Pour la seconde année consécutive, une campagne de reliquat azoté post-récolte (RNPR) a été organisée par la Chambre d’agriculture du Jura.
Cette action réalisée dans le cadre du contrat de rivière Seille a principalement deux objectifs :
- d’une part, de mieux connaître la quantité d’azote restant dans le sol après la récolte d’une céréale d’hiver. Surtout après une récolte comme celle de 2007, pour laquelle les rendements sont nettement inférieurs aux prévisions.
- d’autre part, d’alerter les agriculteurs si cette quantité est plutôt élevée. Et si oui, de proposer des solutions pour gérer au mieux cet azote restant dans le sol, en implantant un couvert végétal en cas d’interculture longue.
Résultats RNPR 2007
Tous les prélèvements ont été effectués le 24 juillet principalement sur des parcelles de blé après récolte dans le secteur de Bletterans. La valeur mentionnée correspond à la quantité d’azote disponible pour la plante (kg/ha.) C’est-à-dire sous forme nitrique pour chacun des horizons prélevés (1 à 3 de 30 cm chacun, soit 90 cm de profondeur maximum), plus sous forme ammoniacale pour le premier horizon uniquement.
L’échantillon est composé de 18 parcelles où l’on dispose à la fois du reliquat sortie hiver (RSH) et du RNPR. La profondeur de sol est de 90 cm excepté pour 6 parcelles où elle est de 30 cm (2) ou de 60 cm (4).
Les résultats mentionnés dans le tableau 1 indiquent :
- Aucune différence significative en ce qui concerne la variabilité (15 à 110 kgN/ha) et la moyenne générale des RSH (41 KgN/ha) et des RNPR (45 KgN/ha).
- Si la valeur du RSH croît avec la profondeur du sol, celle des RNPR est stable. Cependant il est nécessaire de rester prudent étant donné le faible effectif pour les parcelles à 1 et 2 horizons.
L’année 2007 se caractérise par des rendements bien inférieurs à ceux prévus dans le calcul prévisionnel de la dose d’azote. Pour l’échantillon concerné, en moyenne 17 q/ha. Ce qui implique une surfertilisation moyenne de 50 kg d’azote/ha. On pouvait donc s’attendre à des RNPR élevés, d’autant plus que l’écart de rendement et donc la surfertilisation sont importants.
Au regard du graphique 1 de notre édition papier, il n’en est rien. Par exemple, pour une surfertilisation de 25 ou de 80 KgN/ha, on peut obtenir un RNPR d’environ 40 KgN/ha. Une première explication qui devra être confirmée : le lessivage dû aux pluies importantes de mai, juin et juillet. En effet, les valeurs des troisièmes horizons sont toujours faibles à très faibles (inférieur à 10 N) et les premiers horizons totalisent en moyenne autant d’azote que les deux autres. Cependant même si l’échantillon est limité, on remarque que pour les sols superficiels à moyennement profonds, les RNPR sont équivalents aux sols profonds.
Avec seulement deux années de référence, il est difficile de situer l’année 2007. Malgré des RNPR inférieurs aux prévisions, l’implantation d’une interculture conserve tout son intérêt pour une quantité d’azote moyenne mesurée de 45 kgN/ha.
Intercultures
L’intérêt des intercultures dans la gestion des fuites d’azote hivernale est primordial. En effet, la lixiviation des nitrates est minimisée par les couverts car leur présence permet de limiter les quantités d’azote dans le sol à l’entrée de l’hiver.
De nombreux travaux sur les couverts végétaux montrent leur efficacité dans la lutte contre le lessivage et l’érosion. Ces études montrent également l’intérêt des intercultures en terme de structuration des sols. Un couvert bien développé a un effet d’étouffement sur les adventices présentes. Par contre, il faudra rester attentif à la population de limaces, surtout si le couvert implanté est appétant pour elles.
Les essais menés depuis 2002 dans le cadre du Contrat de rivière Seille par la Chambre d’agriculture du Jura, confirment les études citées précédemment. A savoir que les couverts permettent de limiter le lessivage de l’azote par rapport au sol nu.
Par exemple, pour le site de 2003/2004 implanté sur la commune des Repôts, la perte d’azote nitrique pour le sol nu est de 69 kg, quand elle n’est que de 28 kg pour le trèfle d’Alexandrie qui s’est très mal développé cette année-là ou entre 0 et 6 kg pour tous les autres couverts (voir graphique dans notre édition papier).
Sur toutes les expérimentations de ce type menées dans le cadre du contrat de rivière Seille, la présence d’une culture intermédiaire, par rapport au sol nu, à permis de réduire de 16 à 100 % le lessivage d’azote.
Le tableau 2 de notre édition papier montre les quantités moyennes d‘azote absorbées par les couverts sur les expérimentations menées depuis 2002. Il faut préciser que les résultats sont assez homogènes entre les différentes campagnes, la hiérarchie d’absorption d’azote est globalement la même tous les ans. Les petites différences constatées peuvent s’expliquer par les dates de semis et les conditions climatiques différentes qui n’ont pas le même impact sur les diverses espèces expérimentées.
La synthèse des essais menés depuis plusieurs années par la Chambre d’agriculture permet d’arriver aux conseils suivants. Des couverts assez simples comme de la moutarde, des avoines d’hiver ou de printemps avec ou sans vesce permettent de capter des quantités d’azote intéressantes, tout en maintenant une bonne structure.
Cependant, d’autres résultats d’essais semblent montrer que les associations de plantes donnent encore de meilleurs résultats, mais cela demande encore confirmation. Le tableau 3 donne les caractéristiques de quelques espèces utilisables en interculture.
Les températures de destruction par le gel sont données pour des plantes bien développées. Pour des plantes jeunes, le froid devra être plus intense afin d’arriver à une destruction totale du couvert.
Le nyger semble être une plante intéressante en interculture. En effet, il est capable de capter de grande quantité d’azote, son système racinaire pivotant est réputé pour améliorer la structure des sols et enfin en étant gélif, il ne demandera pas d’intervention particulière pour sa destruction. Cependant, nous n’avons pas encore utilisé cette espèce localement.
Il faut souligner que, quels que soient le couvert et l’importance du reliquat azoté post-récolte, la présence d’une plante de couverture hivernale permet dans tous les cas de limiter les pertes d’azote, l’érosion et d’entretenir voire améliorer la structure du sol. De plus les intercultures absorbent également du phosphore et de la potasse qui sont ainsi remontés à la surface du sol et seront donc plus rapidement disponibles pour les cultures suivantes.
Tous ces avantages peuvent donc permettre d’amortir l’implantation d’un couvert sur l’ensemble d’une rotation.
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