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Pourquoi ne pas faire appel aux agriculteurs pour alimenter les micro-projets ? |
…Et un dossier suivi de près par la chambre d’agriculture du Jura, qui, avec les élus et les professionnels de la filière bois, se penche sur l’opportunité d’utiliser les ressources locales, forestières en particulier, pour faire face au réchauffement climatique et à la raréfaction des énergies fossiles dans les prochaines décennies.
Si le Jura en est abondamment pourvu, la forêt occupe presque la moitié de son territoire, son accroissement biologique est en revanche nettement supérieur à sa consommation (1 400 000 m3 pour 500 000 m3/an). Aussi, les décideurs régionaux et départementaux ont choisi d’utiliser cette ressource et ont mis en place des programmes bois-énergie en lien avec d’autres partenaires*. Une large place au bois-énergie est consacrée dans le contrat de plan Etat-Région 2007-2013 avec un budget de 11 millions d’euros.
L’objectif de ces politiques est double : assurer d’une part l’approvisionnement en qualité, quantité et en coût dans la durée, promouvoir d’autre part l’installation de chaufferies au bois, prioritairement dans les secteurs tertiaires (bâtiments publics, habitat collectif, hébergements touristiques…) mais aussi exploitations agricoles, fromageries. Dans tous les cas, ce sont des projets très territorialisés dont l’approvisionnement local est privilégié afin de limiter les distances et coûts de transport, leurs impacts négatifs sur l’environnement, et de valoriser la ressource locale et son économie induite en terme de revenus et d’emplois.
Dans ce cadre, l’agriculture et les agriculteurs propriétaires de forêts et de haies ont un rôle important à jouer pour structurer et dynamiser un service professionnel au plus près des collectivités et de leurs habitants. La Chambre d’agriculture du Jura qui les représente donne à ce dossier une orientation politique nette en l’intégrant dans son programme « autonomie des exploitations pour des exploitations durables ». Elle les encourage et les accompagne dans la recherche d’une meilleure autonomie par la réduction des coûts des consommations énergétiques et le développement de nouvelles ressources énergétiques issues de l’exploitation.
Bois-bûches, granulés, plaquettes, de quels bois nous chauffons-nous ?
Si, comme il est envisagé, l’utilisation de la ressource bois-énergie s’accroît, une hausse des cours du bois est à prévoir compte tenu des lois du marché. Dans ces conditions, une recherche vers la meilleure utilisation et classification possible est nécessaire. Comparativement à d’autres ressources en bois, les plaquettes forestières appelées aussi bois déchiqueté, destinées au chauffage collectif et individuel par chaudière à alimentation automatique, sont les moins coûteuses même en tenant compte-les investissements liés à leur transformation et à l’installation de chaufferies. Leur abondance fera aisément face aux micro-projets émergeant ici et là dans les Communautés de communes et communes.
Par contre, la forte demande liée aux énormes projets de cogénération, est non seulement susceptible de bousculer le marchémais pourrait aussi provoquer d’éventuelles difficultés d’approvisionnement, à défaut d’une bonne maîtrise de la mobilisation de la ressource, dans le respect de la gestion durable de la forêt. Ce développement du bois-énergie lié à la cogénération devra être encadré pouré viter un risque de surexploitation de la ressource, et de grumiers sur de trop longues distances.
Le bois, facteur de développement local et durable
En anticipant l’existence des futurs projets de chaufferies et des besoins en ressource bois-énergie ; des questions se posent quant à la mise en place de cette filière naissante. Pour Jean-Michel Bourg, membre de la Chambre d’agriculture du Jura, en charge du dossier bois-énergie et Joël Antoine, agriculteur et leader sur le projet de la chaufferie de Saint-Julien-sur-Suran, c’est l’occasion de se préparer à la construire et de commencer à répondre aux conditions qu’elle exige :
- Mobiliser les ressources en bois et assurer l’approvisionnement : actuellement, cette activité se fait par l’intermédiaire des exploitants de travaux forestiers. Mais pourquoi ne pas utiliser la ressource forestière privée ou communale la plus proche et faire appel aux agriculteurs pour alimenter les futurs micro-projets ? Outre la source de revenus complémentaires de l’ordre de 1200 euros nets pour 100 m3 et une moyenne de 40 heures de travail, d’autres bénéfices sont à prendre en compte : la valorisation des haies et des forêts, l’entretien paysager en évitant l’enfrichement qui s’ajoutent au rôle dès lors bien visible de l’agriculture dans la vie quotidienne d’une commune. Cette reconnaissance locale d’une agriculture participant à l’économie et à la protection de l’environnement peut avoir des effets positifs en matière d’orientations politiques au plus haut niveau qu’il convient de bien évaluer à l’heure des diminutions des aides de l’Union Européenne.
- Transformer et stocker : pour réduire très fortement le coût de déchiquetage, il est nécessaire d’atteindre un taux optimal d’utilisation des équipements spécifiques de déchiquetage (broyeur, grue de manutention, tracteur d’entraînement) en le mutualisant et en travaillant par exemple en Cuma pour rentabiliser l’investissement d’une machine à broyer qui se déplacerait. Pour le stockage et afin d’éviter des amortissements lourds en terme d’espace, des locaux disponibles sont à rechercher.
- Recourir à une main-d’œuvre spécialisée : il est possible que les agriculteurs qui connaissent les contraintes quotidiennes de leur travail sur l’exploitation ne puissent pas toujours fournir les volumes demandés. Aussi, la mutualisation de la main-d’œuvre par l’intermédiaire des groupements d’employeurs, des ETF et des chauffagistes est une possibilité à envisager pour les travaux à accomplir tout au long de la chaîne : exploitation, déchiquetage, maintenance du matériel et de la chaufferie. Ne serait-ce pas également un moyen de fidéliser à l’avenir de la main-d’œuvre sur l’exploitation ?
Tout reste à faire et déjà on pense à une structure économique et juridique capable de fédérer tous les acteurs de la filière et bâtir un projet territorial cohérent, avec des réseaux d’approvisionnement et de distribution, dans la complémentarité des uns et des autres. A suivre…
*Les partenaires de la filière bois-énergie : l’Union Européenne, l’Etat, le Conseil régional de Franche-Comté, le Conseil général du Jura, l’ADEME – Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, l’ADIB – Association régionale pour le développement de la forêt et des industries du bois en Franche-Comté, l’AJENA – Association jurassienne pour la diffusion des énergies alternatives, l’ITEBE - Institut technique européen des bioénergies.
Jean-Michel Bourg, membre de la Chambre d’agriculture
du Jura, en charge du dossier bois-énergie
« La première chose à faire est de structurer la filière. Des ponts doivent s’établirent entre agriculteurs et autres professionnels déjà en place en toute complémentarité. Les utilisations et demandes en terme de ressources ne sont pas les mêmes partout. D’un côté nous verrons de gros projets de cogénération comme celui des établissements Solvay et d’un autre des projets plus réduits comme ceux de la fromagerie de Bief-du-Fourg ou de Saint-Julien sur Suran. Ces derniers devront pouvoir bénéficier des ressources locales.
Mais au-delà de la question énergétique, toute une réflexion autour de la revitalisation des zones rurales et agricoles doit être menée en la reliant au mouvement de l’affaiblissement de notre tissu industriel. Des secteurs d’activités tels que le tourisme peuvent émerger à l’exemple de nos voisins d’Allemagne du Sud ou du Vorarlberg en Autriche qui ont su tirer profit de la qualité de leurs paysages en utilisant cette source d’énergie pour chauffer les structures hôtelières et d’accueil, les piscines… Toute une économie peut voir le jour avec pour moteur le bois-énergie. »
Joël Antoine, agriculteur à Montfleur« Je vais fournir 100 m3 de plaquettes à la chaufferie de Saint-Julien en pratiquant le recépage au niveau des haies et en exploitant mes forêts. D’autres agriculteurs feront comme moi s’ils ne veulent pas voir les petites et plus grosses entreprises s’emparer du marché avec les dégâts que cela peut occasionner au niveau des forêts lors du passage des engins pour sortir les bois. Pour eux, c’est une nouvelle activité beaucoup plus rentable que le bois-bûche et c’est toujours mieux que de broyer une haie pour rien. Aujourd’hui la demande est peu importante et tout le monde se pose des questions au sujet du prix du fuel : est-ce définitif ou conjoncturel ? Or la réalité est là : la ressource va se raréfier et les prix grimper. Et c’est l’idée de s’approvisionner au niveau local pour ne plus dépendre du marché mondial et des coûts qui s’en suivent qui est à retenir pour mobiliser le plus d’acteurs possible à la construction de cette filière. Elus et décideurs locaux l’ont bien compris. Au tour des agriculteurs à prendre leur place dans le territoire que la diminution des effectifs a bien réduite. »
Le projet de chaufferie de Saint-Julien-sur-SuranLa chaufferie sera en marche à partir de septembre 2008 pour la rentrée des classes. Elle chauffera l’école primaire, soit l’équivalent de huit maisons, pour laquelle elle a besoin de 300 m3 par an de plaquettes forestières. Le choix du combustible qui s’était posé au départ entre les granulés et les plaquettes fut vite résolu. Le second coûte deux fois moins cher et cela même si l’on tient compte du coût d’investissement de la chaudière. « Il faut faire le calcul sur le long terme » selon Joël Antoine. Dans un premier temps un agriculteur livrera 100 m3 en exploitant ses haies et forêts et une exploitation de travaux forestiers 200 m3. Pour l’avenir on attend deux ou trois agriculteurs de plus.
Ce projet constitue un point de départ d’une filière en passe de se développer si d’autres collectivités ou particuliers se décident à utiliser la ressource locale en bois énergie pour chauffer des lotissements, des bâtiments publics et des structures d’accueil ou professionnelles. Mais à ce stade, de nombreuses questions se posent : par où commencer ? Si des chaudières essaiment ici ou là où trouver les plaquettes ? Les agriculteurs trouveront-ils un marché suffisant ? C’est l’histoire du chat qui se mord la queue et il faut bien commencer sans s’attendre les uns les autres. Des idées de structuration de filière se forment à partir de cette expérience qui servira en quelque sorte de chaufferie pilote pour celles qui suivront.
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