Tous écolos ? Le traditionnel clivage politique selon lequel la gauche se préoccupe davantage des questions d’environnement que la droite a peut-être volé en éclat ce jeudi 25 octobre. Clôturant son « Grenelle de l’environnement » par un discours très volontariste, Nicolas Sarkozy a réussi le tour de force de recueillir la satisfaction – certes partielle mais néanmoins réelle – des organisations écologistes sur nombre de dossiers. L’agriculture en fait partie.
A la satisfaction des associations environnementales, le chef de l’Etat s’est déclaré prudent, sinon critique, sur trois sujets emblématiques : les OGM, les produits phytosanitaires et les biocarburants.
Ainsi, il y aura bien en France un gel des cultures de maïs transgénique dans l’attente d’une expertise et du vote d’une future loi. En outre, Michel Barnier se voit confier la mission de préparer un plan pour « réduire de 50 % l’usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les 10 ans qui viennent ». Quant aux biocarburants, c’est sur la seconde génération que la priorité est affichée. Faisant contre mauvaise fortune bon cœur, les organisations agricoles majoritaires restent optimistes et volontaristes dans leurs réactions. Le monde des grandes cultures, pour sa part, ne cache pas son inquiétude.
En clôture du Grenelle de l’environnement le 25 octobre, prenant la parole après Al Gore, le tout nouveau Prix Nobel de la Paix, et José Manuel Barroso, le président de la Commission européenne, le président français a, de fait, livré un discours programme très offensif. « Notre ambition n’est pas d’être aussi médiocre que les autres ou d’être dans la moyenne. La volonté de la France est d’être exemplaire », a-t-il lancé.
Volontariste sur la politique des transports, Nicolas Sarkozy le fut tout autant sur les dossiers agricoles. « Nous avons une nouvelle ambition pour une agriculture plus durable. Et cela ne peut passer par l’épuisement des sols ou l’utilisation croissante de produits chimiques dangereux. Ce message, je le porterai dès le début de la présidence française de l’Union européenne, c’est-à-dire au second semestre 2008, à l’occasion d’un grand débat d’orientation sur les principes fondateurs de la Pac de 2013 » a-t-il affirmé.
Sceptique et prudent, voilà comment peut se résumer l’état d’esprit du chef de l’Etat sur ces trois sujets.
« Des doutes sur les OGM pesticides »
Les OGM tout d’abord. Il y aura bien un gel des cultures de maïs OGM.
« Dans le respect du principe de précaution, je souhaite que la culture commerciale des OGM pesticides soit suspendue », a lâché le président de la République. « La vérité est que nous avons des doutes sur l’intérêt actuel des OGM pesticides ; la vérité est que nous avons des doutes sur le contrôle de la dissémintation des OGM ; la vérité est que nous avons des doutes sur les bénéfices sanitaires et environnementaux des OGM », a-t-il martelé. Une première à ce niveau de l’Etat. De plus, et à la grande surprise des défenseurs des OGM, le chef de l’Etat ne conditionne plus la levée du gel de la culture commerciale des maïs transgéniques au seul vote de la future loi, mais également aux conclusions d’une expertise « à conduire par une nouvelle instance qui sera créée avant la fin de l’année ».
Une référence à la Haute autorité promise par Jean-Louis Borloo. Quid du calendrier du futur projet de loi ? Sans s’engager sur le champ d’application du futur texte (loi sur les OGM agricoles et/ou sur les biotechnologies au sens large), Nicolas Sarkozy s’engage à transposer « au printemps 2008 la directive OGM ». Les principes de transparence, de droit à cultiver avec ou sans OGM, et d’obligation de prouver l’intérêt sanitaire et environnemental des OGM seront inscrits dans le projet de loi de transposition, a-t-il assuré. Un énoncé qui fait écho à deux autres principes invoqués par le chef de l’Etat : le droit à la transparence totale des informations environnementales et de l’expertise et le renversement de la charge de la preuve.
« Ce ne sera plus aux solutions écologiques de prouver leur intérêt, mais ce sera aux projets non écologiques de prouver qu’il n’était pas possible de faire autrement ».
Un objectif : la réduction des pesticides
Soucieux toutefois de ne pas fermer la porte à la recherche et aux développements futurs en matière de biotechnologie, Nicolas Sarkozy ajoute que
« cette suspension de la culture commerciale des OGM pesticides ne signifie pas que nous devons condamner tous les OGM, et notamment les OGM d’avenir ». « Nous devons accélérer la recherche » et « sanctionner ceux qui détruisent les parcelles de recherche », a-t-il conclu. Autre dossier sensible, celui des phytosanitaires. Et là encore, c’est avec une défiance certaine que le chef de l’Etat s’est exprimé. « Il est grand temps de prendre au sérieux l’usage croissant de produits pesticides, dont les agriculteurs sont les premières victimes », a-t-il souligné. On notera qu’à aucun moment, Nicolas Sarkozy ne fera sienne la sémantique de l’industrie agro-chimique qui prend toujours soin de parler des « produits phytosanitaires » ou des « médicaments des plantes ». De même, le terme « OGM pesticides », cité plus haut, se retrouve dans les discours des écologistes. Pesant ses mots, le chef de l’Etat annonce qu’il demande au ministre de l’Agriculture Michel Barnier de lui proposer « avant un an, un plan pour réduire de 50 % l’usage des pesticides, dont la dangerosité est connue, si possible dans les 10 ans qui viennent ».
Au final, l’orientation retenue par Nicolas Sarkozy n’est pas la copie conforme du texte validé le matin même lors de la table ronde. Le délai de « 10 ans » réapparaît dans le discours du président, assorti d’un certain nombre de conditions Très offensif sur les pollutions, en particulier dans la première partie de son discours, Nicolas Sarkozy explique qu’il souhaite « rouvrir le débat de la responsabilité. Nous ferons sauter, avec l’Europe, les barrières juridiques pour aller chercher les pollueurs là où ils se trouvent ».
Le bio à la cantine
Sujet phare lors des groupes de travail, l’agriculture biologique aura quant à elle tenu finalement peu de place dans le discours présidentiel. Quelques lignes, et pas d’évocation d’objectif chiffré en termes d’évolution de la surface agricole utile (SAU). « Je m’engage à ce que dans un premier temps, toutes les cantines publiques proposent au moins une fois par semaine un repas issu de l’agriculture biologique. C’est un minimum. On fixera avec le Premier ministre des objectifs beaucoup plus importants dans les mois à venir », a-t-il précisé. Le chef de l’Etat s’est également engagé à ce que les cahiers des charges de la restauration collective imposent des produits labellisés ou issus d’exploitations certifiées. Et d’ajouter : « J’engage naturellement les régions à faire de même ». Les propos s’arrêteront là. C’est aussi en évoquant le bio que le chef de l’Etat a voulu « développer une agriculture et une pêche de haute qualité environnementale ».
Sur les dossiers agricoles, on notera enfin la volonté de Nicolas Sarkozy d’engager un programme national de lutte contre l’artificialisation des sols, soulignant qu’il est temps que les documents d’urbanisme et de planification respectent le principe du maintien de la biodiversité, y compris en permettant des mesures de compensation. Aucun calendrier et aucune mesure de mise en œuvre ne sont cependant avancés. Le « cap » étant désormais fixé, le faramineux travail de mise en œuvre va pouvoir être lancé. Le monde agricole et ses représentants savent qu’ils ont un rôle important à y jouer. Très actif pendant ces quatre derniers mois, le lobby agricole n’a pas l’intention de désarmer. Tout reste à écrire. Tout recommence.
Les biocarburants dans le collimateur
Troisième dossier : les biocarburants. Pour les défenseurs des carburants végétaux, là aussi, c’est la douche froide.
Le président de la République tranche : « Nous devons revoir la politique de soutien aux biocarburants pour l’avenir et sans remettre en cause les engagements pris. Je souhaite que la priorité soit donnée au développement des biocarburants de deuxième génération plus pertinents face au défi environnemental et alimentaire ». Pour les professionnels du secteur, l’inquiétude est de mise.
Sur le dossier plus général des énergies renouvelables, le chef de l’Etat déclare vouloir faire de la France le leader des énergies renouvelables, « au-delà de l’objectif européen de 20 % de notre consommation en 2020 ». « Nous ferons des éoliennes prioritairement sur les friches industrielles, et loin des sites emblématiques », a-t-il ajouté.
Marie de l’Estoile, la présidente de la fédération des coopératives forestières (UCFF), déplorera d’ailleurs à l’issue du discours que le terme « forêt » n’ait jamais été prononcé par le chef de l’Etat. Seule la « biomasse » fut citée, sans plus de précision. Il est à noter que le Gouvernement engagera avec Michel Barnier un grand plan pour l’autonomie énergétique des exploitations agricoles.
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