La journée interprofessionnelle porcine aura lieu le 28 novembre prochain à Saône. Cette année, le thème technique abordé sera celui du « Paquet hygiène », et du guide des bonnes pratique : le point sur ce dossier avec Manuel Courtoy, secrétaire général du GDS de Haute-Saône, qui interviendra à la table ronde.
Manuel Courtoy est éleveur à Ehuns en Haute-Saône, au sein d’un Gaec familial tourné vers la vente directe. Il est responsable du dossier porcin à la FRGDS, et interviendra à ce titre lors de la journée régionale porcine du 28 novembre prochain. « Nous avons une centaine de vaches allaitantes, 2 500 volailles fermières et environ 140 truies en production. L’objectif est de tout valoriser en vente directe », précise-t-il. A côté de la porcherie, un l’atelier de découpe et un magasin de vente permettent de transformer les produits viande de l’exploitation et de les écouler.
Ce circuit court a conduit les éleveurs à prendre en compte très tôt les « contraintes » du paquet hygiène. « Avec les visites de la ferme que nous organisons régulièrement, nous sommes habitués à expliquer notre métier : pourquoi on coupe les queues, on meule les dents, on entrave les truies, avec quoi on nourrit les porcs… La traçabilité est un outil de travail, qui nous permet de remonter très vite à la source quand nous constatons un problème en transformation ou à la vente, par exemple sur la tenue de la viande. Toutes les céréales que nous distribuons aux truies et aux porcs à l’engrais, produites sur l’exploitation ou achetées chez nos voisins, sont analysées pour connaître le taux de protéines et la présence éventuelle de mycotoxines. En production porcine, les réactions sont très rapides : les mycotoxines ont une influence sur les performances de reproduction ainsi que sur la qualité de la viande. Comme nous sommes en TCS pour les grandes cultures, ce qui est un facteur de risque pour les mycotoxines, nous sommes très vigilants sur la fusariose, et traitons systématiquement. »
Bons de livraison
Côté achats extérieurs, minéraux et tourteau de soja, les bons de livraisons porteurs des informations indispensables à la traçabilité sont archivés. Les achats d’animaux sont limités à quelques reproducteurs par an. « Notre démarche c’est d’être autonomes au maximum, assure Manuel Courtoy. Pour la reproduction, nous avons notre propre schéma, adapté à nos besoins, ce qui fait que nous achetons à l’extérieur un verrat et deux à quatre truies grand-parentales chaque année. Avec la quarantaine, cela permet de limiter aussi les risques d’introduction de maladies. »
Les porcs charcutiers ne reçoivent pas d’aliments médicamenteux – sauf en cas de grave problème sanitaire – et sont abattus à l’âge de six mois. Le vétérinaire effectue une visite annuelle de l’élevage pour la prescription de médicaments, essentiellement des vaccins destinés aux truies. « Il y a quelques vaccins incontournables en production porcine. Mais par rapport à la vente directe, on ne peut pas travailler en préventif avec des aliments médicamenteux, c’est une demande de nos clients. » Les médicaments sont conservés dans un local de stockage spécifique, et les flacons et autres DASRI (déchets sanitaires à risques infectieux) déposés dans un conteneur dédié. Ce conteneur, qui a bénéficié d’une aide financière de Bévifranc, est collecté deux fois par an par une entreprise spécialisée.
Bien que serein sur la mise en place du paquet hygiène sur l’exploitation, Manuel Courtoy regrette l’esprit dans lequel ces contraintes ont été établies : « Ce qui me gêne, c’est de devoir faire en permanence la démonstration que je fais bien mon travail. Dans ce système, les éleveurs sont présumés coupables… c’est un peu lourd pour le moral, d’autant plus qu’il y a eu d’énormes efforts de faits dans la profession en matière de traçabilité. On a l’impression qu’aujourd’hui on cherche à nous coincer pour nous retirer des aides. Le problème de la castration, qui faisait souci à beaucoup d’éleveurs, a été résolu puisqu’on a le droit de castrer jusqu’à sept jours. Mais on nous annonce qu’il faudra bientôt renoncer aux entraves pour les truies. C’est le retour à ce qui se faisait il y a vingt ans, avec toutes les conséquences que ça a sur le temps de travail, et le revenu. Le bien-être animal a un coût, et il faut se poser la question des répercussions sur le prix de la viande au consommateur. »
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