Le Jura Agricole et Rural
Insémination et risques sanitaires
Jura-Bétail
Jura agricole et rural
Publié le:  06 décembre 2007
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Bernard Guérin a exposé les risques sanitaires liés à la filière de l'insémination artificielle

Bernard Guérin, directeur du laboratoire vétérinaire de contrôle des reproducteurs, a détaillé les risques sanitaires qui concernent la filière de l'insémination artificielle. Il a également fait le point sur la FCO, lors de la dernière assemblée générale de Jura-Bétail.

Trois grands types de risques sanitaires menacent la filière semence... selon Bernard Guérin, invité à intervenir par la coopérative Jura-Bétail à l’occasion de son assemblée générale. « Le premier risque, c’est le risque sanitaire réel, celui d’avoir un taureau malade et susceptible de diffuser la maladie via l’insémination artificielle. Le second risque est de nature juridique : des éleveurs peuvent se retourner contre leur fournisseur de semences en l’accusant d’avoir transmis une maladie. Depuis 2000, il y a eu 25 affaires de ce genre, principalement dans la filière porcine. Enfin, le troisième risque, c’est celui des pays tiers, inévitable quand on produit pour un marché export. Les exigences peuvent évoluer, parfois pour des raisons autres que sanitaires... aujourd’hui, on constitue des sérothèques qui permettront des contrôles complémentaires si le taureau est déjà mort. »

Semences indemnes

Le laboratoire vétérinaire de contrôle des reproducteurs, dont Bernard Guérin est directeur, a pour mission le contrôle des taureaux sur le plan sanitaire, la recherche et développement dans ce secteur, ainsi que l’alimentation d’une base de données sanitaires qui permet l’épidémio-surveillance. « Notre objectif est d’anticiper les risques sanitaires. La base de données nous permet d’interpréter les résultats d’un test en fonction de l’histoire de l’animal. » En ligne de mire, « la semence doit avoir le plus haut niveau sanitaire : deux entités doivent être protégées. D’une part, les élevages (où naissent les futurs reproducteurs) et d’autre part le capital génétique vivant dont sont détenteurs les CEIA. La difficulté vient du fait qu’il s’agit d’un produit biologique, donc sensible, et avec un potentiel de diffusion important. »

À travers plusieurs exemples choisis, Bernard Guérin a illustré les différentes précautions prises pour limiter les risques : qualification des élevages, contrôles en élevage, quarantaine, etc. « C’est en juxtaposant les garanties qu’on arrive à qualifier une semence indemne. » L’organisation interne d’une taurellerie obéit elle aussi à des principes stricts, tels que la marche en avant, le management de la qualité, de manière à éviter les contaminations croisées.

La FCO, qui fait l’actualité depuis plusieurs mois, était également de cet exposé. Bernard Guérin a rappelé l’historique de la maladie, au départ réputée cantonnée aux pays chauds et n’occasionnant des signes cliniques que chez les ovins. Or depuis 2006, elle s’étend depuis un foyer situé en Europe (Maastricht) et provoque des signes cliniques aussi chez les bovins.

Lésion des tubes séminifères

Même la cinétique de l’épidémie a déconcerté les experts. « En 2006, la maladie n’a presque pas touché la France. On pensait que c’était grâce à notre dispositif sanitaire (périmètres d’interdiction de circulation des animaux). Mais en 2007, la FCO est descendue très au sud. » C’est en observant les données météorologiques, a posteriori, que les experts ont finalement compris que le vecteur de la maladie, un moucheron hématophage, se déplace avec les vents... Le sérotype 24, inconnu jusqu’alors si ce n’est au Nigeria, est particulièrement agressif, y compris sur le système reproducteur des animaux. « Un taureau infecté peut être, au pic de la maladie, excréteur de virus dans son sperme. À l’heure actuelle, on n’est pas sûrs que la valeur fécondante des spermatozoïdes, même après la guérison, n’est pas détériorée... car il y a des lésions sur les tubes séminifères. » Aussi, protéger les taurelleries de la FCO sera un enjeu important lors de l’été prochain, car l’épidémie pourrait bien reprendre de ses foyers les plus au sud, dès que la météorologie sera propice.

Autre donnée alarmante, « la désinsectisation est une mesure totalement inefficace. Des six taurelleries situées dans la zone frontière avec la Belgique, quatre étaient des centres ouverts, deux étaient fermées. Toutes ont appliqué rigoureusement le protocole de désinsectisation. Le bilan, c’est que les taurelleries ouvertes sont toutes contaminées, alors que les taurelleries fermées sont indemnes. La seule mesure efficace, c’est le confinement des animaux. » Reste la question du recrutement des futurs taureaux, si la zone indemne se réduit aux départements du Sud de la France.


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