Le Jura Agricole et Rural
«Pas d'animosité envers les agriculteurs…»
Raymond Borneck président du Syndicat apicole du Jura
Jura agricole et rural
Publié le:  11 février 2008
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Raymond Borneck n’est pas avare de bons conseils sur l’utilisation des produits phytosanitaires. Il prône le dialogue entre agriculteurs et apiculteurs

Président du syndicat apicole du Jura, Raymond Borneck revient sur les pertes de ces derniers hivers et sur leur aspect pathologique, s’appuyant sur les résultats des recherches menées sur le CDD aux États-Unis. En France, il souhaite qu’agriculteurs et apiculteurs s’installent autour d’une table pour étudier les mesures qui favoriseront les abeilles.

Bien que l’agriculture régionale ne soit pas très marquée par l’importance du rôle des insectes pollinisateurs et, plus particulièrement, l’abeille dans des productions grainières et fruitières, apiculteurs et agriculteurs vivaient jusqu’à ces dernières années en bonne harmonie même si de temps à autre on déplorait des mortalités de ruches dues à l’emploi mal raisonné de produits phytosanitaires. Il s’est toujours agi d’une mauvaise observation  des modes d’emploi de ces derniers ou d’une non-observation de la législation en vigueur depuis 1975 qui protégeait les abeilles et les autres hyménoptères pollinisateurs.
Malheureusement, depuis 6 à 7 ans, nous avons vu se développer dans les ruchers de la région des mortalités importantes et anormales.

Pertes d’abeilles
Première constatation, en fin d’hiver 2004-2005, des mortalités de ruches allant jusqu’à 80% du cheptel, principalement dans des zones de plateau, avec peu de cultures traitées. La situation se renouvelle en 2006 avec des pertes parfois de 100% non seulement sur les plateaux mais également en plaine et chez des apiculteurs compétents, gérants des ruchers depuis des décennies et bons observateurs, respectant les consignes de lutte antivarroa avec des produits homologués.

Les responsables du Syndicat apicole du Jura, en accord avec le laboratoire départemental d’analyses (LDA) décident de confier, courant 2007, l’analyse d’un certain nombre d’échantillons d’abeilles mortes au laboratoire espagnol de Mariano Higes. Celui-ci a fait connaître le résultat de ses travaux en décembre 2005, mettant en évidence  une nouvelle microsporidie, Nosema ceranae qu’il pense liée à des pertes semblables aux nôtres. Les résultats confirment la présence de Nosema ceranae dans le Jura par analyses PCR pour lesquelles le laboratoire jurassien n’est pas encore équipé. Ils attirent aussi l’attention du député Sermier qui se fait leur interprète auprès du conseil général du Jura pour obtenir le financement du matériel nécessaire à ce type de travaux. Le LDA sera donc en mesure de faire ce type d’analyse pour les apiculteurs dès la fin de février 2008.

Recherches dans le Jura…
Ce laboratoire jurassien n’est pas un inconnu des apiculteurs qui lui confient chaque année quelques échantillons d’abeilles mortes. En 1993, avec des crédits de Bruxelles par l’ADA-FC, une série d’expérimentations a été réalisée avec Cora Rosenthal, directrice d’une station de recherche sur abeilles en  Israël. Elle a été déléguée pour cinq mois à Poligny, pour démontrer que le syndrome des ailes déformées n’était pas le simple fait de varroa mais celui d’un virus. Les travaux en apportent la preuve, mais ne seront pas publiés dans un journal scientifique, du fait que le Laboratoire central des services vétérinaires qui devait effectuer l’identification finale du virus et ses photographies détruisit maladroitement les préparations effectuées à cet effet. Le nom de Mme Rosenthal restera cependant attaché à cette découverte.
Le LDA entreprendra de nouveaux travaux sur virus des abeilles avec un laboratoire de Lyon mais devra les interrompre après le rachat de ce labo  par la firme Bayer et ses relations tendues avec les organisations apicoles françaises alors engagées dans la bataille sur l’imidaclopride (gaucho).

Les pertes 2007-2008 
À la mi-janvier, profitant d’une période douce, avec des températures supérieures à 10°C, les apiculteurs visitent leurs ruchers  et, bouleversés, retrouvent parfois 100% des ruches mortes, les cadres pleins de miel et de pollen, un petit paquet d’abeilles mortes et pour quelques-unes, un rond de couvain mort lui aussi. Ces pertes seront évaluées méthodiquement par un questionnaire ADA-FC (voir page 16).
De l’autre côté de l’Atlantique, depuis plusieurs années ce type de pertes d’abeilles était signalé  avec un taux de croissance tel que le nombre des colonies d’abeilles, estimé à 5 millions de 1940 à 2002 était tombé à 2,5 millions en 2007. Les seuls cultivateurs d’amandiers en Californie ont besoin annuellement de 1 200 000 ruches pour assurer une pollinisation correcte de leurs vergers. Le monde agricole importe des essaims d’Australie. Le monde politique s’émeut, les médias tirent la sonnette d’alarme, des crédits  de recherche importants sont alloués. Un groupe de travail se met en place à la suite d’un symposium tenu, le 23 avril 2007, à Beltsville (siège du ministère américain de l’agriculture et du service de l’api-
culture). Des chercheurs de plusieurs universités mais également des laboratoires comme certains services de l’armée décident de travailler ensemble sur ce qu’ils nommeront le CDD (Colony collapse disorder ).
Le 11 décembre 2007, à l’occasion d’un grand rassemblement de la Société d’entomologie, tous se réunissent pour communiquer et discuter de leurs travaux. Sur la proposition de Raymond Borneck, une petite délégation  française va assister à  ces travaux.

Pas d’animosité…
La plupart des chercheurs présents ont confirmé, définitivement, l’aspect pathologique de ces pertes. Et surtout avancé les noms de deux coupables possibles : Nosema ceranae et le virus israélien de l’IAPV, virus connu de la paralysie aiguë de l’abeille ou d’une de ses formes mutantes.
Les résidus insecticides de 110 produits ont été recherchés. Des traces de certains d’entre eux sont d’origine agricole mais les résidus les plus importants proviennent des produits utilisés par les apiculteurs lors des traitements contre Varroa jacobsonii. Rien ne permet de les considérer  comme un facteur essentiel des CDD. Mais leurs effets à longue échéance peuvent, peut-être, s’exercer et causer une diminution des défenses immunitaires de l’abeille.
Certaines pistes farfelues comme les ondes électromagnétiques des téléphones portables ont été balayées d’un clin d’œil.
Les OGM  ne posant pas de problème en relation avec ce type de pertes, le groupe n’a rien publié sur le sujet.

En France, les organismes nationaux représentant l’apiculture française, refusant d’étudier correctement les problèmes se sont bien imprudemment engagés dans une lutte contre les pesticides par des campagnes médiatiques injustifiées souvent mensongères dont l’apiculture de base subit les conséquences. Ils ont créé une atmosphère d’animosité dans la profession agricole à laquelle le Syndicat des apiculteurs du Jura n’adhère pas. Il serait plus souhaitable de s’installer autour d’une table et  d’envisager, tous ensemble, des mesures pour favoriser les abeilles qui sont notre trésor commun.

 


Quelques suggestions… 

…pour les agriculteurs
Utilisation des produits phytosanitaires :
• Respectez strictement les modes d’emploi du fabricant, n’augmentez pas les dosages et prenez, pour vous-mêmes, toutes les précautions dans le maniement des produits.
• Mélanges : si vous devez économiser un passage, assurez-vous que le mélange est autorisé. Par exemple Decis à l’état pur n’est que peu toxique pour l’abeille mais, mélangé avec Sportac, sa toxicité est multipliée par 10 pour les abeilles. Ce mélange a été responsable de la presque totalité des empoisonnements d’abeilles, il y a une vingtaine d’années.
• Évitez de cultiver les mêmes plantes sur les mêmes parcelles ; l’ancienne rotation des terres était un frein réel du parasitisme agricole. Pourriez-vous la restaurer ? Aux USA, les communautés agricoles mormones  y sont fidèles et produisent le blé le moins cher du pays.
• Investissez-vous avec les apiculteurs dans la création d’une biodiversité perdue en semant des jachères apicoles de fleurs pollinifères d’arrière-saison, intéressantes pour les abeilles et les bourdons.

Et pour les apiculteurs…
Ne désespérez pas après de telles catastrophes.
• Prévenez votre GDSA , le SAJ ou la Coopérative
• Remplissez les questionnaires ADA-FC mis à votre disposition au siège du Syndicat
• Ne brûlez pas votre matériel inconsidérément. Si nous n’avons pas  une double infestation avec des virus, il peut être désinfecté à l’acide acétique dans de parfaites conditions. Notice et moyens à la Coopérative. La réutilisation est alors possible.
• Faites parvenir des échantillons d’abeilles mortes au LDA ou chez le président.
Nous vous tiendrons informés des progrès faits par la recherche mondiale sur ces problèmes de mortalité de type CDD. En France, il nous semble que, seul le service de l’AFSSA s’y soit depuis longtemps intéressé d’une manière cohérente. Le GDSA 39 et le LDA 39 veilleront à maintenir avec lui toutes les liaisons nécessaires.
Du côté de la recherche on ne peut signaler de progrès que dans les méthodes d’appréciation des mortalités larvaires et d’essais en cours sur champignons parasites de l’acarien varroa.

 


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