En Haute-Savoie, agriculture et tourisme ne font qu’un. Sans tourisme : beaucoup moins de consommateurs. Sans agriculture : disparition des espaces entretenus et des paysages de qualité et donc perte de l’attrait touristique.
Premier département touristique français par sa fréquentation été-hiver, la Haute-Savoie séduit par la beauté de ses paysages. Les premiers visiteurs, des Anglais venus à Chamonix dès 1741, ont trouvé des paysages propres à leur faire oublier les fumées des débuts de la révolution industrielle anglaise ! Pourtant ce paysage, tel qu’il s’offre encore à nos yeux aujourd’hui, n’est que la résultante de l’occupation humaine et du travail acharné de nos aïeux pour défricher et rendre habitable cet espace qu’ils trouvèrent couvert d’une végétation impénétrable à leur arrivée. Génération après génération, ils défrichèrent, assainirent, construisirent des villages, remontant petit à petit les vallées de montagne qui furent occupées à partir du XIème siècle. C’est à cette époque que fut créée de toutes pièces et avec l’aide des communautés religieuses la « civilisation de l’herbe » mettant les alpages au centre de la vie estivale.
L’herbe au cœur de nos paysages
Ces prairies, aux côtés des 37 % de l’espace haut-savoyard occupé par la forêt, sont essentielles à l’alimentation des 7 500 chèvres, 60 000 ovins et surtout 130 000 bovins à l’origine de fromages AOC et IGP réputés. Cette filière fromagère locomotive assure 85 % de la valeur totale de la production agricole. Son rôle économique est donc évident et fondamental pour assurer le revenu des agriculteurs.
Mais le rôle de l’agriculture ne s’arrête pas à sa vocation économique. Le patrimoine naturel remarquable de la Haute-Savoie est le résultat du travail des agriculteurs qui ont façonné le paysage. Cette place irremplaçable de l’agriculture contribue au développement de l’accueil afin de conserver une montagne habitée toute l’année, et vivante. En travaillant 148 000 ha dont 40 000 ha d’alpages, les agriculteurs contribuent à la qualité du cadre de vie des hauts-Savoyards.
Une agriculture extensive respectueuse de l’environnement
Malgré la menace de l’urbanisation effrénée et diffuse, les agriculteurs poursuivent leur choix d’une activité d’élevage extensif, assurant une fonction économique, écologique et sociale. Ainsi un concours organisé récemment par le Comité de développement agricole de l’Albanais, sur un secteur du parc régional du massif des Bauges a confirmé la qualité de ce travail. En partenariat avec l’Inra éco-développement d’Avignon, ce concours classait des prairies fleuries selon deux critères : leur valeur agricole et leur richesse écologique. Le jury, composé d’experts agricoles et de représentants d’associations locales et environnementales, a constaté que dans toutes les parcelles inscrites à ce concours (plus de la moitié des agriculteurs du secteur ont participé), on pouvait trouver de huit à douze plantes, parmi la vingtaine de plantes indicatrices sélectionnées au départ. Ce qui prouve que l’on peut faire de l’agriculture de qualité en préservant la biodiversité et la beauté des paysages.
Une agriculture ouverte et accueillante
Autre volet important, pour assurer la place de l’agriculture dans l’accueil touristique, les prestations proposées par les agriculteurs sur leurs exploitations ou dans le cadre de magasins de produits fermiers collectifs. Le réseau « Bienvenue à la ferme » connaît actuellement un fort développement en Haute-Savoie, avec des prestations diverses : vente de produits, restauration, fermes pédagogiques, etc. Chez Bernard et Marie-Louise Donzel, l’accueil pour des goûters à l’alpage des Corbassières connaît un réel succès. Du 15 juin au 30 septembre, cette famille vous accueille après vingt minutes de marche soit en montant depuis le village de La Clusaz, soit pour les moins courageux en redescendant de la télécabine de Beauregard ! Le magnifique chalet, particulièrement bien fleuri, offre une vue panoramique sur la chaîne des Aravis, au calme et dans l’ambiance du vieux chalet de montagne, en plein cœur de l’alpage. Ces grands moments de bonheur, avec un paysage grandiose et un reblochon coulant à souhait, ne sont possibles que par le travail acharné de ces paysans de montagne. Et malgré la longue journée à s’occuper du troupeau, de la pâture et de la fabrication du reblochon, ils arrivent encore à être disponible et souriant pour écouter le visiteur et véhiculer des messages essentiels sur leur métier leur rôle indispensable dans notre société. Chapeau bas !
|
La route du Croix depuis les Frasses Jacquier (Basile/ J.C. Pironon) |
- Unanimité pour l'abattoir de Champa...
- «Je veux un tracteur, comme papa !»
- La Safer et le droit de préemption
- Un combiné bois de chauffage à l'essai
- La Grande débâcle filmée dans le Jura
- La paille a-t-elle un prix ?
- Chemin rural ou chemin d'exploitation
- Moderniser les réseaux d'irrigation
- La simmental fait son show à Longwy
- Bien concevoir sa bergerie
Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?




