Le Jura Agricole et Rural
Les dernières heures d'Aiserey
Sucreries de Bourgogne
Jura agricole et rural
Publié le:  16 janvier 2008
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Gérard Fourquenay regrette que le travail réalisé avec les planteurs n’ait pas pu se poursuivre

La nouvelle a été annoncée en comité d’entreprise le 19 novembre 2007 : la fermeture de l’usine est confirmée. L’arrêt du traitement des betteraves, le 26 décembre au matin, marque la fin sans appel de la sucrerie d’Aiserey.

Née 150 ans plus tôt sur l’emplacement d’une ancienne féculerie, l’usine aura vécu une dernière campagne hors du commun. Les résultats viennent de tomber sur l’ordinateur d’Étienne Genet : richesse en sucre de 18,09%, rendement de 84,5 tonnes par hectare ramené à 16% de sucre, aucun problème de conservation des silos. « 2007 aura été sans conteste notre meilleure année. En 2000, nous avions fait 77 tonnes à 16 », constate le directeur des Sucreries de Bourgogne.
Engourdie par le froid et le brouillard, la sucrerie offre une vision fantomatique. Est-ce la certitude de vivre les dernières heures de fabrication ou la routine d’une usine parfaitement rodée et automatisée ? Les employés et les techniciens se font discrets. Devant la grille d’entrée des banderoles rappellent les quelques heures de grèves passées mais qui n’ont pas arrêté la marche de l’usine. « La première annonce de fermeture a été faite en septembre et la campagne d’arrachage a démarré juste derrière. Chacun a réalisé son travail correctement, jusqu’au bout, aussi bien du côté des planteurs que des salariés », souligne le directeur.
Avec les planteurs
« Nous finirons les derniers kilos de sucre dans l’après-midi », Gérard Fourquenay, responsable des relations avec les planteurs et de l’achat des betteraves, a la mine sombre. « J’ai déjà connu une fermeture d’usine et l’obligation de changer de région. Cette fois, j’arrive en fin de carrière mais je pense aux salariés qui devront choisir de partir, à leurs familles… Heureusement, beaucoup ont un métier en main : chaudronniers, électriciens, techniciens en automatismes... ».
Il regrette que le travail réalisé avec les planteurs n’ait pas pu se poursuivre : « cette année, les rendements et la qualité sont bons. Mais ce n’était pas le cas les années précédentes. Le syndrome des basses richesses, observé pour la première fois en 1981, nous a fait perdre jusqu’à 1 à 1,5 point de sucre. Grâce au travail des planteurs, du syndicat betteravier et de l’ITB, nous avions réussi à l’enrayer ». Le responsable plaine note d’autres avancées : les aires stabilisées, l’enlèvement des silos, des améliorations sur le matériel d’arrachage pour diminuer la tare-terre. Cette année, la tare-terre est de 13,38% par tonne de betterave brute, ce qui est excellent pour l’usine. L’échantillonnage réduit à la réception des camions de betteraves venait également d’être expérimenté sur cette campagne, avec succès.
Une usine opérationnelle
Grâce à un investissement de 700 000 euros par an en moyenne depuis 1994, la sucrerie d’Aiserey est restée un outil parfaitement entretenu et opérationnel. Cette dernière année, un million d’euros ont été investis dans une colonne de cristallisation. Le démontage de l’activité sucre devrait permettre de revendre une partie de l’usine ou de la transférer vers d’autres usines du groupe.
Quant aux 50 000 tonnes de sucre stockées dans les immenses silos de la sucrerie, ils serviront de magasin pour Cristal Union et l’ensemble de la production devrait être conditionnée et expédiée d’ici la fin de l’année 2008.
Le 9 septembre dernier avait lieu à Aiserey la 16ème fête du sucre organisée par le club de football local. La prochaine édition, si fête il y a, n’aura sans doute pas le même goût pour les habitants d’Aiserey.
L’impact de la fermeture de l’usine sur la vie locale est difficile à mesurer : la vingtaine de petits transporteurs qui affrétait les camions, le restaurant du village, les artisans chaudronniers...mais aussi les 70 salariés permanents et les 30 saisonniers de l’usine. Sans oublier les 350 planteurs. Au total près de 500 familles sont concernées par cet abandon forcé de la production de betteraves.

 

 


Rappel des enjeux  

Le règlement sucre européen 2006-2013 prévoit de passer d’une organisation administrée par l’Union européenne à une organisation proche du marché libre en sept ans.
Le maintien des quotas de production devait s’accompagner d’une baisse des prix du sucre de 632 à 404 euros/t et du prix des betteraves de 47 à 25 euros/t, d’une ouverture des frontières aux sucres des PMA et surtout d’une baisse de six millions de tonnes de la production européenne par la fermeture d’un certain nombre d’usines avec l’aide de l’UE.
L’abandon de production par les zones les moins compétitives a été insuffisant (deux millions de tonnes), obligeant toutes les régions d’Europe à baisser de 20% leur production de sucre.
Les aides incitatives à l’arrêt de production sont augmentées. Parallèlement, les marchés à l’exportation se ferment avec la condamnation de l’UE à l’organisation mondiale du commerce contre le Brésil, l’Australie et la Thaïlande qui interdit à l’Europe de «vendre à perte». Conséquences : interdiction d’exporter du sucre à partir de mai 2006 ; le sucre produit en dehors du quota autorisé doit être utilisé soit hors alimentation humaine, soit venir en déduction de la production de l’année suivante.
Dans ce nouveau contexte, la sucrerie d’Aiserey se heurte à l’obligation de diminuer sa production de sucre à 50 000 tonnes et à la difficulté de vendre des sucres hors quota.
L’endettement pour le rachat de nouveaux quotas européens pèse sur l’équilibre financier (24 111 tonnes de sucre pour 17,4 millions d’euros, dont 4 millions d’euros par les planteurs ).
Les difficultés d’irrigation en Côte d’Or freinent les marges de compétitivité. L’intégration des Sucreries de Bourgogne dans le groupe Cristal Union suite aux restructurations et la pression pour fermer les plus petits sites français ont eu finalement raison du site d’Aiserey.


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