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Gérard Rodange : « la tendance s’oriente vers des marchés plus porteurs » |
Elu depuis le 19 octobre président de la fédération régionale des coopératives laitières du Sud-Est, Gérard Rodange (Loire) évoque la conjoncture actuelle dans cette production.
Les unités de transformation soulignent un manque de lait. Quel regard portez-vous sur ce constat ?
« Il est vrai que l’approvisionnement en lait n’est pas celui que l’on souhaite en cette seconde partie de campagne. L’origine de cette « pénurie » se trouve dans la réduction de production imposée aux producteurs pendant deux années consécutives et à l’augmentation de quotas de deux fois 0,5 % en 2006 et 2007. Cela fausse la donne. Nous nous retrouvons en sous réalisation de 2,5 %, soit plusieurs millions de litres en France. Ces litres nous manquent pour fabriquer et demandent des arbitrages dommageables. Au niveau européen, le constat est le même : ça flambe de partout ».
Cette politique était-elle la bonne ?
« Avec les éléments dont nous disposions à l’époque, il fallait faire cela. Chaque litre de lait supplémentaire faisait perdre de l’argent. La vraie question est : avons-nous relâché assez tôt ? Cela nous enseigne que le risque majeur, aujourd’hui et encore plus demain, pour les producteurs, est d’être obligés de se plier à de plus en plus de flexibilité, sans avoir les garanties du passé ».
L’accord interprofessionnel sur les prix est-il toujours d’actualité ?
« Dans cet accord, le mode de fixation du prix du lait permet de mesurer tous les paramètres. Je ne suis pas convaincu que l’interprofession ait intérêt à aller trop loin dans la logique de marché « offre et demande ». Les produits agricoles ne sont pas des produits industriels et ils ont peu d’élasticité. De plus, la variation du niveau de l’offre est faible ».
La grande distribution acceptera-t-elle les hausses de prix inévitables ?
« Les discussions avancent et il est nécessaire que nos commerciaux arrivent à convaincre les acheteurs. Mais une hausse du prix au producteur n’est pas le seul élément. Il y a de la marge à rechercher auprès des GMS ».
Revenons au manque de lait. Cette situation durera-t-elle longtemps selon vous ?
« Je ne le pense pas car les producteurs vont trouver les moyens pour se mettre en phase avec la demande. Mais il y a des inconnues, à l’image des facteurs conjoncturels, le climat, et surtout structurel avec, par exemple, la Chine. Cela dit, la tendance s’oriente vers des marchés plus porteurs que par le passé ».
La coopération, comme le privé, se restructure. Quelle est votre analyse ?
« Il y a des restructurations au sein de la filière, notamment sur le beurre et la poudre. Cela doit permettre, à terme, plus d’efficience. Quant aux fusions coopération – privé, dans tous les secteurs d’activité, on voit apparaître des spécialisations par métier. La coopération, comme le privé, doit se donner les moyens de pérenniser les structures et mettre en valeur les atouts régionaux ».
Il est difficile de parler de production laitière sans évoquer l’après quota. Comment la coopération se prépare-t-elle ?
« L’après quota c’est 2015. Ce n’est pas si loin. Nous n’avons pas le droit d’attendre l’échéance sans rien faire. Il faut que la filière travaille à une évolution liée à la sortie de quota pour s’apporter les garanties perdues par la baisse des soutiens et par une gestion libérale. La coopération a un devoir de réflexion, surtout dans les régions comme la nôtre où il y a des handicaps réels. Cette réflexion doit nous permettre de rebondir et de rechercher des sources nouvelles de valeur ajoutée. Nous avons des handicaps, certes, mais nous avons aussi de multiples atouts que nous devons transformer en potentiel de valeur ajoutée ».
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