« Rebattre les cartes des aides Pac », « anticiper le débat sur l’après-2013 dans le but de légitimer les aides », « donner de la hauteur » à ce dossier en « cessant de le « regarder par le petit bout de la lorgnette ». Jean-Michel Lemétayer, président de la FNSEA candidat à sa succession au prochain congrès du syndicat du 1er au 3 avril, est bien décidé à provoquer le débat au sein même de la FNSEA.
Vous avez rencontré Xavier Bertrand sur le problème de la non-reconnaissance de la FNSEA en tant qu’organisation représentative des employeurs agricoles par le Gouvernement. Avez-vous obtenu des avancées ?
« J’ai fait entendre au ministre Xavier Bertrand que la FNSEA comptait être présente en tant que telle pour défendre les réalités de l’emploi en agriculture. Ce qui est important pour nous est de montrer nos besoins de relations spécifiques avec les partenaires sociaux de l’agriculture et de l’agroalimentaire. Je souhaite que la FNSEA ait cette possibilité, en amont d’éventuels textes de loi et en aval pour leur application et puisse travailler en toute autonomie. Je l’ai déjà dit. Je ne veux pas être représenté par le Medef, la CGPME ou l’UPA. Un prochain rendez-vous avec le ministre devrait permettre de trouver la manière la plus concrète et la plus compatible avec les règles de négociation pour que la FNSEA trouve toute sa place en tant que syndicat représentatif des employeurs ».
Le président Nicolas Sarkozy, à l’épreuve du pouvoir depuis neuf mois, oublie certaines de ses promesses. C’est visiblement le cas sur le dossier OGM.
« Le président Sarkozy est élu pour cinq ans. S’il y a des tensions avec lui, nous devons nous en expliquer. Nous sommes le seul secteur d’activité où notre devenir est directement entre les mains du chef de l’Etat car nous dépendons de la seule politique intégrée de l’Union européenne. Se fâcher avec le président serait une erreur. Nous avons besoin de lui et il a besoin de nous ».
Et sur le chapitre des OGM ?
« J’ai dit ce que je pensais au président sur le dossier des OGM. Sans revenir sur toutes les péripéties que nous avons vécues sur ce dossier, j’estime que le Gouvernement a fait une erreur de stratégie à la fois sur la forme et sur le fond. Et ce n’est pas avec la méthode que le Gouvernement a employée en ce début d’année que les Français ont été éclairés sur le sujet des OGM. Ce qui permettra d’éclairer les Français est le vote d’une loi. Il est temps de dire ce qui est vrai ou faux. On ne peut pas être contre les biotechnologies, source de progrès ».
Sur le dossier de la Pac, vous épousez la thèse du Gouvernement qui plaide pour la « refondation » de cette politique alors que Bruxelles ne souhaite qu’un bilan de santé.
« Il faut savoir que la Commission européenne n’attend rien de nous. On a affaire au bilan de santé de la Pac. C’est tout. Nous sommes aujourd’hui dans une situation particulière par rapport à nos collègues européens. La question que je pose aux politiques est : le schéma d’application de la Pac tel que nous le connaissons est-il le chemin obligatoire ou existe-t-il des marges de manœuvre ? Pour la Commission européenne, le seul véritable soutien est le « DPU ». Cet atterrissage vaut-il pour tout le monde ou pas ? Je suggère qu’on anticipe cet atterrissage. Si on ne veut pas que la chute soit trop violente ces prochaines années ».
Vous allez plus loin que le document de travail de Michel Barnier soumis à la discussion dans les départements en « ne fermant pas la porte au découplage ». Pourquoi prendre ce risque qui divise les céréaliers et le monde de l’élevage ?
« Je comprends parfaitement que les grandes cultures défendent leurs acquis et le monde de l’élevage les siens. Mais, aujourd’hui, on ne peut pas passer à côté du rééquilibrage des aides. Chacun doit comprendre que les céréales ont besoin de l’élevage et vice et versa. Il faut tenter d’anticiper. C’est, pour l’instant, Jean-Michel Lemétayer qui s’exprime en son nom propre. Je ne veux pas qu’on ait de regrets. Chacun doit prendre toute la dimension du débat. J’essaie de donner le maximum de hauteur à ce dossier et veux un débat le plus ouvert possible ».
Vous êtes à la veille d’un congrès électif où vous êtes candidat à votre succession. Quel bilan faites-vous de votre action ?
« Mon succès est celui de l’an dernier aux élections aux chambres d’agriculture. C’est un succès que je partage avec l’ensemble des collaborateurs et élus de la FNSEA. J’ai la chance de piloter une maison ouverte où le débat est libre. Il n’y pas de crise sous-jacente même si les débats sont forts. La FNSEA est une maison sereine et solide. J’ai pu créer avec tous ceux qui m’entourent une cohésion. Je souhaiterais aussi que le rapport d’orientation sur les filières voté au congrès de Nantes soit une véritable avancée ».
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