Le Jura Agricole et Rural
Des leviers pour réagir
Augmentation du droit à livrer en cours de campagne
Jura agricole et rural
Publié le:  05 novembre 2007
Page 8 

Face à l’attribution d’un volume supplémentaire de lait à produire par la laiterie, comment un producteur peut-il réagir à court terme, sachant qu’il reste un peu plus de quatre mois avant la fin de campagne. Explications.

Tout d’abord, il faut faire le point sur la production à venir et les stocks fourragers. Faire le point sur ses livraisons et actualiser sa prévision de production avec son contrôleur laitier, en prenant en compte les prévisions de vêlages et les vaches à réformer. Pour ces dernières, il faut distinguer les réformes inévitables (vaches à cellules et atteintes d’affections incurables), et celles qui peuvent être différées dans le temps (mauvaise conformation de mamelle, vêlage décalé…)

Faire aussi le point sur ses stocks fourragers en volume et en qualité. Si les ensilages de maïs s’annoncent corrects en rendement, ce n’est pas toujours le cas pour leur valeur énergétique, en particulier sur ceux qui, du fait de semis tardifs et (ou) de manque de chaleur, peuvent ne pas atteindre 30 % de matière sèche. Les ensilages d’herbe précoces récoltés avant les premières pluies de la mi-mai affichent des valeurs UPL et PDI correctes, mais ceux récoltés de mi-mai à fin juin ont généralement des valeurs nutritives inférieures à la normale. Quant aux foins de première coupe, leur valeur nutritive est souvent médiocre malgré des rendements records.

C’est donc généralement la qualité des fourrages plus que le volume, qui pose problème. Il faut s’efforcer bien sûr de distribuer les fourrages de meilleure qualité aux vaches en lactation, mais ceux-ci ne sont pas forcément les plus accessibles dans les silos ou les meules de foin. Accepter de refermer un silo pour en ouvrir un autre de meilleure qualité, ou d’aller rechercher le bon foin au fond du tas permettra d’accroître la production du troupeau sans dépenses supplémentaires.

Ne pas se précipiter

Faire le point, c’est aussi de ne pas se précipiter pour acheter des génisses prêtes ou des vaches en lactation, à n’importe quel prix, à supposer qu’on en trouve. Des simulations réalisées dans d’autres régions françaises montrent qu’il n’est pas rentable d’acheter des vaches uniquement pour couvrir la fin de campagne.

L’opération peut être intéressante économiquement si les vaches achetées sont conservées dans le troupeau pendant les deux ou trois campagnes suivantes. Mais faire ce choix, c’est parier sur la poursuite des rallonges de quota. Enfin, il ne faut pas oublier que l’introduction de nouvelles vaches dans le troupeau comporte des risques sanitaires.

Combiner plusieurs leviers d’action

Les leviers d’action portent sur l’alimentation et la conduite du troupeau. Pour obtenir un accroissement d’environ 10 % des livraisons annuelles, soit un accroissement de 20 % à 25 % du lait à produire avant la fin de campagne, il faudra combiner plusieurs leviers.

L’alimentation

Les fourrages d’abord ! Avant d’augmenter les quantités de concentrés ou de modifier leur nature, il convient de tout faire pour maximiser l’ingestion des fourrages. Cela repose sur la mise en œuvre de pratiques bien connues :

• Trier dans les stocks dans toute la mesure du possible pour distribuer les meilleurs fourrages aux vaches en lactation.

• Rechercher des fronts de silos rectilignes et non ébranlés pour éviter les reprises de fermentations.

• Repousser les fourrages au moins deux fois par jour.

• Accepter que les vaches laissent des refus consommables et les enlever tous les jours.

• Veiller dans toute la mesure du possible à ce que chaque vache ait une place à l’auge.

• Veiller à ce que les vaches ne manquent pas d’eau propre, indispensable au bon fonctionnement du rumen.

Les concentrés ensuite. Augmenter la densité protéique de la ration dans les régimes à base d’ensilage de maïs en passant de 100 g de PDI/UFL à 105–110 g de PDI/UFL. Cette pratique n’aura pas d’effet sur les régimes herbagers, pour lesquels c’est l’énergie qui est le facteur limitant.

• Augmenter la quantité de concentré individuel :

Il s’agit bien là d’une augmentation des quantités de concentrés au-delà de celles habituellement distribuées et qui sont censées équilibrer correctement la ration. Dans ce cas, l’augmentation du concentré au-delà des « besoins » n’a qu’une efficacité marginale qui se limite à environ 1 kg de lait par kg de concentré supplémentaire et non pas 2 à 3 kg de lait/kg de concentré. De plus, cette efficacité marginale de 1 kg de lait/kg de concentré supplémentaire ne se vérifie qu’au-dessous d’une quantité totale de 4 à 5 kg de concentré par vache et par jour. C’est dans cette limite qu’elle présente un intérêt économique.

Au-delà de 5 kg de concentré par vache et par jour, tout kg de concentré supplémentaire ne permet qu’un accroissement de production de 0,5 à 0,8 kg de lait, soit une dépense d’environ 0,25 E, supérieure au gain de 0,16 E à 0,25 E sur le lait.

Dans le cas des systèmes foin produisant du lait AOC, le seuil de rentabilité est un peu relevé d’une part parce que le lait est mieux rémunéré, d’autre part parce que l’efficacité marginale est un peu supérieure (surtout si le foin est de qualité médiocre) du fait d’une moindre substitution concentré - fourrage. Dans tous les cas, multiplier les distributions quand la quantité de concentré augmente (pas plus de 3 kg de concentré par repas).

Gagner en efficacité de ration

L’indice de transformation laitière (quantité de lait produit standard/quantité de fourrages et concentrés distribués) traduit l’efficacité de la ration. Souvent les rations plafonnent à 1,2 ou 1,3 (soit 20 kg MS distribuées pour 24 à 26 kg de lait standard). Progresser de 1,2 à 1,4 c’est 4 kg de lait gagnés.

Les leviers à actionner reposent sur les principes de base de la bonne valorisation d’une ration : favoriser les apports énergétiques, piloter la concentration azotée, sécuriser la fibrosité des rations, maîtriser les risques métaboliques.

Le contexte laitier de cet hiver mobilise encore plus la technicité des éleveurs et leur savoir-faire en terme de production laitière et d’efficacité.

La conduite du troupeau

Au niveau de la conduite du troupeau, il y a plusieurs leviers sur lesquels agir pour augmenter les livraisons. La plupart sont bien connus des éleveurs. Les trois premiers qui consistent à accroître l’effectif de vaches traites jusqu’à la fin de campagne, supposent bien sûr de disposer d’assez de places et de stocks fourragers.

• Faire vêler toutes les génisses pleines : c’est sans doute le levier le plus efficace pour accroître la production.

• Limiter les réformes au strict nécessaire, c’est-à-dire aux vaches ne présentant pas de problèmes sanitaires, pour elles-mêmes et pour le troupeau.

• Retarder le tarissement de deux à trois semaines pour les vaches habituellement taries pendant deux mois.

Trois autres leviers permettent d’augmenter le lait vendu par vache :

• Recommencer à traire le dimanche soir, si cette traite était supprimée.

• Réduire la quantité de lait livrable consommé par les petites génisses d’élevage en la remplaçant par du lait reconstitué.

• Sevrer les génisses d’élevage plus tôt, vers 8 semaines au lieu de 10 à 12 semaines. Cela nécessite de respecter un autre plan d’allaitement et de transition sur l’alimentation sèche.


Une opportunité à saisir

Les préconisations ci-dessus ne constituent qu’un rappel des principaux leviers connus dont les éleveurs disposent pour augmenter la production de lait à court terme. Il restera bien sûr à chacun de se positionner selon sa propre situation en intégrant les aspects économiques et travail, avec l’aide de son contrôleur laitier.

Aujourd’hui les laiteries se trouvent dans des conditions favorables à une meilleure rémunération du lait. Profiter des rallonges proposées c’est une opportunité à saisir pour les éleveurs et cela peut aider les laiteries à conforter leur place sur les marchés.

A moyen terme et sous réserve de disposer de places en bâtiments, les éleveurs qui parient sur un caractère plus durable de cette demande, peuvent déjà anticiper et prendre des dispositions, a priori pas trop risquées, comme l’augmentation des inséminations en race pure pour élever davantage de génisses.


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