Le Jura Agricole et Rural
La France affiche ses priorités
Bilan de la santé de la Pac
Jura agricole et rural
Publié le:  21 décembre 2007
Page 17 

Dans la perspective du bilan de santé de la Pac et de la préparation de l’après 2013, tout le monde s’accorde en France sur la nécessité de promouvoir une politique agricole forte permettant s’assurer la sécurité alimentaire des consommateurs tout en protégeant l’environnement. Michel Barnier, Henri Nallet, Jean-Michel Lemétayer l’ont rappelé lors du colloque organisé par l’Institut des relations internationales et stratégiques, le 11 décembre à Paris.

A six mois de la présidence française du Conseil des ministres de l’Union européenne, un consensus semble se dégager en France sur les ajustements qu’il conviendrait d’apporter à la politique agricole commune jusqu’en 2013 et les orientations à promouvoir au-delà de cette date.

Lors du colloque sur l’agriculture européenne à l’horizon 2013, organisé par l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), le 11 décembre, le ministre de l’Agriculture, Michel Barnier a esquissé les grandes lignes de ce qu’il défendra à Bruxelles. « Le premier objectif, c’est d’assurer l’indépendance et la sécurité alimentaires de plus de 400 millions de consommateurs européens. Cette indépendance : c’est l’assurance d’un approvisionnement régulier, accessible, la sécurité : c’est la garantie sanitaire ». Le deuxième objectif, a-t-il indiqué, est « de participer aux équilibres alimentaires mondiaux » pour nourrir les 850 millions de personnes qui souffrent de la faim aujourd’hui, et les 9 milliards d’individus que comptera la planète en 2050. L’autre objectif, enfin, « est de contribuer à la lutte contre les changements climatiques, à l’amélioration de l’environnement et la préservation des territoires ». En clair, il faudra produire plus et mieux.

Production et environnement

Quelques instants plus tard, Jean-Michel Lemétayer, le président du Copa, avait insisté sur « la souveraineté alimentaire » à laquelle devrait tendre l’Europe. Jean-Claude Bévillard, le secrétaire national de France Nature Environnement, n’a pas dit autre chose en indiquant que l’un des objectifs d’une politique agricole de développement durable était d’assurer la sécurité alimentaire de la population. Tout en mettant l’accent sur « des pratiques agricoles plus vertueuses » pour conserver le patrimoine naturel. Henri Nallet, l’ancien ministre de l’Agriculture de François Mitterrand est sur la même longueur d’ondes. « Le premier objectif de la politique agricole sera de satisfaire des besoins alimentaires toujours croissants ». Une politique qui doit être aussi attentive à la protection de l’environnement. La principale difficulté réside dans la nécessité « d’inventer une agriculture qui soit à la fois efficace et écologique ».

Une fois ce consensus dégagé sur les orientations, les différents responsables sont également d’accord sur les moyens d’y parvenir. Ainsi Michel Barnier s’attachera dans le cadre de la présidence française au deuxième semestre 2008 « à conserver des instruments efficaces de gestion du marché » et à la mise en place « de dispositifs des gestions des risques et des crises ». Il se battra pour une plus grande équité des soutiens et la consolidation des bassins de production menacés par la libéralisation de la politique agricole : la production laitière en zone de montagne, l’élevage allaitant, la production ovine et l’agriculture biologique. Si le ministre se prononce pour une politique de développement rural, elle ne doit pas être construite sur les décombres de la politique agricole. « Ce n’est pas en détricotant la première politique de l’Union que l’on peut construire d’autres politiques » a-t-il insisté, comme l’envisage la Commission de Bruxelles.

Gestion des marchés

Message identique délivré par Jean-Michel Lemétayer. « Nous devons garder des leviers d’organisation du marché. On ne peut abandonner la gestion du marché sans mettre en place des mécanismes de gestion des crises et des risques », a-t-il martelé.

Henri Nallet a été encore plus incisif en critiquant l’orientation libérale de la réforme 2003 avec l’introduction du découplage qui ne permet pas d’orienter les productions : « une grosse c… ». Objectif 2008 et 2013 : ne pas faire les mêmes bêtises. « Que le bilan de santé n’hypothèque pas 2013 et que la France profite de sa présidence pour écrire le mandat de travail de la Commission pour 2013 », a-t-il résumé. Bref, si un consensus semble se dégager en France, il reste à convaincre la Commission européenne. Celle-ci reste campée sur une vision libérale et allégée de la Pac. Mariann Fischer Boel l’a encore répété dans une interview au journal Le Monde, le 10 décembre. « J’ai néanmoins entendu parler de dispositifs destinés à sécuriser le revenu des agriculteurs. Pour être honnête, cela ne fonctionnera jamais s’il s’agit de mettre en œuvre des paiements destinés à apporter aux agriculteurs un complément de revenu lorsque leurs produits se vendent mal. (…) Une telle garantie de revenu n’inciterait pas les agriculteurs à adapter leur production à la demande des consommateurs ». Du pain sur la planche pour la France qui aura aussi à persuader un certain nombre de pays du nord de l’Europe qui se sont alignés sur les orientations de la Commission de Bruxelles.


Newsletter GRATUITE
Sondage

Face à l'augmentation du prix du pétrole, les agriculteurs ont-ils raison d'engager des mouvements syndicaux ?

  • Oui
  • Non
  • Ne sais pas

  • (C) Le Jura agricole et rural
    Partagez vos idées, écrivez-nous
    Webmaster