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«Aiserey a su produire aussi bien que les autres sucreries» |
La fermeture de la sucrerie d’Aiserey a été validée par le conseil d’administration de Cristal Union le 19 décembre 2007. Étienne Genet, directeur des Sucreries de Bourgogne, nous livre son sentiment.
Avez-vous été surpris par l’annonce de la fermeture du site d’Aiserey ?
La sucrerie d’Aiserey était un cas unique en France avec deux groupes actionnaires à 50/50. Nous étions isolés, ce qui fut un atout pendant un certain temps. Nous avions carte blanche et les moyens pour gérer l’ensemble de l’usine. Les planteurs ont demandé plusieurs fois à entrer dans le capital de la sucrerie ou de Cristal Union mais les deux groupes, notamment Saint Louis, s’y sont opposés. Nous savions que nous serions un jour une monnaie d’échange et que la sucrerie basculerait d’un côté ou de l’autre. Mais nous n’imaginions pas une fermeture.
Que vont devenir les 70 salariés de la sucrerie ?
Le 15 janvier , chaque salarié aura reçu une proposition de reclassement dans une des usines du groupe Cristal Union, les usines les plus proches étant celles d’Arcy-sur-Aube à 220 kilomètres et Corbeil-en-Gatinais à 260 kilomètres. Selon les réponses de chacun, une deuxième proposition pourra être faite. Dix-sept personnes resteront sur le site jusqu’à fin 2008 pour traiter les dernières sorties de sucre, puis quatre ou cinq personnes assureront le démontage de l’activité sucre. Nous allons essayer de terminer dans de bonnes conditions avec un plan social de bon niveau.
Les intérêts de la sucrerie et des planteurs ont toujours été étroitement liés. Peut-on parler d’un fonctionnement original ?
La commission mixte gérait les relations entre industriel et planteurs dans le cadre d’accords nationaux réalisés entre la CGB et le syndicat des producteurs de sucre. La gestion de la sucrerie d’Aiserey a également été mise en place sur des critères locaux. Nous avons été novateurs en passant l’arrachage des betteraves de trois tours à deux tours voire un seul. Nous avons également décidé de ne pas appliquer l’accord tare-terre national qui pénalisait les planteurs d’Aiserey à qui nous demandions d’arracher le plus tard possible à cause de problèmes de conservation des silos. En matière d’économie d’énergie, nous étions dans le peloton de tête des sucreries françaises.
Nous avons investi régulièrement et de manière raisonnable pour maintenir le site à jour. Malgré des moyens limités, y compris en personnel, Aiserey a pu produire au même niveau de qualité et de coût que les autres sucreries. Nous avons terminé la campagne sans souci de fabrication. Les salariés et les planteurs ont travaillé jusqu’au bout.
La sucrerie d’Aiserey aurait-elle pu avoir un avenir ?
La sucrerie d’Aiserey était parmi les usines les plus performantes au niveau personnel, utilisation de l’énergie, et frais de fabrication mais ses frais fixes étaient trop élevés ramenés au kilo de sucre fabriqué. Dans le contexte actuel et du fait de l’endettement pour l’achat de quota additionnel, Aiserey aurait dû fabriquer 80 000 tonnes de sucre par an et non 50 000 tonnes. Ce n’était pas totalement irréalisable si notre volonté de produire avait pu se concrétiser. Mais très périlleux : les producteurs auraient dû intégrer une baisse de quota de 13,5% à 20% avec un prix moyen de 22 euros la tonne. Les biocarburants nous ont donné un peu d’espoir mais l’éthanol de première génération semble enterré, et celui de deuxième génération, encore une fois contrôlé par les pétroliers, ne sera pas opérationnel avant une dizaine d’années.
La réindustrialisation du site est-elle prévue ?
L’usine est classée ICPE(*), relativement isolée du village, avec des possibilités d’extension. Même si nous voulons privilégier les activités agro-industrielles, toutes les offres seront étudiées, en lien avec la commune d’Aiserey et les planteurs actionnaires de Sécopulpe. La décision appartient à Cristal Union et il faudra compter deux à trois ans avant la mise en route d’un nouveau projet. Nous nous donnons un délai plus court, d’un an, pour redévelopper l’activité de Secopulpe. Une mission que nous mènerons auprès des producteurs avec l’appui de Gérard Fourquenay. Deux pistes sont à l’étude : l’aggloméré déshydraté pour l’alimentation animale et la fourniture d’énergie thermique à partir de biomasse. Ce projet a l’appui des chambres d’agriculture et des DDAF de Côte-d’Or et du Jura, et vise les zones de production de la plaine du sud de Dijon et la plaine de Dole-Tavaux.
(*) ICPE : industrie classée pour la protection de l’environnement.ꆱ
Les chiffres clés
> Les Sucreries de Bourgogne SA
5 080 005 euros de capital social. 28,5 millions d’euros de chiffre d’affaires 2005/2006. 350 planteurs en Côte-d’Or, Jura et Saône-et-Loire (2). 5 500 hectares. 430 000 tonnes de betteraves . 50 000 à 75 000 tonnes de sucre blanc cristallisé par an. 14 tonnes de sucre par hectare. 13 000 tonnes de mélasse. 70 à 90 jours de production par an . 70 salariés permanents et 30 saisonniers. 365 camions par jour de trafic
> Sécopulpe de Bourgogne
496 976 euros de capital social. 2 millions de chiffre d’affaires en 2005/2006. SICA à participation majoritaire
planteur. 40 000 tonnes de pulpe surpressée. 14 000 tonnes de pulpe déshydratée (pellets)�
Historique
1857 : implantation d’une sucrerie à Aiserey à l’emplacement d’une ancienne féculerie.
1895 : rachat par la Sucrerie Raffinerie de Chalon-sur-Saône.
1945 : 300 tonnes de betteraves par jour. Début des investissements et augmentation de la capacité.
1961 : constitution de la société Sucreries de Bourgogne après un accord entre la Sucrerie-Raffinerie de Chalon-sur-Saône et la Chocolaterie Lanvin qui apporte pour sa part, la sucrerie de Brazey-en-Plaine appartenant à sa filiale, la Sucrerie Bourguignonne.
1962 : fermeture de la sucrerie de Brazey, traitement des betteraves à Aiserey.
1965 : arrêt de la sucrerie de Chalon, traitement d’une partie des betteraves à Aiserey.
1970 : création de Sécopulpe de Bourgogne.
1994 : la société Sucrerie-Raffinerie de Chalon-sur-Saône, société mère des Sucreries de Bourgogne, passe sous le contrôle de la société Ufisuse dont les actionnaires sont à part égale, Saint Louis Sucre et Cristal Participations.
2006 : attribution et achat de nouveaux quotas de sucre européens (24 111 tonnes de sucre) pour maintenir la production. 6 000 tonnes de betterave par jour.
Septembre 2007 : rachat par Cristal Union.
19 décembre 2007 : le conseil d’administration Cristal Union valide la fermeture du site d’Aiserey.
26 décembre 2007 : arrêt du traitement des betteraves.
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