Le Jura Agricole et Rural
Pour que les papiers ne soient plus qu'une formalité
Gestion administrative des exploitations agricoles
Jura agricole et rural
Publié le:  28 novembre 2007
Page 11 

Jacques Calland : « Avec l’aide d’une secrétaire, je ne me sens pas pour autant déposséder de la direction de mon exploitation," précise-t-il. "Bien au contraire, j’ai l’impression de m’y consacrer pleinement, l’esprit libre.»

Éleveur depuis trente ans à Chisséria dans le sud du Jura, Jacques Calland a embauché, voilà deux ans, une secrétaire qui s’occupe des papiers du Gaec. Déchargé de bon nombre de soucis, il dispose de beaucoup plus de temps pour son exploitation et sa vie personnelle.

Employer un salarié qui se chargerait des papiers est une idée qui me trottait dans la tête ces dernières années », avoue Jacques Calland, agriculteur à Chisséria dans le Jura. Au cours des trente ans passés, c’est lui qui a pris en charge la paperasse du Gaec. « Cela me plaisait, » confesse-t-il. » Ce travail administratif, je l’ai toujours effectué dans la journée, mon frère acceptant que j’y consacre du temps. » Depuis dix ans environs, Jacques Calland trouve la tâche de plus en plus lourde. C’est la raison pour laquelle, il a décidé voilà deux ans d’embaucher une secrétaire pour la tenue des “papiers” de l’exploitation.

Autodidacte et visionnaire

« Lorsque j’ai repris l’exploitation, mon père m’a fait comprendre que je m’occuperais tout seul des papiers. » Le jeune Jacques a alors entrepris une formation en comptabilité. « Je voulais savoir où j’allais comprenant qu’une bonne tenue de la comptabilité, comme de la gestion étaient indispensables », déclare Jacques Calland. Très vite, il voit la nécessiter de s’aménager un bureau sur l’exploitation. Visionnaire, il comprend dans les années quatre-vingt, que l’informatique est une chance et suit une formation. En 1990, il fait l’acquisition d’un ordinateur. Depuis, il s’est équipé de logiciels spécifiques à l’élevage, à la gestion parcellaire de l’exploitation et à la comptabilité. Les notifications animales sont réalisées par Internet grâce auquel il dispose de toute la généalogie et la production des animaux. Les interventions culturales sont renseignées sur un logiciel spécifique.

Une professionnelle plus efficace qu’un autodidacte

Une fois son projet d’embauche mûri, Jacques Calland est allé le soumettre à DESFI (association de Développement de l’emploi salarié et de la formation pour l’insertion professionnelle en agriculture). Il a trouvé en Romain Mary un interlocuteur enthousiaste. Ensemble, ils ont peaufiné le dossier, puis lancé le recrutement. Notre agriculteur a reçu plusieurs candidatures, parmi lesquelles il a retenu celle de Françoise Varrot.

Depuis maintenant deux ans, Françoise Varrot est secrétaire administrative du Gaec Floée. « Au départ, je tablais sur une présence de trois heures par semaine » reconnaît Jacques Calland. « Au bout de six mois, j’ai compris que j’avais surévalué la charge de travail. Françoise Varrot comptable de formation est beaucoup plus efficace que moi, autodidacte. »

Ainsi, depuis un an et demi, Françoise Varrot vient en moyenne trois heures, tous les quinze jours. Par ailleurs, Jacques Calland rencontre son comptable aussi souvent qu’avant, simplement c’est Françoise qui transmet les documents pour établir les comptes.

L’esprit libre

« Aujourd’hui, je me cantonne à ouvrir et à réunir le courrier », indique Jacques Calland. Il reconnaît qu’au départ, il a fallu qu’ils adaptent leurs méthodes. « Je me suis rendu compte au bout de quelque temps que je perdais le contact avec les soldes bancaires », se rappelle-t-il. « Nous avons donc décidé d’établir un document qui me permette d’avoir en temps réel la situation bancaire. Depuis tout marche bien. »

Jacques Calland constate qu’il dispose de beaucoup plus de temps, tout en sachant que toutes les échéances sont prévues et les déclarations faites en temps et en heure. « Je ne me sens pas pour autant dépossédé de la direction de mon exploitation », précise-t-il. « Bien au contraire, j’ai l’impression de m’y consacrer pleinement, l’esprit libre. »


Combien ça coûte ?

Trois heures tous les quinze jours, soit environ 78 heures par an, ce qui correspond à 110 euros par mois, soit 1 320 euros par an avec DESFI.

« En réalité » confie Jacques Calland, « comme je perçois toutes les primes auxquelles j’ai droit, alors qu’avant il m’arrivait d’en oublier, cela couvre ce que l’emploi de Françoise Varrot me coûte. »


L’exploitation en chiffres

1974 : Création du Gaec Floée par Prosper Calland pour installer ses deux fils.

3 000 : les m2 de bâtiments d’une conception moderne, construits au milieu d’une parcelle de l’exploitation.

150 : Les hectares, dont trente attenant aux bâtiments

55 : Vaches laitières composent le troupeau qui comprend aussi 69 génisses et 25 taurillons

8 400 : la moyenne d’étable de kg de lait


L’avis de l’expert

Pour Romain Mary, du pôle “emploi” de la chambre d’agriculture du Jura, la décision de Jacques Calland d’embaucher une secrétaire confirme les changements qui s’opèrent dans les entreprises agricoles. La charge administrative d’une exploitation devient de plus en plus complexe. Ce “travail assis“ est plus que nécessaire, il y va de la survie de l’entreprise. Mais il a une connotation tellement négative qu’il n’est pas sujet de débat, il se traite en famille.

Or, avec la disparition du travail familial, il faut vraiment gérer le temps et les compétences : dissocier les tâches, mettre des priorités, savoir déléguer pour se libérer et investir du temps au cœur du métier. Cela passe par l’informatisation, la mécanisation, le contrôle et par des appuis ponctuels. Cela existe déjà pour la traite ou la conduite, pourquoi pas pour « certains papiers » ? Les agriculteurs qui le choisiraient ne perdent pas pour autant leur identité ou le contrôle de leur exploitation.

« Un agriculteur a toujours de bonnes raisons de faire ce qu’il fait ! Quel que soit le choix de l’exploitant, ce qui importe vraiment, c’est qu’il y ait débat », rajoute-t-il. « Les jeunes que l’on voit en stage prévisionnel à l’installation expriment majoritairement que le “travail assis“ n’est pas plaisant, que c’est souvent les parents qui le font, et que ce n’est pas là où on fait de l’argent […] ! Le risque est qu’à l’arrêt du travail des parents, le poids de l’exploitation soit trop lourd pour le jeune. Certains parents craignent qu’ils n’abandonnent quand ils ne pourront plus les aider, d’autres “craquent“ littéralement sous la charge. Et beaucoup font avec ! Il est urgent de considérer l’administration des exploitations agricoles dans une optique de gestion prévisionnelle des emplois et des compétences des très petites entreprises rurales, et ce quelles que soient les solutions mises en œuvre. »


Ce qu’elle en pense : « J’ai eu une bonne surprise »

Françoise Varrot est comptable de formation, elle travaille aussi au côté de son mari qui fait du commerce de bétail. « Lorsque je suis arrivée au Gaec Floée, je m’attendais au pire » confesse-t-elle. « Dans ma collaboration avec mon mari, je passe beaucoup de temps à retrouver et à rassembler les papiers. J’ai donc eu une agréable surprise en découvrant les divers documents classés ou réunis. »

Françoise Varrot consacre son temps de travail d’une part au secrétariat et d’autre part à l’administratif. Elle classe le courrier et tous les documents affairant au fonctionnement de l’exploitation. Elle remplit aussi les nombreux formulaires et les demandes d’aides. Elle saisit les données qui renseignent les logiciels. Elle informe Jacques Calland sur l’état des soldes bancaires, elle prépare les documents et les transmet au comptable.« Il est clair qu’au début nous avons dû nous adapter nos fonctionnements » convient Françoise, « mais cela est vrai dans n’importe quelle entreprise. J’avais la chance de connaître certain logiciel, donc les choses sont allées vite. »

Le souhait de Françoise aujourd’hui est de trouver un temps de travail supplémentaire. Depuis ce premier contact avec Jacques Calland, d’autres missions lui ont été proposées : chez un autre éleveur de bovins lait, chez un éleveur porcin, deux viticulteurs, un pépiniériste ainsi qu’une coopérative fromagère.

Sept entreprises et sept co-employeurs réunis en trois années pour créer son emploi. Mais le planning de Françoise n’est pas complet pour autant. A raison d’une demi-journée tous les 15 jours, il lui reste encore des créneaux pour quatre agriculteurs. Quatre nouveaux employeurs à qui un appel est donc lancé !


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster