Le Jura Agricole et Rural
Les mises aux normes menacent le maillage territorial...
Abattoirs et réglementations européennes
Apasec
Publié le:  07 septembre 2007
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En 2010, tous les abattoirs français et européens devront répondre aux normes fixées par Bruxelles. Aucune dérogation ne sera possible

L’Europe est intransigeante sur les mises aux normes des abattoirs et une récente enquête de l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV) vient de pointer, dans des établissements français du secteur viande, « des situations inacceptables ». Les inspecteurs de l’OAV ont exigé des autorités françaises qu’elles mettent en place des mesures d’urgence pour trois établissements et déplorent l’absence « d’un système de sanctions proportionnées aux déficiences identifiées ». C’est dire la pression que Bruxelles exerce sur l’État français qui a, lui-même, demandé à ses directions d’agriculture d’établir un état des lieux régional de la situation des abattoirs et de leur avenir. Les réglementations européennes s’appliqueront, sans dérogation possible, en 2010. Il reste un peu plus de deux ans pour mettre à plat, dans chaque région, la carte des abattoirs et décider de ceux qui doivent être maintenus, de ceux qui doivent être modernisés et de ceux qui sont appelés à disparaître. Rien n’est arrêté, mais chacun sait que cet audit est le prélude à une restructuration inéluctable des outils d’abattage partout en France. La profession agricole demande qu’aux critères économiques incontournables s’ajoutent des considérations au regard de l’aménagement du territoire pour conserver des outils de proximité, y compris dans les zones de faible densité animale.

Emmanuel Coste, le président de Cibevial, société exploitant le site de Corbas (Rhône), dresse un constat de l’abattoir et des marchés, dans le contexte interrégional et évoque les solutions envisagées pour assurer leur pérennité.

- Quel regard portez-vous sur l’actuelle carte des abattoirs ?

« Au niveau régional et interrégional, trop d’abattoirs ont des obligations, notamment sanitaires, différentes. Un tonnage entraîne des contraintes d’épandages d’effluents (matières azotées, ndlr) et de gestion des coproduits (produits inutilisables et qu’il faut détruire, ndlr). Un petit abattoir de 300 tonnes peut s’arranger localement avec sa commune. A Corbas, le traitement des effluents et des coproduits est à l’origine de bon nombre de ses difficultés. Désormais, nous avons l’assurance, de la part des autorités, que cette question sera objectivement traitée. Quant au nombre d’abattoirs, il faut avant tout tenir compte de la réalité économique. Un abattoir en Maurienne est une nécessité pour l’élevage. C’est aussi un service public pour les animaux accidentés. Un petit abattoir a sa place si les acteurs locaux s’engagent financièrement et en volumes. Pour les unités de taille moyenne, il faut sans doute mixer les espèces. En fait, la répartition des outils doit se faire en fonction des espèces, des contingences et de la zone commerciale ».

- Quelles solutions préconisez-vous ?

« En premier lieu, il faut que tous les abattoirs aient des règles de fonctionnement sanitaires identiques en matière d’hygiène, de sécurité alimentaire et d’identification. Ensuite, les sites doivent entrer dans le cadre du développement durable, en accord avec les communes mais aussi, pourquoi pas, avec les associations écologistes, pour le volet gestion des effluents et coproduits. Un autre aspect essentiel est l’économie. Les opérateurs doivent s’engager sur le moyen et long terme, de 5 à 10 ans, notamment sur le tonnage et leur participation financière. Car, à la clé, ce sont les investissements collectifs qui sont en cause. Une unité qui s’installe ou se modernise recevra des aides de l’Europe, de l’Etat et des collectivités territoriales. On ne peut pas gaspiller l’argent public en concevant un outil et des accès si cet outil doit fermer peu après. Enfin, la carte des abattoirs doit tenir compte de la consommation et de l’emplacement des plates-formes des GMS. Il faut concevoir des sites en bonne intelligence entre la production et la distribution. Sachant qu’il est plus simple de transporter des carcasses que des animaux vifs en raison de la réglementation sur le bien-être animal. Deux abattoirs à 40 kms l’un de l’autre, ce n’est pas forcément un non-sens si l’on tient compte de la capacité des coopératives et de celle des négociants à les approvisionner ».

- Aujourd’hui et demain, quelle est la place d’un site comme celui de Corbas ?

« Corbas représente trois outils pour l’élevage : le marché vif, l’abattoir et le marché viande. Sans être nécessairement liés, les trois ont leur place car nous avons la chance d’avoir de nombreux consommateurs à proximité, lesquels disposent d’un certain pouvoir d’achat. De plus, il y a un environnement culturel important avec la réputation gastronomique de Lyon. Il est difficile d’être absent ! Le marché vif a encore sa fonction, même si celle-ci n’est pas vitale pour l’abattoir. Il maintient une activité mais il doit être financièrement autonome. De nouvelles pistes doivent être explorées. Pourquoi ne pas créer une halte de repos pour les animaux en transit, alors que nous sommes sur les grands itinéraires des transports de bestiaux ? Pourquoi pas un centre d’allotement ? Cela serait un plus pour les éleveurs comme pour les opérateurs. Pour l’abattoir, il est évident que les volumes traités diminuent en raison de l’arrêt de certaines entreprises de viande. L’idéal est de conserver un outil ayant une fonction économique tournée vers les entreprises qui commercialisent les animaux par le biais du marché viande. A Corbas, on peut travailler 16 000 tonnes par an. A 12 000 tonnes il faut pourtant être rentable, en pratiquant des prix de prestation proches des gros abattoirs qui sont saturés. La restructuration sur laquelle nous travaillons peut faire augmenter le tonnage abattu. En 2007, l’objectif est de retrouver l’équilibre en étant sanitairement dans les clous, en obtenant la classe 2 avec un effort d’hygiène général et sur une adaptation des prix de nos prestations. Sur les dossiers environnement et charges fixes, des économies sont possibles. Pour l’environnement, en fin d’année, nous devrions disposer d’un plan d’épandage agréé. Cela coûtera moins cher que la destruction actuelle. Côté gestion du personnel, en mettant tout le monde sur une chaîne, on a pu organiser le lavage et l’entretien par nos soins. Une économie qui se chiffre en centaines de milliers d’euros. Quant au marché viande, nous avons une solution avec la venue sur le site d’un opérateur important permettant de maintenir l’outil. C’est essentiel pour réaliser les travaux nécessaires, maintenant ainsi le marché et l’activité des huit entreprises de viande qui gravitent autour ».

- Pour 2008, quels sont les grands projets pour Corbas ?

« Nous espérons travailler sur deux chaînes, afin d’avoir un outil adapté à la production. L’équipement de la triperie est à mettre en place. Nous réaliserons aussi des investissements pour économiser l’eau et l’énergie. L’abattoir a des atouts et nous allons les développer. Nous gérons bien, par exemple, l’abattage rituel casher et hallal. Avec les responsables des communautés religieuses nous nous connaissons bien. Cela est capital pour l’équilibre cultuel de l’agglomération lyonnaise. Par ailleurs, l’abattoir travaille beaucoup pour des entreprises de la boucherie lyonnaise. L’aspect qualité des produits et de proximité est à prendre en compte. Enfin, le marché de gros va déménager de Perrache à Corbas. Cette perspective donne envie de mener des actions dynamiques. Ce nouveau pôle agroalimentaire et le pôle viande de Corbas pourraient proposer des manifestations allant dans le sens d’un pôle d’excellence gastronomique. Cela permettrait une mise en valeur de toutes les productions régionales réunies en un seul lieu ».

Propos recueillis par Guy Ginon

Les abattages en France :

L’Ouest concentre les abattages

Selon les chiffres du SCEES, 3 643 163 tonnes, c’est le tonnage d’animaux de boucherie abattus en France en 2005. Plus de la moitié de ce tonnage est abattue dans le grand ouest en Bretagne et les pays de la Loire, avec une nette prédominance dans l’abattage de porcs. Une analyse, plus fine par espèce, montre une situation plus diversifiée.

Avec 1 430 557 tonnes, la Bretagne réalise à elle seule 39 % des abattages nationaux, avec une prédominance dans l’abattage des porcs.

Les pays de Loire arrivent en seconde position, avec 481 461 tonnes abattues (13%). Rhône-Alpes se place, avec 198 145 tonnes en troisième position, mais réalise seulement 5% du tonnage national. Une troisième position qui est partagée avec les régions Basse-Normandie ; Poitou-Charentes et Midi-Pyrénées. L’Aquitaine réalise 4% du tonnage national, juste devant l’Auvergne, le Limousin et la Bourgogne à 3%. Ces dix régions abattent 86% des volumes. Les autres régions se situent entre 1 % et 2% des tonnages abattus.

Selon les espèces, ce classement peut varier. La Bretagne est incontestablement la région d’abattage des porcs (55 %). Elle domine aussi pour l’abattage des veaux (38%). Mais la deuxième (17 %) et troisième place (11%) reviennent respectivement à l’Aquitaine et Midi-Pyrénées. Pour l’abattage des gros bovins, les pays de Loire (19%) devancent d’une courte tête la Bretagne (18%). Il faut rajouter la Basse-Normandie, Rhône-Alpes et la Bourgogne, pour arriver à plus de la moitié des tonnages de gros bovins (60 %).

Concernant les abattages des ovins, huit régions réalisent presque tous les abattages ovins (81%). Midi-Pyrénées tient la tête avec 22% des tonnages effectués, suivi de Poitou-Charentes et Paca. A elle trois, ces régions réalisent la moitié du tonnage de moutons. Le reste se répartit entre le Limousin, Ile de France, Rhône-Alpes, Aquitaine et Languedoc.

C.D


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