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L’exploitation est un lieu de vie familiale et l’accueil peut facilement empiéter sur la vie privée Apasec |
L’accueil de personnes âgées en exploitation agricole peut créer un complément de revenu. Un groupe d’agriculteurs et d’agricultrices accompagnés par le CRFA et Trame planche sur ce thème.
Avec l’augmentation de l’espérance de vie, le nombre de personnes âgées évolue à la hausse. Lors du recensement de 2000, les plus de 85 ans représentaient 1,5% de la population française, soit 860 000 personnes, alors que 25 ans auparavant, en 1975, ils n’étaient que 580 000 (1,1%). Cette tendance démographique a de nombreuses répercussions sociales : avec le vieillissement, les fonctions motrices et cognitives se dégradent à un rythme plus ou moins rapide mais de manière inéluctable, et le processus s’accompagne de pertes d’autonomie. L’accueil institutionnel, en foyers logements, maisons de retraite ou services de long séjour, a ses limites : d’abord sur le plan quantitatif avec un taux d’occupation proche de la saturation, et sur le plan qualitatif il n’est pas toujours adapté aux besoins particuliers des personnes âgées (proximité, cadre de vie, relations sociales…)
Une réalité sociale
En 2007, l’accueil et les services auprès des personnes âgées a été identifié comme une piste d’emploi pour les femmes en milieu rural, dans le cadre d’un projet soutenu par la délégation régionale au droit des femmes et la Fondation de France. Le 13 décembre dernier, un groupe d’agricultrices, d’agriculteurs s’est réuni à
Arc-sous-Cicon (Doubs) chez Sylvie Jeannin, à l’initiative du CRFA et de la FRGEDA. « À l’origine de ce travail de groupe, il y a deux constats : l’augmentation de la durée de la vie et des structures qui n’évoluent pas. Il y a des trous à combler dans la chaîne d’accueil. L’exploitation agricole nous a semblé intéressante pour développer une activité d’accueil, car c’est un lieu de vie, avec tous les aspects relationnels qui y sont
attachés, et un lieu de production » , a expliqué Lucrèce Boiteux, agricultrice à Landresse et présidente par intérim du CRFA, avant de baliser la notion de dépendance. Le GIR (Groupe Iso Ressources) est un indicateur synthétique permettant d’évaluer le degré de dépendance d’une personne. « L’accueil d’une personne dépendante (GIR de 1 à 4) nécessite un agrément du conseil général, car cela demande des compétences particulières de la part de l’accueillant. Par exemple, connaître la conduite à tenir en cas de chute… » La particularité de ce type d’accueil est le maintien de la personne âgée dans le même environnement géographique et social. C’est une transition douce entre domicile familial et hébergement collectif dans un établissement spécialisé. L’accueil en exploitation se veut d’abord une solution de proximité. La participation à vie familiale, la relation personnelle stimulent les facultés psychomotrices de l’hôte.
L’accueil de personnes autonomes (GIR 5 et 6), ne demande pas de compétences particulières ni d’agrément spécifique, et il existe sans aucun doute un marché pour des séjours courts, des vacances à la ferme, pour des retraités encore indépendants et mobiles. Sophie Fonquernie, présidente de la commission innovation – tourisme de la chambre d’agriculture du Doubs, présente le projet mené par le réseau « Bienvenue à la ferme ». L’idée est de cibler le public des retraités « autonomes » dans la promotion de l’accueil à la ferme. « En interrogeant les retraités et les agriculteurs du réseau, on s’est aperçu que l’idée que se faisaient les accueillants ne correspond pas forcément aux besoins exprimés. Par exemple c’est en automne que la majorité de ce public souhaiterait effectuer un séjour en ferme, alors que les agriculteurs tablaient sur des séjours d’hiver… »
Définir le projet
De fait, comme l’a ensuite exposé Myrtille le Motheux, du CRFA, l’accueil familial social recouvre un large champ de possibilités : selon la disponibilité, les envies, les compétences de l’accueillant, et le niveau de dépendance de l’hôte, l’éventail des solutions est ouvert. Location d’un logement indépendant adapté (de plain-pied, équipé d’une douche…), avec éventuellement proposition de services (entretien du logement, linge, courses, préparation des repas, etc.), par exemple, ou prise en charge plus étendue de l’accueil familial social, une formule régie par le Code des actions sociales et des familles. L’objectif est de répondre aux problèmes particuliers de personnes, qu’elles soient valides et autonomes, fragiles, handicapées ou malades, mais dont l’état ne nécessite pas une hospitalisation.
Au-delà du gîte et du couvert, il s’agit aussi offrir un cadre familial stable et chaleureux permettant la continuité d’une vie sociale et relationnelle, d’aider la personne à assumer tous les actes d’entretien de la vie courante (toilette, habillage…). L’accueil peut être temporaire, par exemple pour permettre à la famille de « souffler un peu », ou permanent, à temps partiel (week-ends par exemple) ou à temps complet. Dans ces conditions, le préalable indispensable à tout projet est la définition précise des objectifs en vérifiant qu’ils sont compatibles avec la vie familiale et le travail sur l’exploitation agricole. « Ça prend du temps, il faut être disponible et intégrer ça dans le projet… voir aussi que l’exploitation est le lieu de la vie familiale et que l’accueil peut facilement empiéter sur la vie privée. Où sont les limites entre la vie privée et le travail d’accueil quand la personne vit chez vous ? », questionne Sylvie Jeannin, qui accueille déjà des touristes et des groupes sur sa ferme, en gîte et en chambre d’hôte. « La réponse, c’est le professionnalisme, répond Lucrèce Boiteux. En se formant, en acquérant les compétences nécessaires pour gérer cette relation, on peut établir la distance nécessaire pour que tout se passe bien. »
Professionnalisme
Sur le plan juridique, l’accueil familial de personnes âgées est encadré par la loi du 10 juillet 1989 « relative à l’accueil par des particuliers à leur domicile à titre onéreux de personnes âgées ou handicapées adultes » complétée des décrets du 22 juin et du 18 juillet 1990. Dans le cadre de sa politique de décentralisation, le législateur a confié au président du conseil général de chaque département l’essentiel des tâches d’organisation et de suivi de ce type d’hébergement, c’est-à-dire qu’il doit instruire les demandes d’agrément, organiser la formation et le contrôle des familles d’accueil et assurer le suivi médico-social des personnes accueillies. « La procédure d’agrément dure quatre mois au maximum, de l’envoi d’une demande d’agrément au conseil général jusqu’à la décision. L’enquête d’agrément permet de vérifier que les conditions d’accueil sont satisfaisantes, les aptitudes et les motivations des candidats… », explique Myrtille le Motheux, avant d’aborder la question de la rémunération et du contrat de travail qui lie l’accueillant à l’accueilli. La location d’un logement indépendant à une personne âgée s’adresse à un public peu ou pas dépendant. La durée de séjour peut être temporaire, on est alors dans le même cadre qu’une location touristique. Elle peut être permanente, et dans ce cas selon que le GIR est supérieur ou inférieur à 3, on relève soit de la réglementation des établissements médico-sociaux, soit d’un simple bail locatif. Après avoir débattu et échangé sur les aspects pratiques et la définition d’un éventuel projet d’accueil, les participants ont émis le souhait d’approfondir sur ce thème en visitant une exploitation qui pratique déjà l’accueil, dans le cadre d’une formation. Souhait qui sera exaucé début février prochain, avec la visite d’une exploitation de Côte-d’Or. Une psychologue interviendra également pour expliquer le quotidien d’une famille d’accueil
Renseignements : Myrtille le Motheux, Comité régional de formation agricole de Franche-Comté. Tél. 03 81 54 71 81
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