Le Jura Agricole et Rural
Une page d'histoire qui se tourne
Production betteravière
Jura agricole et rural
Publié le:  08 novembre 2007
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Des rendements de 100 tonnes de betteraves à l’hectare en moyenne

Avec la disparition de la betterave dans le Jura, une page se tourne dans la vie de nombreuses familles de planteurs.

Nous sommes écœurés, amers...» Certains arrivent à mettre des mots sur ce qui leur arrive. D’autres cachent leur émotion, conscients de vivre les dernières heures d’une production qui a rythmé le travail de plusieurs générations. Les planteurs ont reçu l’annonce de la fermeture de la sucrerie d’Aiserey comme un coup sur la tête. Chez les Seguin à Saint-Aubin, trois générations se donnent encore la main pour les périodes de gros travaux, l’arrachage des betteraves en fait partie. Michel, 79 ans, Claude 48 ans et Édouard, 21 ans.

Pour les plus anciens et aussi loin qu’ils s’en souviennent, la betterave a toujours été cultivée dans le Jura. La sucrerie d’Aiserey n'a «que» 150 ans. «Avant Aiserey, les planteurs livraient à Brazey ou à Mirebeau, amenant leur chargement en gare», explique Michel Seguin.

Debout près d’un impressionnant silo, il empoigne une betterave et pose pour un cliché souvenir. Beaucoup de familles ont sorti les appareils photos ce dernier week-end d’octobre. Les arracheuses ont fait leur travail, une dernière fois, crachant des tonnes de racines dans les bennes. Triste ironie du sort. Tous les record de rendement seront battus cette année, et on ferme l’usine.

Le mérite des anciens

Tout ce travail, à la main, pour démarier, biner, arracher, effeuiller, mettre en tas, charger...«Un travail qui se faisait en famille, en entraide. Certains embauchaient des ouvriers qui venaient d’Espagne ou d’Italie», se souvient Michel Seguin. La technique a peu à peu modifié la culture avec l’arrivée des semis en place, la maîtrise du désherbage et l’augmentation des rendements. Entre 1970 et 1980, beaucoup d’agriculteurs ont abandonné la betterave, moins rentable que d’autres cultures comme le tournesol. Sans compter les champs massacrés par le matériel...L’usage des pneus basse pression est arrivé plus tard.

En 1989, la fermeture de la sucrerie de Mirebeau a entraîné de nombreux arrêts de production en Côte-d’Or. «Les anciens ont eu le mérite de continuer à produire de la betterave pour maintenir l’usine d’Aiserey», souligne Claude Seguin. La même année, des agriculteurs de Saint-Aubin et Tavaux investissent dans une arracheuse automotrice qui réalise toutes les opérations de récolte. Là où, pour un chantier en décomposé, il fallait être cinq pendant une semaine à raison de deux ou trois hectares par jour, aujourd’hui un conducteur et deux bennes suffisent. L’arrachage est surtout plus rapide, jusqu’à 10 hectares par jour.

Un potentiel bien valorisé

Les rendements sont réguliers, entre 70 et 90 tonnes et les ressources en eau ont permis de mettre en place l’irrigation sur toute les parcelles de betteraves de l’exploitation depuis 1970. Claude Seguin plante une douzaine d’hectares de betteraves par an pour produire ses 600 tonnes de quota auxquels s’ajoutent 300 à 400 tonnes de C. «De nombreux producteurs ont fait le choix d’implanter du quota C pour assurer un tonnage suffisant à la sucrerie. Des efforts récompensés en partie en 2006 par l’octroi d’un quota additionnel», explique l’agriculteur. Le rachat des147 000 tonnes de quotas betterave supplémentaires par les planteurs devaient servir à conforter l’usine excentrée. Faux espoirs. Le nouveau plan de retructuration décidé au niveau européen incite les groupes sucriers à faire des coupes sombres. Pour Claude Seguin, la pilule est dure à avaler. «On a vraiment l’impression d’être sacrifés», lance le planteur qui est également deuxième vice-président du syndicat betteravier.

Des conséquences

La disparition de la betterave dans le Jura aura des conséquences pour les exploitations betteravières qui consacrent 10% de leur surface en moyenne à cette culture. La betterave entre dans les rotations, elle est non salissante et valorise parfaitement les terres lourdes. Sans oublier les aspects humains. «Nous sommes neuf planteurs en Cuma qui travaillons ensemble. Socialement, c’est très important», remarque Claude Seguin. Son fils Édouard résume la situation : «la betterave était une culture régulière, avec un prix garanti. L’assolement va se reporter sur du blé, de l’orge, du maïs, qui occuperont près de 80% de la surface...Or quand le prix d’une céréale baisse, toutes les céréales baissent en même temps. L’équilibre de l’exploitation sera certainement fragilisé.»


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