Le Jura Agricole et Rural
« Les abattoirs, c’est de l’économie et de l’aménagement du territoire »
Gilbert Limandas
Apasec
Publié le:  07 septembre 2007
Page 10 

Gilbert Limandas : « Nous devons aborder la question des abattoirs avec le double souci de la performance économique et d’un maillage territorial capable d’assurer, au nom de l’aménagement du territoire, les services de proximité nécessaires aux acteurs locaux ».

Gilbert Limandas, le président de la Chambre d’agriculture de l’Ain, est aussi président de Bovicoop et du conseil de surveillance de la société Tropal viande. À ces divers titres, la question de l’avenir des abattoirs dans la région est un dossier majeur.

- Un récent rapport de l’Office alimentaire et vétérinaire européen fait état dans les abattoirs français d’une situation qui varie « de l’excellent à l’inacceptable ». Quel commentaire appelle de votre part ce jugement.

« La France veut être le bon élève au niveau européen sur les questions sanitaires. Cette option correspond à la demande des consommateurs et suppose des réglementations de plus en plus contraignantes qui génèrent des surcoûts pour les entreprises d’abattage. Ce choix politique doit être assumé par les Pouvoirs publics européens et nationaux et, si nous voulons que nos entreprises d’abattage restent compétitives, il faudra trouver des moyens financiers pour les accompagner pour investir et atteindre ces exigences. J’ajoute que si la France s’impose des règles très strictes en matière de sécurité alimentaire, ce que nous partageons, d’autres pays de l’Union européenne se montrent moins regardants ce qui ne les empêche pas, pour autant, d’exporter leurs produits sur notre marché national ».

- L’État français a commandé un audit des abattoirs. Le diagnostic est en cours d’écriture, mais chacun sait que plusieurs outils de notre région nécessitent de lourds investissements pour respecter les normes sanitaires applicables en 2010. C’est le début d’une restructuration des outils d’abattage ?

« Certainement. Les exigences européennes contraignent les outils industriels au respect de normes sanitaires coûteuses à réaliser. Mais ces obligations réglementaires ne doivent pas se traduire par la disparition de certains outils, même de faible volume, qui jouent un rôle essentiel dans la couverture du territoire et assurent un service de proximité nécessaire. Ce maillage du territoire par un réseau d’abattoirs de proximité dépend aussi de la volonté des élus locaux à maintenir ces outils et de leur capacité à mobiliser les moyens des collectivités territoriales et des utilisateurs pour financer les investissements qui assureront leur pérennité ».

- Et pour les outils d’une plus grande dimension ?

« Pour garder de la production agricole dans notre région, nous devons disposer d’outils industriels performants capables de transformer et de valoriser des produits de notre région, consommés dans notre région. Laisser partir nos outils industriels, c’est aussi laisser partir vers d’autres régions nos productions. Ces abattoirs performants doivent inscrire leur activité dans un cadre économique assuré par les utilisateurs. C’est pour cette raison que nous travaillons actuellement à nouer des partenariats avec les producteurs organisés, pour assurer à ces outils industriels des approvisionnements suffisants et durables en animaux à abattre. On ne peut pas concevoir des investissements lourds dans de tels outils sans s’assurer, au préalable, de la garantie d’approvisionnements durables correspondant à leur capacité industrielle en animaux à abattre ».

- Quelle sera, selon vous, la carte des abattoirs de la région ?

« Nous avons besoin d’abattoirs mixtes ou, pour certains spécialisés, techniquement et économiquement performants en lien avec des filières de production qui s’engagent dans la durée sur des approvisionnements sécurisés. Par ailleurs, nous devons disposer d’outils, plus modestes, en nombre suffisant et conformes aux exigences réglementaires pour couvrir tout le territoire. Enfin, il est important que la carte régionale des abattoirs qui se dessine intègre la possibilité d’accueillir de nouveaux tonnages issus d’un développement régional de nos productions animales ».

Propos recueillis par Serge Berra


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster