Le Jura Agricole et Rural
Les viticulteurs font déguster le paysage
Vignoble de Château-Chalon
Jura agricole et rural
Publié le:  09 août 2007
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Les viticulteurs jouent pleinement la carte de l’œnotourisme

Outre l’excellence de son vin jaune que le prince de Metternich qualifia de « meilleur vin du monde », le vignoble jurassien de Château-Chalon offre à l’œil du visiteur un paysage de carte postale. Les élus et vignerons du secteur ont bien compris tout le bénéfice qu’ils pouvaient en tirer. Ils ramènent leur production à la source en organisant des dégustations au beau milieu des vignes. Pour le plaisir de tous les sens.

Quand il parle de la valorisation de ce vignoble de Château-Chalon, Christian Vuillaume, le président de la communauté de communes des Côteaux de la Haute Seille est du genre intarissable. Depuis quatre ans, il se bat pour faire comprendre la nécessité de mettre en valeur et de tirer partie de ce site remarquable. Il se souvient : « Chacun sait que ce paysage remarquable a été sculpté par des générations de viticulteurs. La difficulté a été de faire comprendre que, pour essayer de préserver ce patrimoine naturel et de le protéger contre toutes sortes d’initiatives malvenues, il fallait d’abord en faire un inventaire puis obtenir son classement. Ce qui a été fait dans le cadre d’une procédure auprès du ministère de l’Environnement. » « Nous avons tenté de mobiliser les agriculteurs et les viticulteurs autour de ce projet, poursuit-il. Mais il faut bien admettre que notre voyage d’étude sur la côte de Beaune (Côte-d’Or) s’est avéré un échec retentissant ». Les viticulteurs sont rentrés la tête pleine des

« contraintes qui allaient être imposées ». Et trois des cinq conseils municipaux concernés ont pris des délibérations défavorables au lancement de cette procédure.

Une étude pour convaincre

Heureusement, tout un travail de fond a ensuite été mené avec l’aide des services de l’Etat qui se sont déplacés dans les communes et ont finalement obtenu un engagement sur un diagnostic du territoire. « Une géographe a alors réalisé un travail exhaustif remarquable sur la géomorphologie et l’évolution de ce territoire, poursuit le président. Et tout a été expliqué aux viticulteurs qui ont compris tout l’intérêt du projet et ont dépassé leurs a priori sur les contraintes du système. Nous avons abouti à la constitution d’un comité de pilotage, réunissant des élus, des responsables professionnels, des représentants des administrations. Tous ont validé un plan de gestion articulé autour de quinze actions fortes » Le classement a été délivré par le ministère de l’Environnement au mois de janvier 2006 et, dans la foulée, la charte de Fontevraud a été signée en pleines festivités de la Percée du vin jaune, pour « animer et valoriser le paysage ».

Le vin et son terroir

Les actions sont nombreuses et le président se plaît à souligner l’adhésion de tous les acteurs. Il parle du remplacement des enseignes par des pierres levées, indiquant le nom de l’AOC (château-chalon ou côtes-du-jura) et celui du domaine viticole. Mais l’exemple le plus frappant est sans doute celui de la restauration des cabanes de vigne. « Grâce aux aides publiques importantes, des viticulteurs n’hésitent pas à restaurer des constructions qui étaient souvent envahies par les ronces, poursuit Christian Vuillaume. Et ces aides permettent de réaliser ces restaurations à l’identique, ce qui est plus contraignant. Ces lieux accueillent des petites dégustations, proposées dans le cadre de visites de découverte. La formule connaît un succès croissant, tant auprès d’un public de touristes que de gens de la région, soucieux de découvrir ce patrimoine d’une façon plus originale. Les viticulteurs associent le vin à son terroir et à son paysage. C’est une véritable dégustation du paysage qu’ils proposent ».

Les viticulteurs s’impliquent

Les élus souhaitent même aller plus loin. Car, en complément des visites déjà organisées par l’office de tourisme local, ils souhaitent que les viticulteurs assument eux-mêmes l’organisation de ces visites : « C’est certes un investissement en temps, mais c’est aussi une action commerciale et promotionnelle qui fait partie du métier. C’est aux viticulteurs de s’approprier ce genre d’initiative qui s’est déjà développée sur le vignoble d’Arbois »

Pour sa part, la communauté de communes complétera l’action par la création de cinq relais infos-services, dans les villages du vignoble, « pour donner toutes les explications nécessaires au grand public ». Elle a aussi imaginé la création d’un sentier vigneron, balisé de sculptures monumentales en fer forgé, évoquant les travaux de la vigne. On appelle cela de l’œnotourisme. Un atout que les élus et viticulteurs de Château-Chalon sont aujourd’hui bien décidés à jouer.


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