Le Jura Agricole et Rural
«La souveraineté alimentaire est le vrai sujet»
Jean-Michel Lemétayer
Jura agricole et rural
Publié le:  28 novembre 2007
Page 8 

Le bilan de santé de la Pac prévoit des « aménagements » profonds de la Pac dès 2009 afin de la rendre plus efficace. Le président de la FNSEA ne partage pas les remèdes préconisés par Bruxelles. Le débat est ouvert désormais entre les États membres et la Commission européenne. Jean-Michel Lemétayer revient aussi sur sa position en matière d’OGM.


Comment réagissez-vous au bilan de santé de la Pac communiqué par la Commission ?

« La ligne directrice de la Commission européenne ne me va pas. Nous partageons ses constats mais pas ses conclusions. Elle veut livrer l’agriculture au libre marché. Tout miser sur le développement rural n’est pas non plus une solution pour l’avenir du secteur agricole européen. Mais ce qui me chagrine le plus, c’est l’abandon des mécanismes de gestion de l’offre et de régulation des marchés. Nous sommes dans un contexte de grande volatilité des prix. Que fera-t-on désormais en cas de crises ? Pour autant j’accepte que le débat soit engagé sur l’avenir de la politique agricole de l’Europe.

Nous allons travailler pour trouver des solutions d’avenir et les positions finales de la FNSEA sur le bilan de santé de la Pac seront connues lors de notre prochain congrès, à Nantes, en avril prochain. J’en fais un rendez-vous très important ».


Quels points abordés dans ce bilan jugez-vous sensibles pour les agriculteurs français ?

« Le débat sur le taux de modulation obligatoire est extrêmement sensible. Mais il pose deux questions : quid du niveau du taux de modulation et à quoi serviraient effectivement les crédits supplémentaires transférés du premier au second pilier ? C’est la question. De même, l’avenir de la politique laitière est un sujet primordial pour un pays comme le nôtre. Enfin, autre sujet très sensible dans ce débat, le découplage total des aides… L’agriculture appelle une grande politique économique et nous voulons une politique agricole ambitieuse fondée sur des produits de qualité et le respect de l’environnement. Il faut fixer des objectifs, puis un budget… et non pas considérer un budget et faire une politique…»


Qu’attendez-vous du débat que vient d’ouvrir Bruxelles ?

« Au-delà du bilan de santé, le vrai sujet est quel objectif principal assigner à notre agriculture européenne. Est-ce qu’on compte réellement sur notre agriculture pour assurer la souveraineté alimentaire ? Au-delà du débat technique, il doit y avoir un débat sur le fond comme celui qui fut entrepris par les pères fondateurs de l’Europe, il y a 50 ans. De fait, si les chefs d’Etat et de gouvernement dégagent des orientations claires, je suis prêt à saisir le bilan de santé pour donner des inflexions qui tendent à renforcer le principe de la souveraineté alimentaire. L’agriculture doit être considérée comme un grand secteur économique, social et territorial, je n’en démordrai jamais.»


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