Tandis que Bruxelles opte pour des outils de régulation quasi réduits à zéro, la plupart des syndicats, de même que le ministre de l’Agriculture, sont venus plaider pour une capacité de l’UE à lutter contre les crises et maintenir les équilibres de marchés agricoles. L’enjeu : le sort d’outils tels que les quotas, la jachère, l’intervention. C’est en quelque sorte le principe même de la Pac telle qu’elle a été conçue dans les années soixante qui est en jeu.
Le document de travail, en forme de feuille de route pour les discussions du « Bilan de santé » de la Pac prévoit de torpiller la quasi-totalité de ces instruments, laissant le marché s’équilibrer lui-même. Déjà, la position de la Commission sur la réforme viticole (suppression des droits de plantation) allait dans le sens de cette libéralisation. Là, c’est toute la Pac qui est concernée dans ce qu’elle a de plus essentiel, avec des instruments conçus dès les années soixante.
Situation tentante
« On ne peut pas laisser les agriculteurs seuls, livrés au marché », explique Jean- Michel Lemétayer, président de la FNSEA. Évidemment, la situation actuelle est tentante pour la Commission : les prix sont élevés, les stocks sont réduits à zéro, les revenus devraient être corrects pour une majorité d’agriculteurs. Mais demain, la situation peut s’inverser. « De quel outil se dote-t-on pour agir quand ça va mal ? », interroge le leader syndical.
Une demande d’autant plus pressante que les agriculteurs européens savent que les Américains, eux, ne sont pas prêts d’abandonner leurs aides contra-cycliques. La FNSEA compte donc faire le forcing pour que les quotas, la jachère et l’intervention soient maintenus dans l’arsenal communautaire.
La position du ministre de l’Agriculture Michel Barnier, exprimée dans une interview au quotidien le Figaro du 21 novembre, a de quoi conforter celle du premier syndicat agricole. Selon le ministre, « il faut que l’agriculture trouve une forme de stabilité prenant davantage en compte les risques sanitaires, les aléas climatiques et la volatilité des marchés ».
Les aides, il « faut certes les redéployer mais pas uniquement en faveur des questions environnementales ».
Elles doivent « être mises au profit d’une activité de production dans les territoires ». Certes, poursuit Michel Barnier, « certaines productions se rémunèrent plus facilement que d’autre par les prix, c’est le cas des grandes cultures. Celles-ci ont moins besoin d’aides, affirme le ministre. Ces subventions peuvent être redéployées en faveur de filières plus fragilisées comme l’élevage », précise-t-il.
Le recours au seul marché est condamné
L’ensemble des organisations agricoles, aussitôt connu la feuille de route de Bruxelles, se sont prononcées dans le même sens : le recours au seul marché est condamné par tous. Pour les chambres d’agriculture, le projet de Bruxelles « consacre pour l’essentiel la poursuite de la logique de libéralisation des marchés et de dérégulation engagée lors des dernières réformes ». À l’époque, la production était excédentaire et les prix bas, constatent les chambres alors qu’aujourd’hui le contexte a radicalement changé, « la volatilité des marchés est extrême et la question de la sécurité alimentaire mondiale est clairement posée ». La production doit donc être encouragée et sécurisée, y compris dans les zones difficiles. C’est dans cet esprit que les chambres d’agriculture feront des propositions « afin de sécuriser les approvisionnements, de relever le défi de l’agriculture durable et d’assurer un coût raisonnable pour les consommateurs ». Ces propositions pourraient être formellement présentées début 2008, selon le président de l’APCA Luc Guyau.
« En supprimant la jachère, en supprimant ou en diminuant l’intervention pour certaines céréales sans substitution, constatent à leur tour les Jeunes agriculteurs, la Commission ignore l’indispensable régulation des marchés aussi bien en termes de prix, que de volumes tout comme son financement ».
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