Les données du Contrôle laitier sont également valorisées. Les visites sur la ferme sont aussi l’occasion d’un échange autour du bilan annuel et d’une réflexion sur l’évolution de l’exploitation.
Les données collectées sont regroupées dans une base régionale permettant des comparaisons entre exploitations et l’élaboration de références utilisables par les éleveurs, les formateurs et les agents de développement. Elles alimentent également des bases de données nationales. Des publications régionales et nationales présentent annuellement ces résultats. Les exploitants peuvent être sollicités pour présenter leur exploitation que ce soit lors de témoignages dans la presse ou lors de journée « portes ouvertes » comme les tours de pâturage organisés avec le Contrôle Laitier du Jura. Les éleveurs sont destinataires du bulletin régional du réseau d’élevage de Franche-Comté. Cette publication constitue un lien entre les fermes du réseau grâce aux témoignages issus des exploitations suivies.
Dans le cadre des études menées par le réseau d’élevage, les exploitants bénéficient d’études thématiques comme le travail ou la consommation d’énergie. A l’occasion de l’étude régionale sur la qualité de vie des éleveurs laitiers, un bilan-travail et une enquête qualitative ont été réalisés dans toutes les fermes suivies.
Les exploitants sont également invités à participer ponctuellement à des réunions de restitution d’étude ou de réflexion prospective. Durant l’hiver 2004-2005, les éleveurs des plateaux ont réfléchi à l’avenir de la production laitière dans le contexte de la PAC. Leurs réflexions ont contribué à une étude nationale commanditée par l’interprofession laitière et l’Onilait visant à projeter le futur paysage laitier français.
Earl des Chemins-Verts : Aline et Didier Burri participent au réseau d’élevage depuis 2002
« Le suivi de notre ferme dans le cadre du réseau d’élevage nous donne une autre vision de l’exploitation » explique Aline. « Il est toujours intéressant de voir ce qui peut être amélioré en discutant à plusieurs et en voyant ce qui se passe sur d’autres exploitations, poursuit Didier. Ce suivi nous permet de remettre en cause certains postes. Par exemple, nous avons révisé des prêts, nous avons revu l’alimentation des vaches et des veaux. Le contexte nous pousse également à évoluer chaque jour : demande de la filière comté pour des fromages à pâte jaune, augmentation des charges, météo difficile… faire du lait d’hiver risque de coûter cher cet hiver », présume Didier, plutôt satisfait du pâturage qui lui a permis une bonne production de lait cet été.
Concernant les enregistrements, Aline reconnaît que le suivi « l’oblige à plus de rigueur » mais comme « j’ai toujours noté au quotidien, cela valorise aussi ce que je fais » complète Didier.
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