L’évolution des moyens de distribution et des pratiques d’élevage ont conduit nombre d’exploitations laitières à nourrir leurs troupeaux selon le système de la ration complète ou semi-complète. Cependant, en fonction des stratégies de production adoptées, la composition de ces rations diffère.
La ration complète ou semi-complète consiste à apporter en même temps au troupeau les fourrages et les concentrés, en totalité ou en grande partie. Cette pratique permet de mieux respecter le bon fonctionnement digestif de l’animal (rumen), d’utiliser des aliments de nature et présentation différentes, voire de simplifier le travail de l’éleveur. En période hivernale, la réussite de cette pratique repose sur la maximisation de l’ingestion de la ration préparée qui doit être distribuée à volonté afin que chaque vache adapte sa consommation à sa production.
Les fondamentaux d’une bonne conduite d’alimentation restent, bien sûr, en vigueur : des fourrages à valeur alimentaire élevée et bien conservés, un équilibre PDIN/PDIE de la ration, l’assurance de rumination (bonne fibrosité de la ration, taille des particules…), le respect des transitions alimentaires. L’accessibilité à la table d’alimentation est également primordiale : une place par vache au cornadis, 60 cm par vache à la barre au garrot, 35 cm par vache au front d’attaque en libre-service.
Selon la stratégie de production choisie par l’éleveur, la composition de rations complètes ou semi-complètes obéit à des repères distincts. Une meilleure connaissance de l’évolution de l’ingestion selon la production laitière et le niveau protéique de la ration ont permis de déterminer ces repères, bien utiles pour l’éleveur. Ces tableaux élaborés par l’Institut de l’élevage ont été établis dans le cas de rations hivernales, distribuées avec 3 à 5 % de surplus, en considérant que l’ingestion augmente de 1,5 kg MS de ration totale par tranche de 5 kg de lait produit supplémentaire et qu’elle progresse aussi de 0,5 kg de MS de ration totale pour une augmentation de 5 g de PDI/kg de MS de ration. A noter que la densité énergétique « repère » des rations proposées est calculée pour un lait à 42 g/kg de TB et à 32 g/kg de TP. Les références d’ingestion correspondent à celles observées après le pic de lactation, avec une ingestion optimisée.
Stratégie d’expression du potentiel animal
Dans une production visant l’expression du potentiel animal et qui se traduit par un pic élevé, le rationnement est calculé sur un objectif de lait permis supérieur de 7 kg en moyenne au lait observé du troupeau, ceci afin d’assurer les apports nécessaires aux plus fortes productrices. La concentration protéique de la ration totale est de 95 à 110 g PDI/kg de MS. A noter qu’en fonction de l’ingestion réellement observée, cette concentration doit être corrigée : pour chaque kilo de MS de ration totale ingéré en plus, il faut diminuer la concentration de 3 g de PDI/kg MS de ration totale. Inversement, pour chaque kilo ingéré en moins, il faut augmenter la concentration de 3 g. (tableau 1)
L’économie de concentrés par écrêtement du pic de lactation
Ce rationnement pour une économie de concentrés par l’écrêtement du pic de lactation est calculé sur un objectif de lait permis supérieur de 3 kg en moyenne au lait observé du troupeau. Il permet d’assurer les apports nécessaires à la majorité des vaches du troupeau, mais pas nécessairement à celles en début de lactation. La concentration protéique de la ration totale est de 85 à 100 g PDI/kg de MS mais il est recommandé de ne pas descendre en dessous de 85 g. Là encore, en fonction de l’ingestion réellement observée, il est nécessaire d’ajuster. Pour chaque kilo de MS de ration totale ingéré en plus, il faut diminuer la concentration de 3 g de PDI/kg de MS de ration totale ; pour chaque kilo ingéré en moins, il faut l’augmenter.
(tableau 2)
L’apport minimum de concentrés
Le rationnement pour un apport minimum de concentrés est calculé sur un objectif de lait égal au lait observé du troupeau, pour assurer les apports nécessaires à la « vache moyenne ». La concentration protéique de la ration est de 80 à 90 g PDI/kg de MS. Les vaches en début de lactation ne bénéficient d’aucun apport de concentré protéique individuel. En revanche, un apport de 1 à 2 kg de céréales est recommandé du vêlage à la fécondation. (tableau 3)
La ration semi-complète
Le niveau permis par la ration semi-complète est calculé sur un objectif de lait choisi par l’éleveur : soit sur la base du lait observé sur le troupeau, soit sur un niveau plus ou moins élevé selon le nombre et le mode de distribution des concentrés. La concentration protéique de la ration semi-complète est de 85 à 95 g PDI/kg de MS. Afin d’assurer les apports nécessaires aux plus fortes productrices, il faut effectuer une distribution de concentré complémentaire au-dessus du lait permis par la ration semi-complète, avec un concentré individuel.
Par exemple, pour un niveau du troupeau choisi à 25 kg de lait, l’ingestion de ration semi-complète est de 19 kg de MS pour une ration conçue à 90 g de PDI et 0,92 UFL/kg de MS. La complémentation individuelle est déclenchée au-delà du seuil de 25 kg de lait. Si l’éleveur a opté pour une stratégie d’expression du potentiel animal, il distribuera 1 kg de concentré à 200 g PDI/kg brut pour 6 kg de lait au-dessus du seuil. Avec cette ration, une vache attendue à 40 kg de lait recevra 2,5 kg de ce concentré, ingérera 24,1 kg de MS de ration totale, assurant une production de 40,7 kg de lait.
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