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Première étape du raisonnement, estimer les stocks fourragers et leur valeur alimentaire |
L’octroi de 10% de quotas laitiers supplémentaires sur la campagne 2007-2008, pour satisfaire la demande des marchés doit s’accompagner à l’échelle de chaque exploitation d’une réflexion globale sur les moyens à mettre en œuvre pour pouvoir profiter de cette opportunité dans les meilleures conditions.
Six mois, c'est à peu près le temps qu'il reste aujourd'hui pour réaliser la rallonge de quotas laitiers, à savoir la garantie minimale de remboursement portée de 4 à 10% pour l'ensemble des producteurs. Ces propositions ministérielles ont été en effet validées par le comité « Lait de vache » de l'office de l'élevage, le 27 septembre dernier. Concrètement, un feu vert pour produire plus… afin d'alimenter les marchés européens et mondiaux, sous le signe de la pénurie depuis plusieurs mois. En cause, la hausse de la demande européenne en fromages (+8,7% en cumul sur les quatre dernières années) et en produits laitiers frais (+17% en cumul sur les quatre dernières années) et une baisse « inattendue » de l'offre, que certains experts avaient tout de même annoncée à l'époque du découplage des aides.
Les éleveurs français par exemple, ont misé pour partie sur production de viande bovine, dont les prix augmentaient de 5 % en 2005 et en 2006, et décapitalisé une partie de leurs vaches laitières. Il manquerait aujourd'hui 100 000 vaches à la France pour remplir son quota laitier. En Allemagne, c'est l'envolée du cours des céréales (+40% en un an) qui aurait incité une partie des agriculteurs à délaisser l'élevage pour les céréales. La conséquence de cette pénurie est la hausse des prix : +70% à +90% pour la poudre de lait en un an, + 17% pour le beurre, + 117% pour le lactosérum… Au niveau mondial, la forte hausse des cours du pétrole et le boom économique de la Chine se traduisent par une hausse de la demande des importations de la part des pays bénéficiaires : Algérie, Mexique, Venezuela…
L'élevage laitier, variable d'ajustement d'une économie libérale
Dans ce contexte, comment s'organiser à l'échelle d'une exploitation laitière pour tirer le meilleur parti de cette manne ? « Si le message à faire passer, c'est qu'il faut tout faire pour réaliser son quota, quand le différentiel de prix est supérieur au différentiel de coût, il est important de ne pas le faire n'importe comment », prévient Matthieu Cassez, conseiller à la Chambre d'agriculture du Doubs. « Attention à bien distinguer deux choses : d'une part la hausse annoncée du prix du lait industriel – on parle de + 56 euros pour 1 000 litres – et d'autre part la possibilité de dépasser le quota. La hausse du prix sera-t-elle effective au dernier trimestre ? Certains vont vouloir miser dessus, et vouloir engranger aussi les dividendes d'un dépassement de quota autorisé. Quand à ceux qui sont en sous-réalisation à l'heure actuelle, je ne pense pas qu'il soit bien raisonnable pour eux de viser au-delà de leur quota ! », analyse pour sa part Jean-Eudes Meyer, du contrôle laitier du Doubs. Sans oublier qu'en laits d'AOC, la politique de prix n'est pas encore arrêtée à ce jour…
Premier paramètre à prendre en compte, le stock fourrager, en qualité aussi bien qu'en quantité. Or la récolte des fourrages a été fortement perturbée cette année par les conditions météorologiques particulières. « La situation n'est pas homogène, il y a des différences importantes entre les plateaux et la montagne. Dans certains secteurs, les foins ne sont pas aussi mauvais que ce à quoi on aurait pu s'attendre. De bons regains peuvent aussi compenser en partie en apportant l'azote qui manque dans les premières coupes, en surveillant la fibrosité », poursuit Matthieu Cassez. Jean-Eudes Meyer dresse le même constat : mises à part quelques exceptions, les foins sont globalement médiocres cette année, et pour produire autant de lait que l'hiver dernier, il faudra dépenser plus cher en correcteurs, et en concentrés de production.
Corriger l'azote à moindre coût
« Le premier sujet d'étonnement en étudiant les résultats des analyses de fourrage a été la teneur généralement faible en cellulose brute. Peut-être est-ce lié au redémarrage d'un nouveau cycle de végétation… ce qui fait que la première coupe équivaut à la récolte d'un foin et un regain. Les teneurs en MAT sont très faibles aussi. Enfin, avec des teneurs en matière sèche insuffisante ou des conditions de récolte difficiles, les problèmes de conservation et ou de mauvaises odeurs sont parfois à craindre, avec les problèmes d'appétence que cela entraîne… Mais on en saura plus sur le potentiel réel de ces fourrages dans 15 jours, avec les résultats de contrôle laitier de nos adhérents en ration hivernale. » Si la qualité des fourrages est médiocre, l'enjeu sera d'abord d'en maximiser l'ingestion. « L'important c'est déjà de bien corriger la ration de base. Dans le cas d'une ration de base déficitaire en azote, l'enjeu économique sera de trouver le correcteur azoté au meilleur rapport qualité prix. Les corn gluten et drêches de blé seront très recherchés, car ils sont à la fois riches en azote et en énergie. Un corn gluten feed par exemple vaut 1,16 UF et apporte 216 MAT, soit 186 g de PDI/UF, et avec ça un encombrement intéressant. On peut aussi apporter éventuellement l'azote sous forme de tourteau de soja, dont le prix n'a pas si fortement augmenté, et même envisager de faire deux rations correspondant à deux niveaux de production : la première équilibrée à 10-12 kg de lait, la seconde à 25. En résumé, corriger l'azote à moindre coût, en veillant aux équivalences. Mais attention aux excès, qui provoqueraient des acétonémies. Comme l'acétone coupe l'appétit, on obtiendrait l'inverse de l'effet recherché », précise Matthieu Cassez.
Attention aux limites physiologiques
Car la première limite à une augmentation de la productivité laitière, à effectif constant, c'est la physiologie de la vache. « D'un point de vue technico-économique, dans les conditions actuelles, tant qu'il n'y a pas de décrochage métabolique, tout kilo de lait supplémentaire produit générera de la valeur ajoutée. Même avec la forte augmentation du prix des céréales, compte tenu de la courbe d'efficience alimentaire, cela reste intéressant de faire produire davantage aux laitières, puisque les charges fixes restent identiques », poursuit le conseiller. Jean-Eudes Meyer met pour sa part en garde au sujet du coût de l'aliment, compte tenu des hausses de prix des céréales. « Si on arrive à un coût d'aliment proche de 50 euros pour 1 000 litres de lait produit… ce qui est très plausible, cela recouvre toute la hausse de prix annoncée ! Il faudra aussi être vigilant quant à la qualité des aliments qui seront disponibles cet hiver : issues, sous-produit et coproduits… »
Attention également à la santé des animaux Si les limites physiologiques sont dépassées, par contre, les pathologies apparaissent : boiteries, infertilité… et peuvent rapidement réduire à néant les gains potentiels. « D'autant plus que d'après les premiers résultats, il semble que les débuts de lactation de l'automne soient cette année moins bons. Après cette saison de pâturage caractérisée par des conditions climatiques difficiles, des stress, les vaches n'abordent pas l'hiver dans les meilleures conditions. »
Penser effectif
Second axe possible dans certaines situations – dans la limite des places disponibles - jouer sur l'augmentation de l'effectif des vaches traites. Soit en différant les réformes qui ne sont pas pathologiques, soit en gardant davantage de génisses élevées sur l'exploitation, initialement destinées à la vente. « Arriver à produire son quota, ce n'est pas forcément miser uniquement sur la productivité individuelle, mais ça peut aussi passer par l'effectif. Dans certains systèmes extensifs, on s'arrange en général pour avoir peu de vaches au début de l'hiver, ça ne sera pas forcément facile de changer complètement la stratégie. Bien entendu, il faut prendre en compte à la fois la capacité du bâtiment, et la surcharge de travail quotidienne », assure Matthieu Cassez. Sans oublier le système fourrager… Les achats de fourrages grossiers ne seront pas évidents cet hiver. « La grande leçon à tirer, c'est qu'il faut toujours valoriser le pâturage… il reste encore des marges de progrès importantes dans ce domaine ! », conclut le technicien. Quant à Jean-Eudes Meyer, il rappelle le risque sanitaire que fait courir le prolongement de certaines lactations, ou de repousser certaines réformes. « Il serait dommage, pour atteindre un objectif à court terme, de négliger l'impact à moyen terme sur la santé du troupeau, en favorisant par exemple la contamination des génisses fraîches vêlées, et de le payer ensuite cher en pénalités pour la qualité du lait ! »
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