Le Jura Agricole et Rural
La limite d'un prix, c'est son acceptation par le consommateur
Fabricant d'aliments du bétail
Jura agricole et rural
Publié le:  10 janvier 2008
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Jean-Claude L’Huriec dirige l’usine d’aliment du bétail DNA installée dans l’Isère et filiale de la coopérative la Dauphinoise. Il nous explique les incidences de l’augmentation des cours des céréales sur le prix des aliments pour les animaux d’élevage.

 Quels sont les volumes d’utilisation de céréales et d’oléagineux nécessaires à la production annuelle de DNA ?
« Nous fabriquons 90 000 tonnes d’aliments par an composés pour moitié de céréales, 10 % d’oléagineux, 4 % de protéagineux, le reste se répartit entre les tourteaux de soja, les issues de céréales, la pulpe de betterave, de la luzerne, de l’huile de palme ou de soja… Au-delà d’apporter des produits de qualité aux éleveurs de la région, notre vocation est de valoriser localement les productions des adhérents de la coopérative la Dauphinoise ».


En valeur, quel est le niveau annuel actuel de vos approvisionnements comparés à celui d’avant l’augmentation des cours des céréales et quelle augmentation vos aliments, vendus aux éleveurs, ont-ils subie ?
« Entre mai 2006 et janvier 2008, le prix des céréales à pratiquement doublé. En 2006, DNA achetait pour 5,2 millions d’euros de céréales. Nous en avons acheté pour 10 millions en 2007 ! La répercussion de cette augmentation des coûts des céréales sur nos aliments est variable selon les espèces et les formules d’aliments. Pour les ruminants, en 18 mois, c’est une progression comprise entre 25 et 50 %. En  porcs, c’est 30 à 50 %. En volailles de ponte, c’est 40 à 60 % et en volailles de chair, c’est de 40 à 65 % d’augmentation ».


Ces augmentations des cours des matières premières vous ont-elles conduit à modifier vos formules d’aliments pour en réduire le coût ?
« Notre région, bien placée sur les productions de qualité, doit faire face, plus que d’autres, à ce renchérissement du coût des céréales. Pour les volailles de chair, par exemple, les cahiers des charges des productions sous label nous imposent d’introduire une part de céréales  de 75 % ce qui limite nos possibilités de substitution de matières premières dans ces formules. Néanmoins, nous avons modifié la composition de nos aliments en introduisant plus de maïs, relativement moins cher que le blé et l’orge. Les céréales à paille qui composaient entre 45 et 50 % de nos formules habituelles n’en représentent plus que 30 à 35 % ».


Un tel niveau de prix des aliments pénalise les éleveurs. Avez-vous perçu une baisse de la demande en aliments du bétail et les prix des céréales actuels peuvent-ils conduire certains éleveurs à préférer vendre leurs céréales plutôt que de les transformer en protéines animales ?
« Chez nous, les volumes commercialisés d’aliments du bétail se tiennent. Il n’est pas facile pour un éleveur de changer d’orientation technico-économique. Il y a le cheptel en place, les investissements à amortir, les débouchés commerciaux, les habitudes de travail… Tout un environnement qui génère de l’inertie et un temps d’adaptation nécessairement long. Face à ces hausses, les éleveurs sont pénalisés s’ils ne sont pas en mesure de répercuter les coûts des matières premières dans le produit final. Certaines productions, comme le lait, s’en sortent plutôt mieux que les productions de lapins ou de porcs qui, actuellement, souffrent beaucoup. En revanche, il se peut que certains éleveurs décident de vendre leurs céréales plutôt que de les transformer et choisissent d’acheter des aliments optimisés sur le plan technico-économique pour nourrir leurs animaux d’élevage au meilleur rapport performances/prix ».


 Pensez-vous que nous sommes dans un cycle durable de coût élevé des matières premières agricoles ?
« Tous les indicateurs et tous les économistes nous disent que nous sommes entrés dans un cycle de cours élevés des matières premières en général et agricoles en particulier. Je pense qu’il faudra s’habituer à devoir acheter des céréales chères comme nous devrons adapter nos économies et nos budgets à une énergie chère. La limite, c’est l’acceptation du prix payé par le consommateur et cette limite, personne ne la connaît ».


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