Le Jura Agricole et Rural
Le préfet mesure l'ampleur des dégâts de gibier
Plateau de Moirans
Jura agricole et rural
Publié le:  10 janvier 2008
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dégâts sanglier

Outre la casse du matériel, la récolte se solde par des fourrages de mauvaise qualité M. Ravet

C’est à la demande du syndicat cantonal FDSEA que le préfet du Jura s’est rendu sur le plateau de Moirans pour constater l’ampleur des dégâts causés aux prairies par les sangliers…

Comment faire cohabiter agriculteurs et chasseurs sur le plateau de Moirans ? La question était inscrite en filigrane de la dernière visite du préfet du Jura sur le secteur. Une visite qui faisait suite à l’invitation lancée, via une pétition, par les agriculteurs adhérents du syndicat cantonal FDSEA. Emmanuel Simonet et ses amis tenaient à montrer au représentant de l’État l’ampleur des dégâts sur ce secteur difficile où seuls l’élevage et les prairies permanentes font partie du paysage agricole. Là, les agriculteurs ont entre 80 et 100 % de leur surface toujours en herbe. Certains ont eu jusqu’à 45 % de leur surface endommagée. Des surfaces importantes n’ont pas pu être récoltées (casse de matériel) et les génisses ont été mises en pâture à l’automne quand cela était possible…
Entouré du secrétaire général de la sous-préfecture de Saint Claude, d’élus des communes du secteur, du directeur départemental de l’agriculture et de la forêt, de techniciens de l’ONCFS, Christian Rouyer a mesuré l’étendue du problème au travers des échanges animés par Christian Lagalice, le président de la Fédération départementale des chasseurs du Jura et Henri Saget, le président de la commission « dégâts de gibier » à la FDSEA du Jura.
Comment en est-on arrivé là ?
Cette situation n’est pas le fruit du hasard, mais la conjonction de différents éléments. Au départ, une population de sangliers importante, un été particulièrement humide qui favorise la prolifération des fers blancs et lombrics, un retard dans la fenaison et des sols qui n’ont pas séché une fois les récoltes enlevées.
De plus, les forêts situées au-dessus du plateau n’ont pas donné suffisamment de faines et glands, et les sangliers de ces forêts sont descendus vers les territoires sinistrés aujourd’hui.
La question de l’agrainage a été évoquée. Les agriculteurs se demandent s’il est bien « normal » que l’ACCA de Crenans ait acheté 10 tonnes de maïs pour nourrir les sangliers, à une période où bon nombre d’éleveurs ont du mal à trouver de la trésorerie pour acheter de la farine pour leurs vaches. Et de questionner sur le côté encore « sauvage » de ces sangliers qui viennent retourner les pelouses en bordures de villages…
Pour sa part, Henri Saget estime que « l’agrainage n’est pas bien fait ». « Il faut supprimer l’agrainage à poste fixe, explique-t-il, et pratiquer uniquement l’agrainage en traînée, pour occuper les sangliers plus longtemps à trouver leur nourriture. Quand le sanglier mange trop rapidement son maïs – et comme il est gourmand – il va chercher des vers et, pour cela, retourne les prairies… »
Indemnisations
Les indemnisations sont encadrées par des lois et des réglementations qui ne couvrent pas toutes les pertes subies par les agriculteurs. Elles couvrent la remise en état des terrains et les pertes de récoltes. Les agriculteurs estiment que les prairies sont « ce qu’il y a de plus injustement indemnisé ». Car seules les surfaces endommagées sont prises en compte. Si vingt mètres séparent deux parcelles touchées, l’expert prétend que l’intervalle de vingt mètres est récoltable. Ce qui est tout simplement aberrant pour les agriculteurs qui, lorsqu’ils doivent remettre en état, sont contraints de travailler et de ressemer l’ensemble de la parcelle. Si l’on ajoute à cela la casse du matériel, provoquée par les trous et les remontées de cailloux, la mauvaise qualité des fourrages, la présence de terres butyriques et la mauvaise conservation des foins, les problèmes de mal de dos pour ceux qui travaillent toute la journée sur des parcelles pleines de trous, on comprend mieux le mécontentement des agriculteurs.
Une ampleur particulière
Ce sentiment a été partagé par le préfet à l’heure du bilan. « Nous estimons que les conclusions que le préfet a tirées de cette rencontre sont très intéressantes», explique Francis Baron, administrateur de la FDSEA et exploitant à Crenans. Tout d’abord, en parlant de « phénomène d’une ampleur particulière », il a reconnu le caractère exceptionnel des dégâts occasionnés sur ce secteur du plateau de Moirans.
Il a souligné la nécessité de repenser le mode d’indemnisation des dégâts, trop calé sur le mode des grandes
cultures. En prairie naturelle, les dégâts nous imposent de tout labourer, de tout ressemer en herbe et d’attendre – le temps que la prairie se réimplante – une campagne entière avant de retrouver les rendements antérieurs. Par ailleurs, les experts ne retiennent que la surface des trous réunis dans des tâches éparses. « On ne peut pas se limiter à ces seules tâches et il faut prendre en compte la surface totale des parcelles touchées… »
Le troisième point sur lequel Francis Baron avoue sa satisfaction, c’est l’exigence exprimée par le préfet d’une augmentation des prélèvements de sanglier qui, en fin de campagne, soit supérieure de 10 à 20 % à celle de la campagne précédente. Dans un souci d’équilibre entre les activités, un seuil d’abattage de 260 animaux a été fixé.
Si cet objectif n’était pas atteint, le représentant de l’état, envisagerait de réguler les populations par des battues administratives.
Une exigence sur laquelle les exploitants du secteur ne manqueront pas de garder un œil attentif… Rendez-vous est déjà pris pour la fin du mois de janvier, afin de faire le point sur les actions entreprises et les résultats obtenus.


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