«Lançons le débat de l'après 2013»
Michel Barnier
Jura agricole et rural
Publié le: 11 février 2008
Page 9
Dans la perspective de l’après 2013, le ministre de l’Agriculture entend mettre l’accent sur la gestion des risques climatiques et sanitaires et consolider les productions les plus fragiles dans le cadre du bilan de santé de la Pac.
A l’occasion de votre semaine européenne à Bruxelles, vous avez rencontré des stagiaires de l’ifocap et des jeunes agriculteurs français. Pourquoi à Bruxelles ?
« Cette délocalisation de mon cabinet à Bruxelles vise à reconnecter le débat français et européen sur l’agriculture à quelques mois de la présidence française de l’Union européenne et alors que débute le débat sur le bilan de santé de la politique agricole commune. Trop souvent on pense que Bruxelles est un ensemble de bureaux avec des technocrates éloignés des réalités du terrain. Il est important pour les agriculteurs, et plus généralement aussi pour les Français, de participer aux débats européens et de connaître la réalité des mécanismes bruxellois de prise de décisions. En invitant ces jeunes à découvrir les institutions européennes, c’était une façon de faire comprendre cette exigence. Je pense que les stagiaires et les jeunes agriculteurs présents ce jour-là ont compris que ce système, dont on leur parle au fond assez peu en France, est un système démocratique transparent. C’est un signal fort que je voulais faire en les invitant ».
Quelles sont les priorités que la France entend faire valoir dans le bilan de santé de la Pac ?
« Mon ambition est de placer le bilan de santé de la Pac dans la perspective de 2013 pour préserver cette politique indispensable à notre économie agricole et à nos territoires. Les priorités que je souhaite porter ont pour objectifs, d’une part, d’instaurer des dispositifs de gestion des risques climatiques et sanitaires, d’autre part, de consolider les bassins de production et les secteurs fragilisés par l’évolution de la Pac, notamment le secteur ovin, la production de lait en montagne et l’agriculture biologique afin d’introduire un peu plus d’équité dans la répartition du soutien. Ces priorités, je les ai mises en débat sur le terrain. »
Et pour l’après 2013 ?
« Le débat de 2013 sera le vrai débat sur la Pac. L’Union décidera alors de son budget et des politiques communes qu’elle entend mettre en œuvre jusqu’en 2020. Si nous voulons le préparer, nous devons le lancer dès à présent. Si nous attendons, nous prenons le risque de faire de la Pac la variable d’ajustement des arbitrages budgétaires. C’est pour cette raison que je soumettrai au Conseil informel des ministres de l’Agriculture à Annecy, les 21, 22 et 23 septembre prochains, des orientations. Elles ressortent des travaux conduits dans le cadre des Assises de l’agriculture. La politique agricole commune, face à la montée des risques, doit tout d’abord assurer la sécurité alimentaire de l’Union européenne, contribuer aux équilibres alimentaires mondiaux, préserver les équilibres des territoires ruraux et participer à l’amélioration de l’environnement.
Vous venez de déposer un mémorandum à Bruxelles sur l’organisation des filières ? Quel objectif poursuivez-vous ?
« A la demande du Président de la République, j’ai adressé à la Commission, il y a une quinzaine de jours, un mémorandum visant à consolider les filières. La volatilité des prix n’est satisfaisante ni pour les agriculteurs ni pour les consommateurs. Le mémorandum propose ainsi d’adapter le droit communautaire pour consolider l’organisation collective, c’est-à-dire les organisations de producteurs et les interprofessions. Il s’agit de les doter d’outils leur permettant d’intervenir en toute sécurité juridique pour stabiliser les marchés. »
Est-ce que la suspension du maïs OGM de Monsanto ne remet pas en cause l’avenir des biotechnologies en France ?
« Il est évidemment nécessaire de préserver l’avenir des biotechnologies en France. Le Gouvernement a annoncé un plan ambitieux de 45 ME pour accompagner la recherche dans le domaine des biotechnologies végétales. Ce plan profitera à l’ensemble des biotechnologies, qu’il s’agisse des techniques de transgénèse mais aussi des techniques telles que la sélection assistée par marqueurs. Enfin, nous souhaitons que la recherche se poursuive dès 2008. C’est pourquoi j’ai proposé à mes collègues de l’Environnement et de la Recherche de prendre un décret permettant la mise en place d’une commission d’évaluation ad hoc, reconnue par la réglementation européenne, et qui nous permettra d’évaluer les demandes d’autorisation d’essais expérimentaux déjà déposées pour la campagne 2008 ».
L’Europe a fixé à 23 % pour la France la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique alors que le Grenelle de l’Environnement a retenu un objectif déjà ambitieux de 20 %. Comment comptez-vous y parvenir ?
« La France dispose de nombreux atouts pour la production d’énergie renouvelable à partir de biomasse, grâce à ses espaces agricoles et forestiers. La biomasse représente aujourd’hui plus de 60 % des énergies renouvelables et contribuera, pour plus de la moitié, aux efforts entrepris pour augmenter la part des énergies renouvelables dans le bouquet énergétique de la France de 2020. Le ministère de l’Agriculture et de la Pêche a réalisé une évaluation des possibilités de développement de ces énergies en 2020 ; exprimée en millions de tonnes équivalent pétrole. Ainsi, la biomasse pourra contribuer à hauteur de vingt MTEP au total en doublant son apport. Cela correspond à environ treize MTEP pour la fourniture de chaleur et d’électricité, à partir du bois, quatre MTEP pour les biocarburants (10 % des carburants) et trois MTEP provenant d’autres sources (biogaz à partir de déchets ou de méthanisation à la ferme, sous-produits de culture). Cette évaluation tient compte des limites naturelles de la biomasse et de la nécessité de respecter la hiérarchie des différents usages (alimentation ou matériau dans le cas du bois, énergie). Elle ne tient pas compte du développement éventuel de nouvelles biomasses (plantations), qui sont encore à l’étude et qui ont un potentiel prometteur. La réalisation de l’objectif de 23 % suppose donc, en tenant compte de ces limites naturelles, un effort considérable de réduction des consommations d’énergie, d’amélioration de l’efficacité énergétique et de mobilisation de la biomasse (forestière et agricole). Cela nécessitera un soutien sans faille de l’Etat pour accompagner, réglementairement et financièrement, la constitution de nouvelles filières et mettre en cohérence les différentes politiques sectorielles (agriculture, forêt, environnement, énergie). »
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