Le Jura Agricole et Rural
Chasse et société : Quelle ruralité aujourd’hui ?
Jura agricole et rural
Publié le:  07 septembre 2007
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La ruralité… Ce mot tant utilisé aujourd’hui, désigne-t-il toujours la même réalité ? On peut en douter… Appartenir à une communauté villageoise, choisir de vivre dans un lieu où la qualité de vie n’est pas un vain mot, faire en sorte que cette qualité dure sans occulter le progrès et ses conséquences, n’est-ce pas chercher à résoudre la quadrature du cercle ? Il y a souvent confusion entre ruralité avec agriculture, mais ces deux notions sont bien différentes… Outre le fait qu’il y a de moins en moins d’agriculteurs, l’arrivée de nouveaux ruraux, la transformation des modes de vie, l’évolution même de l’agriculture font que ces deux termes ne désignent plus forcément des choses semblables. Pourtant, les images d’Épinal ont la vie dure et l’imaginaire rural - ou plutôt la représentation que certains se font du monde rural - a du mal à s’effacer devant la réalité : la campagne n’est pas uniquement un lieu de repos et de détente, c’est aussi un lieu de travail, de production, qui entraîne des contraintes. L’installation de néo-ruraux est souvent un révélateur de ces confusions…

Et la chasse au milieu de tout cela ? Elle est évidemment de moins en moins l’affaire des agriculteurs. Quand j’étais beaucoup plus jeune, pénétrer dans une ferme c’était souvent voir un fusil accroché dans le couloir ou la cuisine. Il y avait une identité entre le cultivateur et le chasseur. Elle était très importante, parce que la vision de la nature s’effectuait dans une complémentarité de ces deux approches : le renard était nuisible, à la fois parce qu’il prélevait du gibier, source de plaisir, mais aussi parce qu’il fréquentait les poulaillers, source de revenus… La question de la protection animale ne se posait pas, ce qui amenait parfois certains excès ! La chasse allait donc de soi comme la pêche, la cueillette des champignons, des mûres ou des prunelles, car il y avait encore des prés et des buissons dans la plaine. Quel enfant de la campagne ne s’est pas reconnu dans le jeune Marcel Pagnol de « La gloire mon père » accompagnant son père et son oncle à la chasse ?

Comme il y a de moins en moins d’agriculteurs, et que ceux qui restent ne sont plus forcément chasseurs, comme le paysage change, comme la population elle aussi se modifie, cette identité de vue se perd. Ce n’est pas de la vaine nostalgie mais un constat. Cependant, la chasse peut représenter une chance, outre la convivialité, celle de la complémentarité, celle d’une autre approche environnementale, pourquoi pas du développement local. Fédérer des personnes ou des groupes avec des sensibilités différentes, mais guidés par une même finalité est sans doute un objectif réaliste. Même s’il n’est pas toujours facile à mener, c’est peut-être cela le combat de la ruralité d’aujourd’hui : l’avenir des territoires ruraux ne tient-il pas, au-delà des aspects paysagers et naturels, au-delà du terroir et de tout ce qu’il apporte, dans la présence d’une autre valeur, celle des hommes et des femmes qui y vivent ?

Christian Lagalice

Président de la Fédération départementale des Chasseurs du Jura


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