Alors que les attaques de troupeaux par des loups ou des ours se multiplient depuis quelques années, les éleveurs de montagne n’en peuvent plus de voir les Pouvoirs publics ignorer leur quotidien.
Près de trois mille animaux d’élevage tués ou blessés par le loup ou l’ours chaque année. Certains éleveurs sont en grandes difficultés économiques et… psychologiques. Ils enragent, le Gouvernement reste sourd, loups et ours continuent d’arpenter les massifs pyrénéen et alpin sans être inquiétés. La dernière réunion sur les prédateurs avec les Pouvoirs publics, à Toulouse, fin juillet, les a confortés dans leur sentiment d’abandon. « Nathalie Kosciusko-Morizet (NDLR, secrétaire d’Etat à l’Ecologie) n’a pas pris la mesure de la gravité de la situation », déplore le secrétaire général de l’Association nationale des élus de montagne (ANEM), Marc Nayrou. « La démocratie locale n’est pas respectée. Les éleveurs et les élus étaient au diapason lors de cette réunion, mais on ne nous a pas écoutés », lâche, indigné, un éleveur pyrénéen. Pour essayer de se faire entendre malgré tout, la FNSEA, JA, l’APCA, la FNO (ovins) et la FNEC (chèvres) ont signé un manifeste « pour le maintien de la biodiversité en zone d’élevage », lors de la première journée nationale des présidents de massifs qui s’est tenue à Paris, le 10 octobre. D’autres journées suivront et un groupe de travail a été créé pour travailler à la protection des exploitants et à la sensibilisation des autorités.
L’Homme et la bête
Les organisations agricoles exigent du Gouvernement l’arrêt de la réintroduction d’ours et son cantonnement dans des zones appropriées, le retrait des loups dans les zones d’élevage et la régulation des populations de vautours et de lynx. « Qu’on entende et qu’on défende d’abord l’Homme avant de défendre les prédateurs. L’élevage doit être possible sur tous nos territoires », a martelé Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA.
Le président de l’APCA, Luc Guyau, estime qu’il n’est « pas question d’éradiquer quelque espèce que ce soit » mais qu’il faut « trouver les moyens de se faire entendre.»
La légitimité de la réintroduction de l’ours et du loup dans les montagnes françaises est fondée sur le risque de voir ces espèces disparaître. Mais les responsables agricoles demandent que la
« biodiversité ordinaire », celle des races rustiques de brebis de montagne notamment, soit aussi défendue. Le manifeste affirme qu’« à l’échelle européenne, les loups, les ours, les lynx et les vautours ne sont pas des espèces menacées de disparition. »
Pertes indirectes
Les organisations agricoles jugent par ailleurs que « l’installation durable de prédateurs est incompatible avec l’activité agricole. » Laurent Garde, écologue au Cerpam, souligne qu’au-delà des animaux tués ou blessés, il y a les « pertes indirectes » avec la baisse des agnelages liée au stress accru des brebis ou encore la perte du capital génétique. Des dégâts qui dégradent le revenu – déjà maigre – des éleveurs, et qui dissuadent les jeunes agriculteurs de s’installer. « Est-ce que ces personnes (ndlr, les associations écologistes) ont imaginé le quotidien des éleveurs ? Si les prédateurs sont un frein à l’installation, il faut lever ce frein », a réagi vivement Philippe Meurs, le président de JA. Même les cheptels bovin et équin commencent à subir des attaques car les prédateurs opèrent parfois en dehors des zones pastorales.
Nuisance environnementale
Les systèmes de protection des troupeaux - chien de garde, parc de nuit avec clôtures électrifiées et aides berger – montrent aujourd’hui leurs limites. 640 éleveurs étaient en contrat de protection dans les Alpes en 2006. Difficiles à mettre en place, ils affichent des coûts exponentiels, et le parcage pollue les eaux et les pelouses par la surconcentration des déjections…
Bref, c’est le paradoxe. La défense d’espèces emblématiques comme le loup et l’ours au nom de la préservation de la biodiversité impliquent des dégradations environnementales… Et les éleveurs de répéter que le pastoralisme maintient les milieux herbacés, classés majoritairement en zone Natura 2000. Il assure l’entretien de paysages ouverts recherchés par les touristes et la prévention des risques naturels (avalanche, incendie, érosion…). Un support incontournable au développement du tourisme. Deux unités pastorales sur trois sont traversées par un sentier balisé.
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