La météorologie pluvieuse de cet été est peu favorable aux prairies : le moindre passage de machines ou de troupeau peut les changer en bourbier. Des solutions existent pour tenter d’y remédier, telle la rénovation par un sursemis.
Intempéries, inondations, débordements de cours d’eau… la pluviométrie exceptionnelle de cet été n’est pas sans conséquences sur l’état des prairies, et à plus long terme sur l’équilibre fourrager des systèmes d’exploitation. Laisser les prairies se dégrader, c’est s’exposer à voir les endroits abîmés être recolonisés par des espèces peu productives, voire indésirables : pissenlits, rumex, pâturins communs, etc. Autant prendre les devants et profiter de l’occasion pour ramener les graminées voulues par un sursemis. Dans le cas où la prairie n’est pas praticable avec des machines (trop en pente, trop humide, petite taille), il est possible de sursemer à la volée par exemple à la main, et de laisser les animaux un jour de plus dans le parc, afin que ceux-ci rappuient le semis. Si la prairie est praticable, on peut sursemer avec un semoir équipé d’un rouleau (le Vertikator de Hatzenbichler par exemple).
Le choix du mélange pour sursemis doit être bien entendu raisonné en tenant compte de l’altitude. L’intervention peut avoir lieu dès maintenant ou être reportée jusque vers fin septembre. Dans tous les cas, sursemer sur une végétation ressuyée et courte. Après le sursemis, il faudrait idéalement ne pas laisser la végétation en place faire de l’ombre aux jeunes plantules qui germent et donc envisager une exploitation d’ici à trois semaines (même en pâture). Les coûts d’un tel sursemis restent limités : à l’hectare, 15 kilos de semences de ray-grass anglais coûtent environ 60 euros, auxquels il faut rajouter les éventuels frais de semoir. Mais les chances de réussite sont bonnes.
Entretien complet
L’intervention sur prairie peut-être d’ailleurs l’occasion d’un entretien complet : ébousage, étaupinage, émoussage, nivelage, aération, scarification… toute une série d’opérations mécaniques qui trouvent avantage à être réalisées en fin d’été, à condition de trouver des conditions suffisamment ressuyées pour ne pas marquer le passage des roues du tracteur. Le passage en fin d’été permet en effet de disséminer les bouses sèches et d’effacer au moins partiellement les empreintes des animaux où pourrait stagner l’eau apportée par les pluies hivernales.
Les interventions mécaniques réalisées doivent s’inscrire dans une gestion globale de l’alimentation du troupeau : l’étaupinage par exemple permet de préserver les couteaux de la faucheuse lors de la récolte des fourrages, et diminue également les risques de contamination du fourrage et ainsi la présence des bactéries butyriques dans le lait. L’ébousage, lui, en dispersant les bouses améliore la productivité de la prairie, en supprimant les zones de refus et en homogénéisant la pousse de l’herbe, le tout couplé à une meilleure répartition des éléments fertilisants contenus dans les déjections. Au-delà de l’amélioration de la longévité de la prairie, on bénéficie donc de nombreux effets annexes qui vont dans le bon sens : débit de chantier de fauche, qualité des fourrages récoltés et qualité du lait.
Le matériel type en matière d’entretien des prairies est représenté par l’ébouseuse-étaupineuse-émousseuse, déclinée en plusieurs largeurs de travail par un certain nombre de constructeurs : Agrimat, Doucet, Joskin, etc. Les racloirs de 60 m de largeur environ assurent un nivellement global, suivis par une seconde rangée de palettes, développant 10 à 30 cm de largeur, de formes longitudinales ou triangulaires, qui finit d’ébouser, d’étaupiner et de regarnir les trous. Enfin, la rangée de dents ou de peignes présente à l’arrière du matériel élimine les mousses, scarifie en surface, éclate les blocs de fumier ou de compost éventuellement présents. L’ébouseuse classique trouve cependant ses limites dans sa fonction de scarification et de régénération, la pénétration des dents ou des râteaux présents à l’arrière du matériel se limitant à 2 ou 3 cm de profondeur, alors que 5 cm seraient plus appropriés.
Les herses-étrilles aussi
Les herses-étrilles, d’utilisation courante en maraîchage et en grandes cultures pour assurer un désherbage mécanique sélectif ont aussi un intérêt sur prairies où elles jouent le rôle d’émousseuses, tout en grattant le sol en surface. Il est même possible d’y adapter des lames de nivelage afin de retrouver les fonctions d’ébousage et d’étaupinage d’un équipement spécifique. Un double passage croisé sera nécessaire pour une action vraiment efficace, ce qui reste réaliste grâce à une vitesse d’avancement relativement élevée (entre 8 et 10 km/h).
Alexandre Coronel
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