Dans le cadre d’un partenariat Bourgogne Franche-Comté, les chambres d’agriculture, Arvalis, le Cetiom, l’ITB, la FRCuma Bourgogne, les lycées agricoles, les SRPV, les Fredon et l’Inra travaillent conjointement à la recherche de solutions de désherbage mécanique et mixte.
Engagé à l’automne 2006, le programme interrégional « Désherbage alternatif des cultures et systèmes de culture » a pour objectif d’évaluer la faisabilité des techniques de désherbage mécanique et mixte (en comparaison du désherbage chimique classique) : efficacité sur les mauvaises herbes, sélectivité sur les cultures, coût d’utilisation, au niveau annuel et également en pluriannuel à l’échelle du système de culture.
Un réseau de 19 parcelles en 2006-07 et de 26 parcelles à l’horizon de la campagne 2007-08 vise à tester ces techniques sur les cultures de blé, orge d’hiver et de printemps, maïs, colza et tournesol.
Les résultats présentés ci-dessous sont issus de sept sites d’expérimentation : pour le blé, Ampilly-le-sec (21), Fenay (21), Aignay-le-Duc (21), Lycée agricole de Dijon-Quétigny (21), Lycée de Vesoul (70) ; pour l’orge de printemps, Courgenay (89).
Efficacité et sélectivité des différents outils
• La herse étrille
Son efficacité pour maîtriser les mauvaises herbes présentes dans les parcelles de céréales varie suivant les conditions d’intervention, le type de flore présente, le stade des cultures et des adventices.
Il est déterminant d’intervenir sur des adventices aux stades jeunes, notamment pour les graminées telles que le vulpin. De ce fait, les passages d’automne ont présenté en tendance de meilleures efficacités par rapport aux passages de printemps. Les vulpins ont été correctement maîtrisés lorsque l’intervention a eu lieu sur des vulpins aux stades 1-2 feuilles. Au-delà, la maîtrise est moindre et plus aléatoire. Il apparaît à ce stade des expérimentations que les passages de herse étrille au printemps pourraient être envisagés comme complémentaires d’un désherbage chimique d’automne (pratique à tester aux champs).
Pour assurer un bon niveau d’efficacité, la herse étrille doit être appliquée sur un sol sec et bien nivelé. Il est nécessaire d’avoir quelques jours sans pluie après le passage, afin de permettre la dessiccation des adventices arrachées.
Les passages successifs peuvent permettre d’améliorer l’efficacité du désherbage. Sur le site d’Aignay-le-Duc, on observe une efficacité sur vulpins de 72 % après 2 passages de herse, 89 % après 3 passages et 91 % après 4 passages, et ce sur une infestation initiale élevée de près d’environ 260 vulpins/m2.
La pratique du roulage post semis testé sur le site d’Aignay-le-Duc s’est traduite dans les conditions d’expérimentation par une moins bonne efficacité de la herse étrille sur vulpins et une efficacité identique sur dicotylédones. Le roulage a en effet probablement favorisé un meilleur enracinement du blé et des vulpins, qui a eu pour effet de limiter l’efficacité de l’étrillage. En conditions de sol non roulé, la pénétration des dents de la herse étrille est facilitée : l’efficacité de l’outil est ainsi meilleure.
La sélectivité de la herse étrille est souvent inversement proportionnelle à son efficacité. Plus le réglage des dents est agressif, meilleure est l’efficacité, mais ceci au détriment de la sélectivité. D’autre part, les passages très précoces (avant le stade 2 feuilles du blé) sont d’une sélectivité limitée et à réaliser à vitesse très faible. Mais, ces passages très précoces ont l’avantage de permettre des interventions sur adventices jeunes. Toutefois, dans les situations testées, la sélectivité vis-à-vis du blé est restée relativement bonne : de 0 % à 14 % de perte de pieds. Les pertes peuvent être compensées par une densité de semis légèrement majorée. L’expérimentation de la herse étrille sur une orge de printemps à Courgenay montre qu’un passage en biais par rapport aux lignes de semis a permis d’atteindre une sélectivité proche de 100 %. On évite ainsi des pertes de pieds sur la ligne de semis.
Enfin, l’utilisation d’un semoir avec une roue plombeuse permettant un rappui sur la ligne de semis semble être un bon moyen pour limiter les pertes de pieds par arrachage.
• La houe rotative
La houe rotative est composée de roues étoilées avec à l’extrémité des dents en forme de cuillère. Cet outil doit être utilisé sur des adventices jeunes (moins de 2 feuilles des dicotylédones, de 3 à 4 feuilles des graminées). Les références actuelles montrent une efficacité (adventices jeunes, intervention sur sol sec, …) et une sélectivité pour la houe rotative proches de celles d’une herse étrille.
• La bineuse
Le binage d’automne sur céréales est une pratique peu courante. Sur le site d’expérimentation d’Ampilly-le-Sec, il présente un niveau de désherbage comparable à un désherbage chimique à base d’urées substituées (de type iso). L’efficacité du binage à l’automne est meilleure sur les dicotylédones que sur les vulpins. Ceci se traduit sur blé par des efficacités de 67 % sur vulpins et 76 % en moyenne sur les dicotylédones (géranium et anthrisque essentiellement) ; le niveau d’infestation moyen était de 70 vulpins/m2 et 37 dicotylédones/m2. Un rattrapage chimique au printemps permet de compléter l’efficacité de l’intervention mécanique d’automne, notamment sur le rang ; ce rattrapage s’avère également nécessaire sur le témoin désherbé chimiquement.
La sélectivité de la bineuse constatée dans les conditions d’essai d’Ampilly-le-Sec est de 8 % de perte de pieds, et ce sans avoir modifié l’écartement du semis du blé (interrang de 17,5 cm). Toutefois, ce léger défaut de sélectivité est compensé par un tallage plus élevé.
Ces premiers résultats seront complétés et actualisés au regard des expérimentations réalisées au cours de la campagne 2007-08. Les expérimentations menées en pluriannuel sur les mêmes parcelles, permettront de suivre l’évolution du salissement par rapport à l’état initial. Actuellement, le désherbage mécanique des céréales à paille apparaît comme un des leviers possibles de la gestion des adventices. Pour de bons résultats, il faut le combiner à d’autres techniques agronomiques indispensables (réalisation de faux semis, gestion de la flore adventice à l’échelle de la rotation, …) et le raisonner en complément d’interventions chimiques le cas échéant, afin d’obtenir de bonnes efficacités tout en réduisant la dose de produit phytosanitaire utilisé.
À noter : le Guide pratique des techniques alternatives de désherbage de Franche-Comté vient de paraître. Il rassemble de manière synthétique les connaissances en matière de désherbage mécanique (caractéristiques et réglages des matériels, conditions d’utilisation sur les cultures). Il est disponible sur simple demande auprès du lycée agricole de Vesoul ou sur le site internet www.epl.vesoul.educagri.fr
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