Le Jura Agricole et Rural
«Un échange et un dialogue»
Pascal Ferey (FNSEA)
Jura agricole et rural
Publié le:  05 novembre 2007
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Pascal Ferey, président de la commission environnement de la FNSEA, revient sur quatre mois de négociations au sein du Grenelle de l’environnement et sur les annonces faites par Nicolas Sarkozy, le 25 octobre. Le Grenelle n’a « pas été le procès de l’agriculture » comme beaucoup l’ont craint, affirme-t-il.


Que diriez-vous sur le processus du Grenelle qui vient de s’achever et la place qu’y a occupée la profession agricole ?

« Si beaucoup d’entre nous pensaient que le Grenelle de l’environnement serait un exercice de style avec figures imposées, et ne serait pas important en terme d’orientation politique, ils se sont fourvoyés. Il y a eu une vraie discussion dans l’ensemble des groupes de travail. La profession agricole a largement contribué à ce que ce ne soit pas le procès de l’agriculture. L’agriculture a été respectée. Globalement, les rencontres entre la profession et les ONG écologistes ont été très riches. Ce Grenelle est une réussite pour la France. Tout le monde a œuvré pour réussir sans claquage de porte et haussement de ton.

Que fait-on pour demain ? Pour une fois, les propositions ne se sont pas forgées dans la rue ou dans les champs – et je fais allusion aux fauchages d’essais OGM – mais dans une salle et dans le respect des positions des uns et des autres. Mais ce n’est que l’acte I du Grenelle qui est terminé, il y aura des« Grenelle anniversaire ».


Sur les OGM, êtes-vous surpris de la décision présidentielle ?

« Le Président de la République n’a pas prononcé le mot de moratoire, mais je suis surpris sur un point. Le groupe OGM était unanime sur la coexistence, l’indemnisation, une loi et une haute autorité. Nous ne pensions pas que le Président suspendrait la commercialisation des « OGM pesticides » alors que la Commission européenne vient d’autoriser quatre nouveaux OGM – trois maïs et une betterave – dont deux sont des OGM pesticides. Chacun des participants du groupe a dit qu’il n’était pas possible d’avoir une politique française sur les OGM dans l’Union européenne. Le Président a imposé le principe de précaution, en demandant à Jean-Louis Borloo qu’une loi traduise la directive européenne sur les OGM et qu’une haute autorité provisoire se mette en place avant la fin de l’année pour dire si les agriculteurs peuvent continuer, oui ou non, à utiliser des OGM pesticides. J’ose espérer que cet avis sera rendu avant la période des semis du printemps prochain. Je pense sincèrement que Nicolas Sarkozy a voulu donner un gage aux associations écologistes. Si l’avis était rendu après le printemps 2008, il y aurait conflit sur les produits commandés et ils sont d’ailleurs en train d’être commandés ».


Etes-vous satisfait sur le dossier des pesticides ?

« La proposition de Michel Barnier de retirer du marché les produits les plus dangereux (les produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques – CMR 1 et 2) a été adoptée, avec un calendrier précis. Il s’agit de 50 molécules et non de produits commerciaux. Il y a eu accord lors de la table ronde car il est possible de remplacer ces molécules par d’autres. Ensuite, il y a le plan de réduction de 50 % de l’usage des pesticides. Les écologistes souhaitaient que son entrée en vigueur soit immédiate, et certains qu’il se réalise sur 10 ans. Nous nous sommes opposés à cette durée de 10 ans pour protéger l’agriculture française. Nicolas Sarkozy a parlé de 50 % « si possible dans les dix ans qui viennent ». Et nous avons accepté ce plan qu’à la condition qu’il y ait des méthodes alternatives ou des produits de substitution.

Derrière, c’est une victoire pour la FNSEA. Valérie Pécresse (ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche), présente lors de la table ronde finale, s’est engagée à doter les structures de recherche de son ministère de 8 millions d’euros pour la recherche fondamentale sur les progrès génétique, semencier et phytosanitaire. Il n’est pas normal que l’agriculture française soit restée depuis plus de 20 ans pieds et poings liés face à la recherche des firmes semencières et phytosanitaires. Les gouvernements successifs ont abandonné la recherche publique dans ces domaines et dans celui des méthodes alternatives ».


Quel commentaire feriez-vous sur la volonté gouvernementale de développer l’agriculture biologique ?

« Nous sommes satisfaits également car les ONG ont compris qu’on devait inverser la logique du bio. Certains ne voient dans le bio que le moyen de démanteler la Pac. Nous croyons au devenir de l’agriculture biologique. Il faut des débouchés et l’organiser. Nous nous félicitons de la décision de Nicolas Sarkozy de servir un repas au moins une fois semaine dans les cantines de l’Etat, et d’engager les collectivités territoriales dans ce processus, qui ont une responsabilité alimentaire. En matière de structuration de la filière, avec le Plan de Michel Barnier, nous allons concrétiser la réussite de la filière bio en France. L’agriculture biologique fait partie intégrante de l’agriculture française, elle est dans des niches de qualité. Elle ne doit pas se marginaliser ».


Que s’est-il passé lors de la table ronde finale à propos de la certification des exploitations ? Ce point a-t-il tout simplement disparu ?

« La certification est renvoyée aux Assises de l’agriculture qui ont débuté dans le cadre du CSO. La décision n’est pas tranchée au niveau de la FNSEA. On se pose plusieurs questions. La Haute valeur environnementale (HVE) fera-t-elle partie de cette certification ? Si oui, quid de l’éco-conditionnalité et des réglementations communautaires déjà existantes ? Se surajoutera-t-elle aux précédentes ? De plus, si il y a certification, qui détiendra le cahier des charges et son contrôle ? Enfin, si on entre dans cette démarche qualitative, quel est le bonus ? Aura-t-on une carotte fiscale par exemple ? Nous préférons réfléchir avant de parler. La FNSEA se prononcera sur ce point au début de l’hiver ».


Comment jugez-vous la création de la taxe carbone annoncée par le Président de la République ?

« Tout a été porté par Nicolas Hulot. D’ailleurs, et je le dis sur le ton de l’amusement, nous n’avons jamais vu Nicolas Hulot dans les groupes de travail. Il n’a été là que lors des conclusions du Grenelle sont acte. La taxe carbone va se faire à fiscalité constante, a promis Nicolas Sarkozy. Mais la FNSEA reste prudente. Par ailleurs, en milieu rural, les particuliers seront toujours obligés de prendre leur voiture pour aller travailler, car un certain nombre de territoires ruraux sont encore enclavés.

Nous appelons de nos vœux toute incitation fiscale pour réduire les émissions de gaz à effet de serre ».


Les annonces faites sur les biocarburants sont-elles à la hauteur de vos espérances ?

« On se félicite de l’encouragement du Président de la République qui confirme les engagements de l’Etat dans les plans Raffarin et Villepin, et qui souhaite que la recherche se tourne rapidement vers les biocarburants de deuxième génération. Mais je veux ajouter une chose. Les biocarburants produits depuis deux ans n’ont pas réduit la proportion de céréales à destination de l’alimentation humaine et animale. Ces productions se sont faites principalement sur des terres auparavant en jachère ».


Et les paysages ?

Les Grands sites s’étonnent que le paysage soit si peu présent dans les conclusions du Grenelle de l’environnement. « Nos paysages sont fragiles et soumis à de multiples pressions, foncières agricoles, économiques, touristiques ; ils constituent notre cadre de vie et souvent notre premier contact avec la nature. Leur évolution, leur préservation ou leur destruction, reflet de la qualité du dialogue et des relations humaines dans une collectivité qui se met d’accord sur un projet de vie, ne peut laisser personne indifférent », lance à l’adresse des Pouvoirs publics Gérard Voisin, le président du Réseau des Grands sites et député de Saône-et-Loire.


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