A l’occasion d’une conférence sur le thème « Agriculteur européen et société : des rôles et des responsabilités », organisée le 12 décembre, les JA invitaient des spécialistes français et italiens de la défense du consommateur et des questions communautaires à confronter leurs points de vue sur les missions de l’agriculture.
Pour un agriculteur, quel que soit son pays, être tourné vers le marché c’est évidemment être tourné vers le consommateur et essayer de cerner ses attentes. Vient ensuite le moment de s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour y répondre. « Les missions que la société peut confier aux agriculteurs sont évidentes. C’est d’abord nourrir l’humanité. Inutile de rappeler que nous serons 9 milliards en 2050. Il faut aussi compter avec la production d’énergie. La biomasse peut le faire et en Europe, cette mission a même été inscrite dans une directive. L’objectif de 6 % de biomasse dans les carburants européens demandera 12 millions d’ha dans l’UE 27, soit 10 % des terres agricoles », a résumé Henri Nallet, ancien ministre de l’Agriculture et membre de l’association Notre Europe(1).
Selon lui, les politiques publiques devront trouver un moyen de concilier ces objectifs dans des conditions écologiquement acceptables, mais surtout sous contrainte de changement climatique : « Dans soixante ans, les climatologues prévoient que les deux tiers des terres agricoles françaises seront sous climat méditerranéen. Il faut s’arrêter deux secondes pour réfléchir à ce que cela veut dire », a-t-il ajouté.
Prix, éthique et territoires
Pour Sergio Veroli, représentant de l’Union des consommateurs en Italie, la question se pose pourtant en d’autres termes : « Nous devons soutenir les agriculteurs pour une production sûre, traçable et surtout vendue dans des conditions équitables. En Italie, le rapport de prix entre le blé et le pain va de 1 à 10. Qui paye ? C’est l’agriculteur et le consommateur qui doivent s’unir face à la distribution ». Une analyse que Nadège Chambon, responsable du programme Pac 2013 à l’association Notre Europe, partage globalement : « Il n’y a pas une mais des sociétés européennes. Il y a donc différentes attentes vis-à-vis de l’agriculture. Ce qui est constant c’est qu’avec l’urbanisation, la population se trouve de plus en plus éloignée de la production ».
D’où des attentes plus centrées sur le prix et le marketing. Avec la société d’abondance, les attentes éthiques, d’ancrage culturel ou territorial des produits sont croissantes.
La bonne politique reste à inventer
Henri Nallet y ajoute la question de la captation du CO2 qui butte sur un obstacle de taille : « Les politiques agricoles tendent toutes à rapprocher la production du marché. Et tout ce que le marché fait de mieux, c’est produire beaucoup et pas cher grâce au gain de productivité obtenu en augmentant la consommation d’énergie. Comment fait-on pour pousser l’agriculteur à produire efficacement sans abîmer son écosystème ? Ce sera à votre génération de trouver la réponse sachant que tant que nous aurons des Airbus à vendre, les marchés agricoles resteront ouverts », martèle l’ex-ministre. En d’autres termes, si la protection du marché européen devait être évacuée, la politique permettant de préserver la santé et l’environnement sans succomber au dumping écologique et social de la Chine, de l’Inde ou du Brésil reste à inventer…
(1) Notre Europe est une association (think tank) créée en 1996 par Jacques Delors et qui a pour objet l’étude, la recherche et la formation sur l’Europe.
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