Le Jura Agricole et Rural
Pérenniser le métier, un enjeu pour l'avenir
Installation en agriculture
Jura agricole et rural
Publié le:  21 décembre 2007
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Alain Blin, reconnaît avoir été très bien accueilli par les agriculteurs et par les élus locaux. La commune, soucieuse de maintenir l’agriculture, s’apprête même à lui construire un bâtiment d’élevage

Les monts d’Or constituent le dernier carré naturel proche de Lyon où s’installe une population généralement aisée. Pour conserver l’équilibre territorial de cette campagne en ville, ses élus locaux facilitent l’installation de nouveaux agriculteurs. Alain et Corinne, sa compagne, sont de ceux-là et heureux de leur nouvelle vie.

Alain Blin s’est installé agriculteur à 46 ans. Il est ce qu’on appelle dans les statistiques

« un hors cadre familial ». Ses parents étaient ouvriers à Vénissieux dans l’Est lyonnais. Dès son plus jeune âge, il accompagne son père qui exploite un jardin ouvrier où il élève quelques volailles. « J’étais toujours avec lui » se souvient Alain, « j’étais passionné ». En fin de troisième, il faut choisir sa voie. Suivre une seconde scientifique ou agricole ? « Mes parents n’avaient pas de ferme, connaissaient mal le milieu agricole », bref c’est la seconde scientifique qui l’emporte. Mais au fond de lui, la passion pour les choses de la ferme le tenaille. Il devient technicien dans un centre textile où il teste des détergents et des machines à laver. Le soir, il retrouve sa famille et sa troupe de chèvres qu’il élève, à Écully, sur les 4 000 m2 de terrain qui cernent la maison. Il se lance dans la fabrication des fromages de chèvre. Tâtonne, se heurte aux caprices de la transformation fromagère et comprend « qu’on n’apprend pas tout dans les livres ».

Neuf mois de formation

Mais l’âge venant et le trouble d’un divorce conduisent Alain à réveiller le rêve qui, depuis longtemps, sommeille en lui. Il décide de s’installer agriculteur. La chambre d’agriculture et l’Adasea du Rhône l’informent, le conseillent, l’aiguillent. Il sollicite de son entreprise un congé individuel de formation (CIF) qui lui assure non seulement son salaire le temps de la formation, mais couvre aussi 80 % de son coût. Pendant neuf mois, il est redevenu étudiant volontaire. Il suit les cours à la maison familiale de Saint-Romain-de-Popey (Rhône) dans le cadre d’un brevet professionnel responsable d’exploitation agricole (BP REA) et participe à trois stages dans une ferme caprine avec transformation fromagère, dont les exploitants deviendront des amis. Pendant ce temps, à Limonest, trois hectares de terres agricoles sont mis en vente. Aussitôt la Safer préempte pour les céder à la commune qui veut créer les conditions de l’installation d’un agriculteur. Le village de Limonest est blotti dans les flancs arborés et accueillants des monts d’Or, au nord-ouest de Lyon. À vingt minutes de la place Bellecour, l’endroit est beau, chic et cher. Le Neuilly lyonnais où résident les vedettes de l’Olympique lyonnais, les médecins et les avocats qui se sont fait un nom entre Saône et Rhône. Ici, plus qu’ailleurs, on connaît le prix de cette tranquillité. Pas de barre bétonnée, juste des pavillons cossus bien sécurisés, ouverts sur le couchant et ceints de hautes clôtures. Le charme de la commune tient à cette densité maîtrisée de l’habitat. Pas trop, ni trop peu. Un peu d’agriculture aussi pour entretenir l’image d’une vraie communauté rurale qui, du mont Verdun, aperçoit les lumières de la ville. Tout est fait par le maire et le président du syndicat mixte des monts d’Or pour conserver cet attrait agreste. Les zones vertes protégées doivent être entretenues et, pour ce faire, rien ne vaut les ruminants. C’est sur ces quelques hectares auxquels s’ajoute la surface d’une petite ferme dont l’exploitant prend la retraite, que le couple s’installe.

Ni DJA, ni prêts JA

D’abord avec trente-cinq chèvres, un tunnel pour bâtiment, un tracteur, un chariot de traite, un peu de matériels de fenaison et un local aménagé pour la fromagerie. Un peu plus de cent mille euros d’investissements dont 40 % sont prélevés sur les économies du nouveau couple. À quarante-six ans, Alain ne pouvait prétendre ni à la dotation aux jeunes agriculteurs, ni aux prêts JA. Il devra se contenter des aides du conseil régional avec les deux chéquiers installation et l’aide Agraire. De l’État, il percevra la PMBE (plan de modernisation des bâtiments d’élevage) plus une aide versée par les Assedic lorsqu’un salarié créé sa propre entreprise. Un coup de pouce apprécié, mais dont Alain regrette « que le versement arrive toujours trop tard ». L’objectif d’Alain et de Corinne est d’atteindre un troupeau de 80 chèvres. Un objectif doublement atteignable. D’abord grâce, une nouvelle fois, à la commune de Limonest qui vient de décider d’investir, pour eux, sur les terrains reçus de la Safer, dans un bâtiment d’élevage bardé de bois et équipé des dernières nouveautés en matière d’économie d’énergie. Ensuite, en raison du marché de proximité qui s’offre à eux et qui devrait permettre d’écouler la production de fromages issus du troupeau de saanens et d’alpines qui crapahutent dans pentes boisées des monts d’Or. Alain et Corinne font renaître l’agriculture là où beaucoup pensaient qu’elle était, à jamais, le fruit d’un passé dépassé.


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