Avec des cours fluctuants et peu de visibilité, le contexte général laitier a fortement évolué ces derniers mois. Après une situation d’excédent, les cours de la matière grasse et de la poudre connaissent une phase de tension avec des prix soutenus, sur des volumes malgré tout peu importants.
Cette évolution rapide n’avait pas été envisagée par les prévisionnistes, ce qui montre que nous entrons dans une gestion de marchés très volatils avec des fluctuations difficilement prévisibles : la filière laitière va devoir apprendre à réagir rapidement.
Au contraire, en termes de consommation, les tendances sont lourdes : la consommation de beurre continue à se réduire tandis que les produits allégés se développent. La matière grasse laitière fait toujours l’objet d’attaques sous l’angle de la santé par de nombreux lobbyings concurrents. La filière laitière est tenue de s’y adapter.
Trop de matière grasse et pas assez de lait
La région Rhône-Alpes affiche ses particularités : un excédent structurel de matière grasse qui a conduit l’interprofession laitière à adopter un paiement en conséquence et, actuellement, un manque de lait important pour les entreprises. Les enjeux pour la filière régionale sont donc la relance de la production, la maîtrise des quantités de matière grasse et l’amélioration de sa composition. Cet hiver, des opportunités sont à saisir dont produire davantage pour un meilleur revenu.
Produire davantage
Les éleveurs disposent cette campagne de davantage de souplesse concernant leurs possibilités de livraison (prêts maximaux dans de nombreux cas). Vu le marché tendu du lait, les prix du lait sont revus fortement à la hausse. La recommandation nationale est de + 58 euros pour 1 000 litres pour le quatrième trimestre 2007 ; elle sera supérieure sur le début de l’année 2008. Il y a donc une opportunité intéressante à saisir pour tous les producteurs de lait.
Les vaches et génisses sont rares sur le marché et très chères. Les bâtiments sont souvent saturés. Le niveau leucocytaire est déjà élevé chez un grand nombre de producteurs. La solution
« acheter des vaches ou garder tous mes animaux » n’est donc pas a priori la plus pertinente.
En revanche, il existe plus de marge de manœuvre sur la productivité par vache. A charges de structure égales, produire davantage par vache reste une solution intéressante sur cette campagne. Malgré la hausse du prix des matières premières et de l’énergie, le calcul de marge alimentaire montre diverses voies d’adaptation à ce nouveau contexte pour dégager plus de revenu. En outre, l’augmentation de la production par vache s’accompagne généralement d’une baisse du taux de matière grasse.
Profiter des stocks fourragers abondants
L’année a été plutôt favorable aux fourrages. Certes les stocks d’herbe sont de qualité médiocre du fait de la météo du printemps. En revanche les stocks de maïs ensilage semblent de qualité et beaucoup plus importants que les années précédentes. Augmenter l’ingestion de ses vaches en fourrages, corriger la ration en conséquence et gagner 2 à 3 litres par vache et par jour sur six mois reste une solution gagnante.
Jouer sur les apports en concentrés
En zone plutôt herbagère, l’augmentation de la part de concentré dans la ration peut permettre de produire davantage. Malgré le cours à la hausse des matières premières, cette solution est intéressante. En effet, avec la possibilité de produire plus et la hausse du prix du lait, les équilibres et opportunités se déplacent. Investir dans un kilo d’aliment et produire deux kilos de lait supplémentaires, c’est rentable. Attention cependant aux excès (quantité par vache par jour et nature des concentrés).
Gagner en efficacité de ration
Beaucoup de systèmes d’alimentation plafonnent en efficacité laitière. L’indice de transformation (lait produit - quantité de fourrage et concentré distribuée) mesure cette efficacité. On peut raisonnablement progresser de 1,2 à 1,4. Les leviers à actionner tournent autour de la fibre, cellulose, amidon et azote. Un bon équilibre, bien réparti sur la journée, sont des UF valorisés en limitant le gaspillage. Au final c’est souvent davantage de lait et une meilleure efficacité laitière.
Les concentrés représentent la moitié du coût de la ration. Une augmentation de 40 % du prix des concentrés « pèse » donc 20 % dans le coût de la ration. Toutefois, dans la conjoncture actuelle de rapport entre le prix du lait et le prix du concentré, cette charge peut devenir un investissement rentable.
Parier sur l’avenir par la formation
Les contrôles laitiers, en partenariat avec les laiteries, organisent cet hiver des formations d’éleveurs qui travailleront en groupe, qui aborderont les moyens de réagir sur le court terme et d’anticiper le long terme.
Le court terme est de travailler l’efficacité de la ration en augmentant les quantités produites tout en maîtrisant les charges. Le critère de décision sera la marge alimentaire.
Le long terme est d’envisager sur l’exploitation les pistes de travail pour modifier en profondeur le système fourrager, la conduite d’élevage et utiliser les matières premières adaptées.
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